Un don historique
Politique

Un don historique

L’ancien ministre péquiste Guy Joron fait un legs testamentaire colossal à l’Université de Montréal.

Après son retrait de la politique, en 1981, l’ex-ministre péquiste Guy Joron a mené une vie discrète. Président de la Place des Arts dans les années 1980, il est resté par la suite un mécène important auprès d’organismes culturels jusqu’à son décès, le 28 décembre dernier, à 77 ans.

Il sort de l’ombre à titre posthume. Guy Joron fait un legs testamentaire colossal de 15 millions de dollars à l’Université de Montréal (UdeM). C’est le plus important don de l’histoire des universités francophones au Québec.

C’est à la suite d’une chronique de Pierre Fortin dans L’actualité, en 2011, que l’idée a germé. L’économiste y montrait qu’une société plus instruite devenait une société plus riche. « Guy trouvait très important de redonner à la société qui lui avait permis de devenir ce qu’il était », explique Hugo Valencia, son conjoint pendant plus de 30 ans. « Il avait hérité de son père, qui avait fait fortune dans le mazout. Il s’est occupé de faire fructifier l’argent. »

Il a choisi de donner à l’Université de Montréal parce que c’était son alma mater, mais aussi pour des raisons politiques. « Il tenait à faire passer le message aux francophones de donner à leurs établissements pour qu’ils forment la relève. »

Pour le recteur de l’UdeM, Guy Breton, ce don a été une surprise complète. « C’est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un don personnel, et non pas d’une entreprise ou d’une fondation », dit-il.

Les 15 millions de dollars seront répartis ainsi : 80 % pour le fonds de dotation de l’Université, tandis que le reste ira à ses deux écoles affiliées, soit 10 % à HEC Montréal et 10 % à Polytechnique Montréal. L’argent permettra notamment à des jeunes de toucher des bourses, sans lesquelles ils n’auraient pu étudier. Pour honorer la mémoire de Guy Joron, le campus de Laval de l’Université — qui se trouve sur le territoire dont il a été député — sera rebaptisé à son nom.

La tradition du mécénat n’est pas aussi forte chez les francophones, comparativement aux établissements anglophones, qui profitent de fonds de dotation bien supérieurs. Mais elle se propage de plus en plus. « Le Québec francophone arrive à un niveau de fortune dans les eaux du reste du Canada, où des dons de cette ampleur-là existent depuis longtemps, dit Guy Breton. La génération des baby-boomers est maintenant en position de donner de son vivant ou en dons planifiés, comme celui-ci. C’est un indicateur d’une meilleure richesse collective. »

Il espère d’ailleurs que l’idée du don planifié sera imitée par d’autres. C’était aussi le souhait de Guy Joron, ajoute Hugo Valencia, encore très ému lorsqu’il parle de l’amour de sa vie. « Guy est resté alerte, informé, passionné de culture et de géopolitique jusqu’à la fin. Maintenant, je trouve mon énergie en perpétuant sa mémoire. »

Qui était Guy Joron ?

Né à Montréal en 1940, il est élu dans la circonscription de Gouin en 1970, puis en 1976 dans la circonscription de Mille-Îles, à Laval. Nommé ministre délégué à l’Énergie, il met en place la première politique énergétique du Québec, le moratoire sur l’énergie nucléaire et les premiers plans d’action en économie d’énergie. En 1979, il devient ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, avant de quitter la politique, deux ans plus tard.