Coalition Avenir Québec : juste assez, mais pas trop
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Coalition Avenir Québec : juste assez, mais pas trop

Le défi de la CAQ d’ici octobre sera d’essayer de rester juste assez visible, mais pas trop. Surtout, elle devra continuer à ne pas être le Parti libéral. C’est son plus grand atout. 

On s’y préparait mentalement, comme on se prépare à ce que le manège parte à La Ronde, après de longues secondes à entendre le « clac clac clac clac » de la montée. Malgré tout, ça fait un choc : 37 % des Québécois ont l’intention de voter pour la CAQ, ce qui lui donnerait un gouvernement majoritaire.

Parallèlement, avec 28 % des voix, le PLQ ferait son pire score depuis la Confédération. Une façon comme une autre de marquer l’histoire.

Dans les officines libérales, on en est à se demander si ça vaut encore la peine de garder l’accent aigu dans « libéral », tellement il est plus facile de trouver quelqu’un qui a vu un film québécois récemment que de trouver un francophone prêt à voter pour eux.

Les libéraux font pourtant de gros efforts. Ils gardent Gaétan Barrette enfermé dans un sous-sol de Lavaltrie, en espérant qu’on oublie qu’il existe. Ils répètent les mots « en ces temps d’instabilité économique » plus souvent qu’une mère de trois enfants répète  « La porte, les mouches ! » en été.

Ils paradent un bilan économique qu’ils disent extrêmement positif. C’est simplement qu’après l’austérité, c’est peut-être un peu difficile de l’apprécier. Comme si Toutânkhamon lançait : « Checkez-moi ça, les belles pyramides » aux esclaves qui les ont construites.

Les libéraux sont quand même en meilleure position que le Parti québécois, qui pourrait ne même pas avoir assez d’élus pour être reconnu comme un parti officiel. Ouch. De leur recoin du Salon bleu, ce sera plus facile pour la poignée de péquistes et de solidaires de négocier une éventuelle fusion.

Devant ce sombre constat, Jean-François Lisée a appelé Martine Ouellet pour avoir le numéro de son pusher de déni. L’élection est encore loin, rappelle-t-il, et le PQ est patient et méthodique. D’accord. N’en demeure pas moins que les péquistes arrivent à un niveau d’appuis où on pourra peut-être leur filer une idée qu’ils ont eux-mêmes sortie souvent : le PQ divise le vote !

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La montée de la CAQ n’a rien à voir avec le charisme de François Legault. Charisme qui en est à sa 61e année de sabbatique. C’est plutôt que son parti a réussi à devenir pour les électeurs l’option du changement par rapport au PLQ. Et c’est vrai que plusieurs caquistes ont un jour changé. Généralement pour aller au PLQ.

Quand on dit CAQ, bien peu d’images nous viennent en tête. Test des valeurs… Commissions scolaires… Petit monsieur toujours un peu fâché avec la voix qui craque… Pas le Parti libéral.

Moi qui dois faire des gags sur leur dos, il y a peu de référents connus de tous que je peux utiliser. Merci aux nouvelles des derniers jours, je peux maintenant faire ce gag-ci :

Qu’est-ce que le président de la CAQ a dit en voyant que son parti obtenait 37 % des intentions de vote ?
« C’est bien, mais y a sûrement moyen d’avoir 90 %. »

Youppi.

Pour ceux qui ne suivent pas activement les nouvelles et la politique (i.e. 83,6 % de nos concitoyens, un chiffre que je viens tout juste d’inventer, manière Influence Communication), la CAQ est un tableau juste assez vide et flou. Même dans les propositions les plus connues.

Comment va-t-on décider de ce qui se trouvera dans le test des valeurs ? Et prêter de l’argent à 90 % de taux d’intérêt, est-ce une valeur québécoise ? Que fera-t-on des immigrants qui ne passent pas le test de français s’il n’y a que le gouvernement fédéral qui a le pouvoir de les renvoyer chez eux ? Y a-t-il moyen de retourner les gens qui écrivent« salu sa va » dans leur pays même s’ils sont nés à Laval ?

Ce sont des questions moins importantes que le message que permet de véhiculer ces deux idées : la CAQ veut faire quelque chose à propos de l’immigration. Tout comme elle veut faire quelque chose à propos des impôts. Et quelque chose à propos des commissions scolaires.

Le défi de la CAQ d’ici octobre sera d’essayer de rester juste assez visible, mais pas trop.  Présenter des idées qui marquent juste assez, mais pas trop. Et surtout, elle devra continuer à ne pas être le Parti libéral. C’est son plus grand atout.