Le séisme Doug Ford ressenti partout au Canada
Politique

Le séisme Doug Ford ressenti partout au Canada

Au lendemain de la victoire du chef conservateur en Ontario, le paysage politique se trouve complètement chambardé. Un séisme politique dont l’onde de choc se fera sentir aux quatre coins du pays, prévient Karl Bélanger.

Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario formera donc un gouvernement, pour la première fois depuis 2003. Le NPD représentera pour sa part l’opposition officielle, une première depuis 1987. Un premier député vert, Mike Schreiner, fera son entrée à Queen’s Park. Quant au Parti libéral, il perd non seulement le pouvoir, mais aussi le statut de parti officiel pour la première fois en 161 ans d’existence. C’est peu dire que les élections provinciales en Ontario ont bouleversé le paysage politique. Et pas seulement en Ontario.

L’arrivée au pouvoir de Doug Ford signale le début du retour du balancier : à droite toute ! Le triomphe de Justin Trudeau en octobre 2015 pouvait laisser croire à un véritable renouveau politique au pays. Après les années Harper, nécessaires pour que le Parti libéral se ressource et retrouve son élan après 12 années au pouvoir marquées par la division interne entre les clans Chrétien et Martin, les électeurs de la mouvance progressiste regardaient vers l’avenir avec espoir. Ils s’étaient débarrassés de Stephen Harper, c’était le début d’un temps nouveau. D’autant plus que sur la scène provinciale les conservateurs étaient en déroute. Ils avaient même perdu le pouvoir en Ontario en 2011 et en 2014, alors qu’ils partaient largement favoris.

Aujourd’hui, ce sont pourtant bien les conservateurs — provinciaux et fédéraux — qui se frottent les mains, même si, en coulisses, on sent une inquiétude concernant Doug Ford et son populisme primaire à la Donald Trump. Cela explique d’ailleurs pourquoi Andrew Scheer s’est tenu loin de la campagne ontarienne.

Les conservateurs sont tout sourire

À court terme, la victoire de Doug Ford sera un avantage pour les autres politiciens conservateurs au pays. Le combat de Jason Kenney contre la taxe sur le carbone se fera désormais avec un allié de taille : le plus important gouvernement provincial au pays s’est engagé à contester, devant la Cour suprême du Canada, toute tentative du fédéral d’imposer cette taxe. L’Ontario rejoindrait ainsi les gouvernements du Manitoba et de la Saskatchewan, en attendant l’Alberta.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a d’ailleurs félicité Ford par l’intermédiaire d’un gazouillis : « Ce soir, la Saskatchewan a un nouvel allié dans notre lutte contre la taxe sur le carbone de Trudeau. La toute première promesse de la plateforme électorale du PPCO est de supprimer la taxe sur le carbone. »

L’Ontario a mis en place un système de plafond et d’échange, système que Doug Ford éliminera au plus vite. Or, selon les règles imposées par le gouvernement fédéral, une province doit atteindre ou dépasser un prix plancher national qui commence à 10 dollars la tonne en 2018 et qui augmentera chaque année, pour atteindre 50 dollars la tonne en 2022. Cela obligerait alors Ottawa à imposer une taxe sur le carbone au gouvernement Ford. Rien de tel pour un politicien provincial fraîchement élu avec un mandat fort que de pouvoir se dresser en rempart devant le fédéral pour protéger les familles ontariennes.

La victoire de Doug Ford représente un coup très dur pour Justin Trudeau et son entourage, la plupart des principaux conseillers du premier ministre ayant fait leurs armes au sein des gouvernements McGuinty et Wynne.

Mauvaises nouvelles en série pour Justin Trudeau

D’un point de vue strictement électoraliste, la déconfiture libérale en Ontario fait mal au Parti libéral du Canada, ce dernier ayant des liens organiques très forts avec son cousin ontarien. Avec des pertes de sièges à prévoir dans l’Ouest et les provinces de l’Atlantique, Justin Trudeau n’a pas beaucoup de marge de manœuvre en Ontario. Sa base organisationnelle est passablement amochée, alors que les conservateurs et les néo-démocrates se sont renforcés.

La prochaine élection provinciale prévue au Québec cet automne pourrait voir Justin Trudeau perdre un autre allié libéral, alors que Philippe Couillard est en difficulté devant la CAQ de François Legault. Et ce, alors qu’en Alberta les jours du gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley — qui venait de mettre fin à 44 ans de règne conservateur — sont vraisemblablement comptés, Jason Kenney ayant réussi à unir la droite.

Le NPD déjà tourné vers 2019

Dans le camp de Jagmeet Singh, on se félicite aussi des résultats ontariens. Le NPD a obtenu ses meilleurs scores depuis la victoire de Bob Rae, en 1990, et le parti a fait des gains historiques, notamment dans le 905, région au centre de la stratégie néo-démocrate. Contrairement à Scheer, Jagmeet Singh, l’ancien chef adjoint d’Andrea Horwath, a été très présent et très visible pendant la campagne. L’objectif d’établir une base organisationnelle importante en vue des élections fédérales de 2019 a été atteint.

À moyen terme, le seul gouvernement progressiste parmi les quatre grandes provinces sera probablement le gouvernement minoritaire du NPD en Colombie-Britannique. Survivant sur un mince fil vert, John Horgan se trouve cependant en porte-à-faux par rapport au gouvernement Trudeau et est passablement affaibli en raison de la volonté d’Ottawa de s’engager dans l’expansion de l’oléoduc Kinder Morgan, un geste qui n’est guère apprécié par bien des électeurs libéraux de la Colombie-Britannique et du Québec. Bref, encore de l’eau dans le gaz pour Justin Trudeau.