Cannabis : pourquoi le Canada n'est pas l'Uruguay
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Cannabis : pourquoi le Canada n’est pas l’Uruguay

Si les deux pays travaillent étroitement ensemble sur la scène internationale depuis deux ans, il y a toutefois des différences importantes dans leurs marchés locaux respectifs. Explications avec Alec Castonguay.

Pendant des mois, l’ambassadeur de l’Uruguay au Canada, Martin Vidal, a fait part au gouvernement canadien de l’expérience de son pays, qui a légalisé le cannabis en 2013. Les deux pays sont encore signataires de trois traités internationaux qui empêchent la possession, la vente et le trafic de cette substance. Et les deux pays, les premiers dans le monde à légaliser le cannabis sur tout leur territoire, n’ont pas l’intention de s’en retirer.

Le Canada, comme l’Uruguay avant lui, ne sera pas éjecté de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, de la Convention sur les substances psychotropes de 1971 et de la Convention des Nations unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988. Les pays membres accordent cette liberté au Canada et à l’Uruguay parce qu’ils le font dans un objectif de santé publique, de meilleur contrôle de la substance (notamment auprès des jeunes) et parce qu’ils tentent d’éradiquer le marché noir. Ils font ainsi avancer le débat et fourniront une masse d’informations utiles aux autres pays, dont plusieurs cherchent de nouvelles voies dans cette lutte déjà perdue contre la consommation illicite de cannabis.

Si les deux pays travaillent étroitement ensemble sur la scène internationale depuis deux ans, il y a toutefois des différences importantes dans leurs marchés locaux respectifs. Alors que le Canada légalise officiellement le cannabis, vous entendrez souvent la phrase : « Le Canada est le deuxième pays dans le monde à légaliser la marijuana, après l’Uruguay. »

C’est vrai, mais la légalisation en Uruguay est passablement différente de la nôtre.

Quelques observations :

  • Le Canada compte près de 37 millions d’habitants. L’Uruguay, 3,5 millions. La comparaison sera plus efficace avec la Californie et ses 40 millions de résidants, qui a légalisé la substance en janvier 2018. Huit États américains ont légalisé l’utilisation récréative du cannabis, même si Washington continue de l’interdire.
  • Le cannabis est légal depuis décembre 2013 en Uruguay, mais l’herbe est offerte en magasin depuis juillet 2017.
  • Seules les pharmacies en Uruguay peuvent vendre du cannabis. À ce jour, 17 seulement y sont autorisées. Il est aussi possible de s’inscrire dans un club de cannabis — il y en a 107, qui doivent avoir moins de 45 membres et ne peuvent vendre plus de 480 g par année à chacun de leurs membres.
  • Pour avoir accès aux 40 g permis par mois — et pas plus de 10 par semaine —, le consommateur uruguayen doit s’inscrire sur une liste. Il y a 29 000 personnes inscrites. Au Canada, aucune liste n’existe, il n’y a aucune quantité maximale par mois, et il est possible de se promener avec 30 g de cannabis sur soi. Le Québec impose une limite d’entreposage à domicile de 150 g.
  • Seuls les citoyens de l’Uruguay peuvent en acheter. Une restriction qui n’existe pas au Canada.
  • Il est possible de cultiver jusqu’à six plants de cannabis à la maison dans ce petit pays d’Amérique latine. Près de 7 000 personnes sont autorisées à le faire. Au Canada, ce sera quatre plants, sauf au Québec et au Manitoba, où la culture à domicile est interdite. Voir notre tableau des particularités par province au bas de ce texte.
  • Seulement quatre variétés sont accessibles en Uruguay, dans de petits sachets de cinq grammes, vendus entre 1,30 $ et 2,50 $ le gramme (le coût de la vie y est beaucoup plus bas). Ici, les variétés seront nombreuses, tout comme les formats, et le gramme devrait se vendre entre 6 $ et 10 $.
  • Les dernières données fournies par l’Institut de régulation et de contrôle du cannabis de l’Uruguay, l’organisme indépendant qui chapeaute la légalisation, montrent que 54 % des consommateurs qui s’approvisionnaient sur le marché noir le font maintenant sur le marché légal, malgré la difficulté relative de s’en procurer (liste dans les pharmacies, peu d’endroits autorisés, etc.). L’accès sera plus facile au Québec et au Canada, avec la vente en succursale et sur Internet. Des chiffres qui tendent à démontrer qu’à long terme le crime organisé n’aura pas la tâche facile par rapport à l’attrait du marché légal.
  • Selon Monitor Cannabis, une équipe d’universitaires qui étudient la mise en pratique de la loi en Uruguay, la consommation de marijuana est en faible augmentation et suit la même courbe à la hausse notée avant la légalisation. Bref, il n’y a pas eu d’accélération de la consommation avec la légalisation. Une tendance qui concorde avec les études réalisées dans les États américains qui ont légalisé la substance, notamment au Colorado, et qui montrent une stabilité de la consommation, notamment chez les jeunes.

Voici les particularités entre les provinces au Canada :

Boire ou fumer ?

Les revenus annuels tirés de la vente de cannabis sont désormais quasi équivalents à ceux provenant des ventes de vin au pays, révèle une étude menée en 2015 que Statistique Canada a récemment rendue publique. L’État ne prévoit pas que ces revenus augmenteront avec la légalisation prochaine du cannabis.

  • Bière : 9,2 milliards de dollars
  • Vin : 7 milliards de dollars
  • Cannabis : 6,2 milliards de dollars

(Source : Statistique Canada, 2015)