Parlementaires de l'année 2018 : un appel à la collaboration entre députés
Politique

Parlementaires de l’année 2018 : un appel à la collaboration entre députés

La soirée des Parlementaires de l’année, organisée par les magazines Maclean’s et L’actualité, récompense le travail des députés dans plusieurs catégories. Ce sont les 338 députés qui votent pour les lauréats. Plusieurs élus du Québec se sont démarqués cette année.

C’est un cri du cœur en forme de testament politique qu’a lancé l’ex-député néo-démocrate Paul Dewar à ses anciens collègues réunis dans la salle de bal du Château Laurier, à Ottawa, le lundi 5 novembre dernier. Atteint d’un cancer du cerveau qui l’attire « sur le chemin qui mène à la mort », comme il l’a évoqué au début de son discours, Paul Dewar a plaidé en faveur d’une Chambre des communes moins partisane.

Élu sous la bannière du NPD dans Ottawa-Centre de 2006 à 2015, Paul Dewar, 55 ans, recevait la plus prestigieuse récompense de la soirée : le prix Hommage. Il a demandé aux quelque 300 députés, ministres et employés politiques rassemblés lors de la 11e soirée des Parlementaires de l’année Maclean’s-L’actualité de se remémorer les raisons profondes de leur implication en politique. « Vous souhaitiez changer les choses, avoir un impact dans la vie des gens, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que ça donnerait si les élus de tous les partis travaillaient davantage ensemble ? Je sais, c’est un peu radical comme idée. Ce sont nos adversaires. Mais est-ce qu’on ne serait pas rendu là au Canada ? »

Paul Dewar (Photo : Blair Gable/Maclean’s)

Il a souligné que le plus beau moment de sa carrière aura été le 11 juin 2008, lorsque la Chambre des communes a présenté ses excuses aux autochtones pour les mauvais traitements subis dans les pensionnats. « Tous les députés, unis, ont fait le bon geste. »

« Rappelez-vous pourquoi vous vous êtes lancés en politique. Proposez des solutions, ne faites pas que critiquer. Entendez-vous. Collaborez plus souvent. Rejetez la haine. Nous sommes tous ensemble là-dedans. C’est ce que souhaitent nos concitoyens », a-t-il lancé à une foule politique silencieuse, émue, qui a salué la fin de son discours par une salve d’applaudissements.

La soirée des Parlementaires de l’année, organisée par les magazines Maclean’s et L’actualité depuis une décennie, récompense le travail de 10 députés dans 10 catégories différentes. Les lauréats sont choisis par leurs pairs lors d’un sondage. Ce sont donc les 338 députés qui voient leurs collègues à l’œuvre de près qui déterminent par vote secret qui mérite les reconnaissances. Les Prix des parlementaires visent à souligner le travail des députés dans une démocratie, y compris ceux qui travaillent dans l’ombre, loin des caméras.

Le titre de « Parlementaire de l’année », la récompense la plus prestigieuse de la soirée après le prix Hommage, a été décerné au néo-démocrate Nathan Cullen, de la Colombie-Britannique. Le député bilingue avait terminé troisième lors de la course à la direction du NPD en 2012, celle qui avait couronné Thomas Mulcair, qui a aujourd’hui quitté la Chambre des communes.

Nathan Cullen (Photo : Blair Gable/Maclean’s)

Visiblement remué par l’allocution de son ancien collègue Paul Dewar, Nathan Cullen a convenu qu’il a parfois succombé à la « partisanerie un peu cheap ». « Quand on est fâché parce qu’on n’obtient pas de réponse du gouvernement, je me suis parfois laissé emporter », a-t-il dit, suscitant des rires dans la salle. « Pourtant, nos commettants ne pensent pas comme ça. Ils souhaitent plus de respect entre nous. »

Nathan Cullen a souligné que la politique, qui implique de longs voyages à travers le pays jusqu’à Ottawa, des soirées familiales sacrifiées au profit de soupers spaghettis avec des associations locales et un jugement souvent mordant de la population, « n’est pas un travail, mais une vocation ». « Je suis venu ici ce soir en me disant que je n’allais pas gagner, mais je dois le reconnaître, ça fait vraiment du bien d’être reconnu par nos collègues de tous les partis. »

La députée bloquiste Monique Pauzé, qui a raflé la récompense de l’élu « le plus collégial », soit celui ou celle qui se démarque par son travail avec les députés de tous les partis, a elle aussi souligné le plaisir de recevoir un prix décerné par ses collègues. « Peu importe notre vision du Canada et de son avenir, on est capable de reconnaître le travail des autres. Ça fait plaisir de recevoir une petite tape dans le dos », a-t-elle lancé au micro.

Monique Pauzé aux côtés de Charles Grandmont, rédacteur en chef de L’actualité (Photo : Blair Gable / Maclean’s)

Plusieurs députés du Québec se sont démarqués lors de cette soirée. Le conservateur Gérard Deltell a reçu le prix du « meilleur orateur ». « C’est spécial de gagner ce prix pour un francophone qui s’exprime toujours en français aux Communes. Ça montre le respect des deux langues officielles au Parlement », a-t-il dit dans son discours de remerciement.

Son collègue conservateur Richard Martel, nouvel élu dans Chicoutimi–Le Fjord depuis juin, a été sacré « étoile montante ».

La ministre qui a négocié l’ALENA 2.0 tout en étant ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a été sacrée la députée qui a le plus « d’ardeur au travail ». Sans surprise, elle n’était pas présente pour recevoir son prix, trop occupée à… travailler. Elle recevait l’ambassadeur de l’Union européenne dans le cadre d’une conférence à Montréal en ce 5 novembre.

Le prix du député qui « maîtrise le mieux ses dossiers », déjà remis dans le passé à Gilles Duceppe, a été décerné cette année au conservateur Pierre Poilievre.

La néo-démocrate de la Saskatchewan Georgina Jolibois est montée sur la scène au son de « Call me maybe », de la chanteuse Carly Rae Jepsen, pour cueillir le trophée de la députée qui représente le mieux ses concitoyens dans sa circonscription.

Georgina Jolibois (Photo : Blair Gable / Maclean’s)

Pour une deuxième année consécutive, la libérale Judy Sgro a reçu le titre de « meilleur mentor» auprès des nouveaux députés. Le prix de l’« engagement dans la communauté » a été remis à un élu libéral de la Colombie-Britannique, Terry Beech.