Ces candidats qui magasinent leurs choux
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Ces candidats qui magasinent leurs choux

Certains partis présentent des couleurs différentes, mais gardent le même goût. Mathieu Charlebois parcourt les champs de cette première semaine de campagne.

« C’est un très grand honneur pour moi de me présenter pour [regarde son carton, pour être sûre de ne pas se tromper]… le Parti libéral du Québec. »
— Gertrude Bourdon (citation rêvée)

En 2018, ne pas être blasé et cynique envers la politique est un travail à temps plein. Personnellement, ça me prend environ huit heures par jour pour y arriver, par un mélange d’autohypnose et de féroce déni.

Débarquent alors les Gertrude Bourdon de ce monde pour bousiller tous nos efforts. La prestigieuse candidate inconnue du public est passée d’un flirt avec le PQ à presque candidate pour la CAQ, pour atterrir au PLQ. Tout ça publiquement et sans gêne, comme si elle avait simplement regardé le menu au Harvey’s avant de décider de manger au Burger King.

Il reste encore plus de 30 jours de campagne, remarquez. Ce n’est pas impossible qu’elle finisse la course au Parti marxiste-léniniste.

Opportuniste ? Mme Bourdon a choisi un parti qui s’enligne pour quitter le pouvoir, dans l’espoir d’avoir un emploi où elle gagnerait deux fois moins qu’en restant PDG du CHU. Si c’est une bonne gestionnaire, ce n’est pas de gestion de carrière dont on parle.

Elle renforce quand même cette impression que les candidats de PLQ et de la CAQ sont aussi interchangeables que ceux d’Occupation double. Au point que l’équipe de fact checking de Radio-Canada s’est penchée sur la question « Le PLQ et la CAQ, est-ce vraiment la même chose ? ».

Pensez à ça : une équipe de vérification des faits a dû enquêter pour savoir si les deux partis en tête des intentions de vote étaient vraiment identiques ou pas. Comme une version politique du jeu des sept erreurs.

Surprise : ils ont découvert que, si on y regarde d’assez près, il s’agit bel et bien de deux partis différents, avec parfois des idées qui ne sont pas pareilles ! Parfois. Bref, la CAQ et le PLQ, ce n’est pas vraiment chou vert et vert chou. C’est plutôt comme un chou vert… et un chou rouge ?

Les épouvantails libéraux

« L’enjeu de cette élection est simple : soit nous récoltons les fruits des efforts passés, soit nous compromettons des années de travail. […] Le choix se fera entre la stabilité ou l’instabilité, entre le progrès ou le recommencement. »
— Philippe Couillard

Un bon chef libéral ne part jamais en campagne électorale sans emporter quelques cravates, des noix et des fruits séchés pour les fringales et, surtout, une valise pleine d’épouvantails.

Pendant longtemps, c’est l’épouvantail référendum qu’on agitait. Le référendum, disait-on, allait plonger le Québec dans le chaos, les flammes allaient surgir de la terre et le Québec indépendant serait un univers tordu où on verrait les chiens être amis avec les chats.

En 2018, il n’y a pas de référendum à l’horizon. Qu’à cela ne tienne, le PLQ sort quand même son avertissement : si vous ne votez pas pour nous, le Québec va vivre dans l’anarchie et les Pop-Tarts vont se mettre à goûter le steak haché.

Leur Bonhomme Sept-Heures est tellement usé, c’est rendu un Bonhomme Onze-Heures-et-quart. Mais dans un monde où tout change tout le temps, c’est bien de savoir qu’on peut compter sur ce genre de comfort food électoral.

Et parlant de comfort food

Mourir pour le Canada

Ce n’est pas parce que la question nationale est en congé sabbatique que Philippe Couillard va se priver de soupçonner tout un chacun d’être un cryptoséparatiste.

« J’ai encore de sérieuses questions à propos de l’engagement de M. Legault envers notre pays. Il n’a jamais dit qu’il aime le pays. Il est juste “OK” avec le Canada… Ce n’est pas assez pour moi. […] Je suis à la fois un fier Québécois et un très fier Canadien. Ça ne suffit pas de tolérer le Canada. »
— Philippe Couillard

Non, ça ne suffit pas. Le Canada, il faut l’aimer. Il faut l’enlacer tendrement. Il faut écrire « Canada + François = 4ever 2gether » dans son journal intime.

François Legault aime-t-il le Canada comme Luc Plamondon aime les rimes faciles ? Trouve-t-il le Canada beau et sensuel ? Lui ferait-il langoureusement l’amour enroulé dans un unifolié, lui tâterait-il les Rocheuses, étendu sur un lit de grandes plaines ?

Qu’attend François Legault pour répondre à ces questions ? ÊTES-VOUS PRÊT À MOURIR POUR LE CANADA, MONSIEUR LEGAULT ?

Pendant ce temps, si vous demandez à Jean-François Lisée, il vous dira que François Legault est encore plus fédéraliste que Philipe Couillard.
¯\_(ツ)_/¯

Si jamais la question nationale disparaît réellement des débats au Québec, je ne sais bien pas ce qu’on va faire pour se désennuyer.