Petit guide pour mieux débattre des signes religieux
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Petit guide pour mieux débattre des signes religieux

De Québec à Ryad en passant par Agrabah, Mathieu Charlebois revisite à sa façon le débat sur les signes religieux. 

On doit encore débattre des signes religieux? Vraiment? Personnellement, j’aimerais mieux replonger dans le débat sur Slav, si ça peut vous donner une idée. Mais bon… puisqu’il le faut, faisons-le correctement.

Voici quelques arguments et exagérations que j’aimerais voir bannis, et de façon bien plus pressante qu’une burqa hypothétique dans les forces de l’ordre.

« Un professeur portant un signe religieux endoctrine ses étudiants »

Les enseignants sont-ils une figure d’autorité? Sûrement, mais il ne faut pas exagérer non plus.

On m’a parlé activement et explicitement de mathématiques pendant 11 années sans réussir à m’y intéresser, mais il suffirait d’un prof qui porte la kippa pour que je me couche chaque soir en lisant la Torah?

Tout comme les sinus et les cosinus, ça ne me rentre pas dans la tête.

« Si on était dans leur pays… »

Haaaaa, le fameux  « Si on était dans leur pays, il faudrait faire ci pis ça et on n’aurait pas le choix. » Évidemment, « leur pays » est généralement un raccourci pour désigner un pays musulman totalitaire générique, comme l’Arabie Saoudite.

Et c’est vrai : si on était en Arabie Saoudite il faudrait porter les vêtements prescrits par la loi et on n’aurait pas le droit de manifester. La vie n’est pas facile à Agrabah pour un jeune voleur et son petit singe, on a tous vu le documentaire de Disney.

Vous savez pourquoi c’est comme ça? Parce que l’Arabie Saoudite est une monarchie qui a un texte religieux en guise de constitution. Et ça, laissez-moi vérifier mes notes… hum, hum… han han… Ouais, ouais ouais… C’est bien ce que je croyais. Ça, c’est exactement le contraire d’une démocratie laïque.

Alors quand vous vous demandez pourquoi on devrait avoir honte de faire quelque chose parce qu’ailleurs ce serait pire, c’est parce que cet ailleurs, c’est ce qu’on ne veut pas être.

Pour ma part, je propose qu’on évite de calquer nos actions sur le pays qui arrive 141e sur 144 en fait d’égalité hommes-femmes dans le classement du Forum économique mondial. Mais ça, c’est juste moi et mes lubies.

Et parlant de « leur pays »…

Permettez-moi cet aparté fédéral :

Chaque fois qu’il est question du turban que porte le chef du NPD Jagmeet Singh, il se trouve des gens pour expliquer qu’il n’a qu’à retourner d’où il vient s’il tient tant que ça à ne pas l’enlever.

D’ailleurs, d’où vient-il, exactement?

Ha ben. Ça ne coûtera pas trop cher de billets d’avion. Il va même pouvoir s’y rendre en autobus! C’est bien.

Pas besoin de venir d’ailleurs pour porter une croix de 6 pieds dans le cou, un turban rose fluo et autres accessoires religieux. Je ne crois pas qu’on puisse vraiment régler quoi que ce soit en retournant quelqu’un « dans son pays », quand son pays c’est Montréal-Nord.

Honnêtement, toute cette logique de « eux » et de « nous » a des relents de xénophobie, et… Quoi? Que me dites-vous?

« Les Québécois ne sont pas racistes! »

Petit guide pour trouver du racisme et de l’intolérance au Québec :

  • Ouvrez votre fureteur.
  • Entrez l’URL facebook.com dans l’espace désigné.
  • Cliquez au hasard pendant trois ou quatre minutes.
  • Fermez votre ordinateur.
  • Pleurez longuement la perte de votre innocence.

En lisant ce que je viens d’écrire, plus d’un iront directement dans les commentaires de ce texte, le caps lock dans le tapis, pour expliquer que « LES QUÉBÉCOIS NE SONT PAS RACISTES, CESSEZ DE DIRE QUE TOUS LES QUÉBÉCOIS SONT RACISTES. »

Un chroniqueur adepte des phrases d’un paragraphe y consacrera peut-être même un texte, se désolant qu’on accuse encore TOUS LES QUÉBÉCOIS d’intolérance. Donnons à ce chroniqueur le nom fictif de Matthieu. Avec deux t, parce que c’est un nom fictif.

J’ai l’impression que si quelqu’un pointe à Matthieu qu’il a une tache de spaghetti sur sa chemise, il comprend qu’on pense qu’il est habillé de la tête aux pieds en spaghettis. C’est une véritable fixation, qu’il partage avec plusieurs.

Non, « les Québécois » ne sont pas racistes. Mais il y a des racistes au Québec. Ce sont des Québécois, et ils sont racistes. C’est comme ça. J’aimerais vraiment ça pouvoir dire que nous sommes le seul endroit sur Terre où ça n’existe pas. Malheureusement, je dispose d’un accès à internet.

Un petit mot sur le crucifix de l’Assemblée nationale

À en écouter certains, il était là avant même la fondation de Québec. Le crucifix flottait dans les airs et Duplessis a construit l’Assemblée Nationale autour.

C’est quoi l’affaire, exactement? Est-ce que l’édifice va s’écrouler si on l’enlève? Est-ce que c’est l’équivalent « patrimonial » d’un mur porteur?

Si un crucifix avec une sculpture de Jésus lui-même en personne dessus, ce n’est pas un symbole religieux, il n’y a rien qui l’est. À part embarquer un curé sur les épaules du président de l’Assemblée, je ne vois pas comment on pourrait faire plus évident comme signe ostentatoire. On force même tous les députés à le porter, symboliquement.

C’est pourquoi on devrait sortir l’escabeau patrimonial et le tournevis de la laïcité pour le décrocher et le mettre ailleurs. Dans un joli présentoir à l’entrée de la pièce, pourquoi pas? Sur l’écriteau à côté, on pourrait même ajouter que ce n’est même pas le crucifix original, mais bien une reproduction qui date des années 1980. (Voilà qui nous ratatine le patrimoine!)

Quand on voudra se rappeler des racines catholiques du Québec, on n’aura qu’à regarder la grosse croix blanche en plein milieu du fleurdelisé. Les symboles, c’est fait pour ça.