Petit billet sur mon prétendu gros biais
PolitiqueRegard humoristique

Petit billet sur mon prétendu gros biais

N’attendez pas de Mathieu Charlebois qu’il vous dise pour qui il vote, il n’en a aucune idée. En revanche, pour ce qui est des rapprochements entre les patrons de presse et la politique, il tient à mettre les choses au clair.

Souvent, le chroniqueur comme moi a l’impression de ne servir à rien. On aligne des mots, pendant que d’autres creusent des puits d’eau potable ou construisent des orphelinats dans le tiers-monde. Et au final, pour quoi ? Rien ne change.

L’exception ? Mon billet de la semaine dernière, à propos des habitudes de François Legault sur Twitter. Le lendemain de sa publication, voilà-ti pas que…

J’ai même eu droit à un message personnel du chef caquiste, annonçant l’amnistie pour tous les bloqués. L’internet québécois a immédiatement poussé un grand cri de joie, suivi d’un grand soupir d’ennui, parce que c’est pas si palpitant que ça, le compte Twitter de François Legault.

Fort de cette victoire, je devrais écrire la présente chronique avec l’impression d’être un Elon Musk du clavier capable de changer le monde. Et pourtant non. Parce que M. Legault n’est pas le seul à avoir réagi.

« L’actualité est définitivement devenu un outil de propagande libérale… qui est votre proprio ? Ah… on comprend ! » a lancé un internaute.

Bon. C’est reparti. Je suis même un « messager de Taillefer », selon un autre tweet.

Taille-qui ? Alexandre Taillefer. Le propriétaire de Téo, le service de taxi que tu utilises si tu n’es pas si pressé que ça de partir d’où tu es. L’ancien Dragon. L’associé principal du fonds d’investissement qui détient les magazines Voir et L’actualité.

Et depuis quelques semaines, Alexandre Taillefer, le président de la campagne électorale du Parti libéral du Québec.

Eh oui. Mon « patron » est allé en politique.

Paume de ma main, rencontre ma face.

Réagir à une nouvelle en deux étapes faciles.

Et parce que mon « patron » est un libéral affiché, j’ai maintenant droit à ce genre de commentaires presque chaque jour :

Mon jupon libéral dépasse… dans un texte où je ridiculise les candidats libéraux qui se présentent comme étant « le changement ». Si vous le dites, M. Turbide. C’est un point de vue intéressant. Au moins, vous êtes resté poli.

Ce n’est pas le cas de l’animateur de radio et homme qui ne sait pas s’il déteste plus les réfugiés ou les faits, Éric Duhaime. M’accusant d’être complaisant envers Taillefer pour protéger mon chèque de paye, il a eu la délicatesse de rehausser son propos du mot-clic #LangueBrune.

#LaClasse

Cher Éric,

Je me préoccupe tellement de mon chèque de paye que, le jour même où Taillefer a annoncé son entrée en politique, j’ai passé ma journée à faire des gags tels que…

et…

Voulez-vous d’autres blagues sur Alexandre Taillefer ? Allons-y !

Alexandre Taillefer aurait aimé être chef du PLQ tout de suite, mais il va devoir faire comme les clients de Téo : attendre.

Comment le Parti libéral a-t-il réussi à attirer Alexandre Taillefer ? Ils ont placé une subvention dans une trappe à souris.

Alexandre Taillefer amène de la diversité au PLQ. Avant son arrivée, tous les riches du parti étaient médecins.

Alexandre Taillefer est allé au Apple Store récemment, convaincu que son téléphone était défectueux. « L’application Twitter ne marche plus. Elle ne me montre aucun tweet », a-t-il expliqué au commis. « Monsieur, lui a-t-on répondu, c’est parce que vous avez bloqué tout le monde. »

Précisons d’emblée une chose : je suis plus influencé par mon signe dans l’astrologie chinoise (canard, ascendant laque à l’orange) que par les orientations politiques d’Alexandre Taillefer. J’aimerais mieux être pauvre que d’écrire pour un média qui m’interdirait de faire des blagues sur le proprio.

Mais ça, il n’y a que moi qui le sais.

D’un côté, je suis heureux de voir des gens rester alertes par rapport aux risques de biais potentiels dans ce qu’ils lisent. De l’autre, force est de constater qu’il n’y a pas plus persuadé de voir un biais que quelqu’un qui est dans le biais jusqu’aux sourcils.

Même mon collègue Philippe Fournier se fait soupçonner de travailler en secret pour le PLQ. Rappelons que son travail consiste à entrer des chiffres dans un fichier Excel et que, depuis des semaines, son fichier Excel prédit constamment une victoire éclatante de la CAQ. Rendu là, c’est comme soupçonner le Colonel Sanders de secrètement faire la promotion du végétarisme.

Voilà quatre ans maintenant que je commente la politique sur ce site. Ceux qui ont suivi ma carrière de blogueur (allô, papa !) le savent : j’ai fait une pause d’un an dont je reviens à peine. Pourquoi ? Parce que j’avais épuisé mon stock de blagues sur le PLQ. Il y a un nombre fini de choses drôles à écrire sur l’austérité et la corruption. D’autant plus qu’avec le départ de Sam Hamad, j’avais perdu un acteur qui apportait régulièrement de l’eau à la vache à lait.

J’ai dû écrire plus de blagues méchantes sur le Parti libéral en quatre ans que Gilles Latulippe en a fait sur sa belle-mère durant toute sa carrière. Mais plus rien de tout ça ne compte, parce que mon « patron » est allé se mettre les pieds dans la politique.

Et c’est pour ça que, dans la vie, tu peux être propriétaire d’un média, ou tu peux être en politique, mais tu ne peux pas faire les deux. Croire le contraire, c’est manquer un peu de jugement. Remarquez, à quoi pouvait-on s’attendre du jugement de quelqu’un qui décide d’investir dans le taxi et les médias écrits en 2018 ? Il hésitait probablement entre la politique et essayer de relancer les magasins HMV.

Et ce que j’écris là vaut pour tout le monde : Pierre Karl Péladeau n’aurait pas dû le faire. Les Desmarais devraient effacer le numéro du premier ministre de leur téléphone. Le propriétaire de L’écho de Sainte-Perpétue-des-Achigans devrait abandonner son rêve de devenir maire du village tant que c’est lui qui publie le feuillet paroissial où tous les électeurs s’informent. C’est comme ça. Il faut choisir.

Comme je ne m’attends pas à ce que la situation change, et avant que la campagne électorale commence officiellement, mettons les choses au clair :

  • Quand j’écris à propos de la CAQ / du PQ / du PLQ / de QS / du Parti communiste du Québec (à ne pas confondre avec le Parti communiste révolutionnaire du Québec, parce que la division du vote communiste est vraiment ce qui est dans le chemin d’une victoire des ouvriers), c’est parce que j’ai quelque chose à dire sur eux.
  • Un bon truc pour ne pas se retrouver dans une de mes chroniques : ne pas dire de niaiseries. Chance que les libéraux se rendent jusqu’au 1er octobre sans dire de niaiseries : 0 %.
  • Je n’ai pas parlé du Parti libéral dans un billet ? J’en fais un par semaine. Leur tour viendra.
  • Des fois, j’ai des choses à dire sur un truc, mais je n’ai rien de drôle à dire. Comme je suis le Michel Beaudry de L’actualité, celui qui est supposé être comique, je passe alors mon tour.

Et finalement, si vous pensez savoir pour qui je vote, écrivez-moi en privé s’il vous plaît, parce que moi, je n’en ai aucune idée. Le 1er octobre arrive vite…

***

P.-S. : Peut-être avez-vous remarqué que j’ai mis des guillemets à chaque fois que j’ai écrit que Taillefer était mon « patron ». C’est parce que je ne considère pas que je travaille pour lui. Je travaille pour L’actualité et les gens qui l’écrivent et le pensent. Des gens que j’ai côtoyés depuis 10 ans au bureau et dans ma vie de tous les jours. Des gens qui, comme moi, n’endureraient pas cinq secondes de se faire dire quoi écrire pour flatter qui que ce soit dans le bon sens.