La République indépendante de Ouellet
PolitiqueRegard humoristique

La République indépendante de Ouellet

Voilà un an et demi que je n’ai pas écrit de billets sur la politique pour L’actualité. Pour mon retour, ça me prendrait un sujet audacieux. Un événement passé sous le radar des grands médias. Une nouvelle renversante… Un truc surprenant…

Quoi ? Que me demandez-vous ? Si j’ai vu la conférence de presse de Martine Ouellet ? Non. Je dois avouer que je n’ai pas vu la chose. Laissez-moi quelques minutes.

[Fait du popcorn. Écoute la conférence de presse. Crache son popcorn. En revient pas.]

Oh wow.

Tant pis pour l’élément de surprise : je vais parler de Martine Ouellet. Je sais, c’est un sujet aussi original qu’un splash de sauce dans le fond d’une assiette à l’émission Les chefs. Mais que voulez-vous ? Tel l’automobiliste qui ralentit pour bien voir la voiture qui a pris le clos, je suis fasciné.

En une trentaine de minutes de discours (une minute par pourcentage d’appui), la transparlementaire a distribué les blâmes comme si elle les avait achetés au rabais au Costco. Tu n’as pas été blâmé par Martine Ouellet ? Tu dois te sentir bien seul.

Gilles Duceppe n’y a pas échappé, accusé par la chef déchue d’avoir divisé le mouvement souverainiste. Divisé ? S’il a vraiment réussi à influencer le vote, il a au contraire rendu le mouvement plus unifié que jamais. Essayez donc ça, vous, de mettre 68 % de souverainistes d’accord sur quelque chose !

Martine Ouellet a clamé avoir voulu « redonner du pouvoir aux militants du Bloc québécois ». Mise dehors par un vote de ceux-ci, elle peut donc dire… mission accomplie ?

Bien qu’elle accepte le verdict, l’ex-chef considère que sa part de responsabilité dans tout ça s’apparente aux chances de voir une vague bloquiste déferler sur le Québec en 2019 : elle est inexistante.

La députée de Vachon se décrit comme la victime d’un grand complot crypto-fédéraliste ourdi par des souverainistes frileux comme Mario Beaulieu, un homme dont la sonnerie de téléphone est « Gens du pays », chanson qui l’émeut tellement qu’il répond à tous ses appels en pleurant. N’essayez pas trop de comprendre.

Certes, le mouvement souverainiste est un spécialiste de l’autosabotage. Bien sûr, être une femme au royaume du veston-cravate qu’est la politique n’est pas chose aisée. Mais ne te trouver aucun tort dans une situation où les trois quarts de ton propre parti refusent de t’appuyer ? Wow.

C’est ce qui est vraiment fascinant dans toute cette histoire. Comme je l’ai constaté durant ma journée à l’Assemblée nationale (un compte rendu en deux parties à lire maintenant !), ce qu’on appelle « la politique », c’est en fait une gang d’humains qui font de leur mieux dans un univers un peu étrange. Et l’humaine qui était devant nous lundi n’était justement pas vraiment devant nous. Elle semblait plutôt nous parler à partir d’un monde parallèle.

Martine Ouellet est-elle tellement indépendantiste qu’elle a réussi à séparer sa réalité de la nôtre ? Nous parlait-elle de la République indépendante de Ouellet ?

L’univers parallèle de la République indépendante de Ouellet : là où on peut perdre l’appui de tout le monde et quand même être une grande leader, où le haut est en bas, où il n’y a pas trop de films de Star Wars qui sortent et où elle a tellement bien fait son travail de promotion de l’indépendance que même les indépendantistes n’arrivent pas à la suivre.

Bref, Ouellet est la personne qui répond « trop perfectionniste » quand un futur employeur lui demande son plus gros défaut. Fascinant, que je vous dis.

Martine Ouellet a la tête enfoncée si profondément dans le sable qu’un Chinois s’est pris les pieds dans ses cheveux hier après-midi. Elle est tellement dans sa propre réalité qu’on se demande si elle n’est pas conseillée par François Bugingo et Giovanni Apollo.

Par exemple, elle a décidé de profiter de sa conférence de presse pour lancer une revue appelée Oui, je le veux, moins de 24 heures après s’être fait dire « Non, pas vraiment ».

D’abord le Bloc québécois, et maintenant une revue papier. Décidément, Martine Ouellet a le flair pour les domaines en pleine croissance.

Et au bout de ce long laïus amer, Martine Ouellet a conclu en clamant, les bras en croix et baignée dans une grande lumière blanche : « Pardonnez-leur, saint René Lévesque, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Le point positif : elle n’a toujours pas mis en demeure 68 % des membres du Bloc québécois. Ça ne saurait tarder.

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Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique.