Des ministres tout neufs
PolitiqueÉlections 2018Regard humoristique

Des ministres tout neufs

Parité, environnement, immigration, entrepreneuriat… Mathieu Charlebois passe en revue le nouveau gouvernement caquiste et lui donne quelques bons conseils pour la suite.

Devenir ministre, c’est comme devenir unicycliste-cracheur de feu : c’est un métier que tu n’as pas le choix d’apprendre sur le tas. Sur les 26 nommés par François Legault jeudi, il n’y a que Marguerite Blais qui sait à quoi s’attendre. Les autres vont l’apprendre à la dure.

« Bon début de journée, madame la ministre. Le Québec a pris feu pendant que vous dormiez. C’est quoi votre plan ? Vous avez cinq minutes pour prendre un café, après ça, vous êtes en ondes avec Paul Arcand et il va vous faire passer pour une incompétente. Deux sucres et un lait, c’est ça ? »

Vingt-cinq débutants et une habituée. Treize hommes, 13 femmes. Devant ce cabinet paritaire, il s’en est inévitablement trouvé pour lancer, inquiets, le classique :  « Ouin, mais la compéteeeeeeeeence ? »

Je partage leur détresse. Je me demande moi aussi si François Legault a su trouver 13 hommes capables d’être ministres. C’est beaucoup, 13. Je suis pour la parité, mais pas si ça m’oblige à devoir encore endurer des Laurent Lessard et des Sam Hamad.

On verra bien.

Être ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques dans un gouvernement caquiste, c’est comme être un bijou discret et de bon goût dans le tiroir d’Éric Lapointe : tu ne t’attends pas à servir beaucoup.

En héritant de la tâche, MarieChantal Chassé pensait peut-être pouvoir se la couler douce. Mais, ô surprise, François Legault a profité de son premier discours de premier ministre pour déclarer sa « sincère préoccupation pour les défis environnementaux ».

Hey ben ! Mieux vaut tard que jamais, mais que s’est-il passé ? Legault a-t-il lu par accident autre chose que la section Économie du journal jeudi matin ?

En tout cas, ce serait bien que ce François Legault vert foncé pique une jasette avec l’autre François Legault, celui qui ne serait pas contre l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti, parce qu’ils n’ont pas l’air de s’entendre.

Quant à MarieChantal Chassé, grâce à sa décision de ne pas mettre de trait d’union au milieu de son prénom, on calcule qu’une forêt de traits d’union aura été préservée avant la fin de son mandat. Ça commence bien.

Vous êtes du genre à être complexé par les violonistes prodiges de 14 ans ? Les romanciers qui ont à peine 20 étés au compteur vous donnent l’impression d’avoir raté votre vie ? Préparez-vous à déprimer encore un peu plus, parce qu’on a maintenant trois ministres de moins de 35 ans !

À commencer par Geneviève Guilbaut, 35 ans, vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique. Il y a aussi Mathieu Lacombe, le ministre de la Famille d’à peine 30 ans, ce qui monte à au moins deux le nombre de ministres capables d’envoyer une pièce jointe par courriel sans devoir appeler le gars des TI.

Simon Jolin-Barrette est également dans le club des pas-vieux. Le leader parlementaire n’a que 31 ans, ce qui est dur à croire, parce qu’à l’entendre défendre les positions de son parti sur le cannabis il y a quelques semaines, on avait l’impression qu’il en avait 78.

Le voilà maintenant chargé de l’Immigration… et aussi du dossier de la laïcité.

* Soupir *

Ho ! Mais ne pensez pas croche, là. Il n’y a aucun lien entre les deux. « Ce sont des dossiers distincts », nous répète Jolin-Barrette.

* Soupiiiiiiiiiiir *

C’est donc lui qui nous expliquera qu’un crucifix dans un palais de justice, c’est patrimonial et rien de plus. C’est comme si on avait accroché une canne de sirop d’érable ou une photo du Bonhomme Carnaval derrière le juge.

* Soupir si long et puissant qu’il fait tomber toutes les feuilles des arbres dans ma rue *

Plusieurs analystes ont aussi remarqué que le cabinet caquiste fait la part belle aux gens d’affaires. Exit le « gouvernement de médecins », on a maintenant un « gouvernement d’entrepreneurs ».

Et pourquoi pas ? Moi qui n’arrive pas à croire à une de mes idées pendant plus de 15 minutes, j’admire la détermination des entrepreneurs. Mais s’il y a une idée à laquelle je crois, c’est que le gouvernement n’est pas une entreprise.

L’État fait parfois des trucs parce qu’il doit les faire. Des trucs pas payants. Des trucs que personne ne ferait, autrement. Bref, il faut des projets de société, pas des plans d’affaires.

Mais ça, vous avez le temps en masse de l’apprendre. Pour l’instant, commencez par vous installer, et préparez-vous à la première fois où Paul Arcand va vous engueuler avant votre premier café. Bonne chance !