Justin Trudeau : « J'ai choisi mon camp »
Politique

Justin Trudeau : « J’ai choisi mon camp »

Populisme, minorités religieuses, taxe sur le carbone… À moins d’un an des élections fédérales, Justin Trudeau se prépare à la bataille, conscient que certaines positions ne font pas l’unanimité.

« Ça fait du bien ! » lance Justin Trudeau à propos de sa course d’une trentaine de minutes sur le mont Royal, un peu plus tôt, avec ses gardes du corps, qui le suivent même lorsqu’il s’élance sur les sentiers pour diminuer son stress et prendre du recul, au son de la musique entraînante des années 1980 dans ses écouteurs.

Il est 17 h, et le premier ministre du Canada, souriant, est visiblement détendu, même s’il en est à sa troisième ville de la journée, après Ottawa et Toronto — où il a annoncé, dans le fief de Doug Ford, l’imposition d’une taxe sur les émissions de carbone aux quatre provinces qui refusent d’adopter un  plan de réduction des gaz à effet de serre, avec à la clé un chèque aux contribuables pour compenser la hausse des prix à la pompe qu’entraînera le plan d’Ottawa. « Je n’ai pas envie d’imposer une taxe sur le carbone au Nouveau-Brunswick, à l’Ontario, au Manitoba et à la Saskatchewan, mais elles ne veulent rien faire pour lutter contre les changements climatiques, alors je n’ai pas le choix. Il faut agir », dit Justin Trudeau en enlevant son veston et en s’assoyant à une table du Bistro-Brasserie Les Sœurs Grises, dans le Vieux-Montréal, déjà bondé en ce mardi soir d’octobre.

L’équipe du premier ministre a choisi cet endroit parce que Justin Trudeau préfère la bière au café, même s’il boit peu. Le nom du bistrot est également celui d’une congrégation religieuse établie à quelques mètres d’ici.

La coïncidence est trop belle pour être passée sous silence : il y a quatre ans, lors d’une précédente entrevue avec Justin Trudeau, nous avions discuté de sa foi catholique, lui qui disait « demander de l’aide et du courage à Dieu » dans les moments difficiles.

Maintenant qu’il est premier ministre, fonction qui vient avec un lot sans fin d’imprévus et de tensions, est-ce que sa foi continue de le guider ? « Oui, mais pas activement », dit-il après un moment d’hésitation, conscient que la religion est un sujet miné au Québec depuis quelques années. « Ça m’aide dans mes réflexions, dans mes valeurs. Ça me donne de la perspective. »

Pendant près d’une heure, nous avons discuté de sa relation naissante avec le gouvernement de François Legault, des paradis fiscaux, des pipelines et des géants du Web qui déstabilisent l’industrie culturelle québécoise et le commerce de détail…

Et de ce qu’il ferait différemment s’il pouvait revenir en arrière, alors qu’il commence la dernière année de son mandat. Un indice ? Ça implique un voyage et des habits traditionnels.

Même s’il souhaite être rassembleur en vue des prochaines élections, sur certains sujets plus épineux, comme la place des signes religieux dans l’espace public, la taxe sur le carbone et le populisme ambiant, Justin Trudeau est prêt à jouer son va-tout. « J’ai choisi mon camp. Je vais défendre les droits et libertés de tous, même si c’est impopulaire. »

Photo : Christian Blais

Quelle leçon tirez-vous des résultats de l’élection québécoise ?

La loyauté envers les partis politiques, c’est de moins en moins vrai et pertinent. Les gens cherchent de l’authenticité, quelque chose de différent.

Est-ce que ça vous inquiète, vous qui êtes à la tête d’un parti qui a gouverné pendant une bonne partie du XXe siècle ?

Non, parce qu’on a réinventé le Parti libéral. On a rebrassé les structures, le fonctionnement, l’approche. On a éliminé les vieilles cliques. J’ai même exclu les sénateurs du caucus ! On a inventé la notion de sympathisants, qui ne sont pas des membres. Ça crée de la place pour plus de monde. On a encouragé la participation des jeunes de l’extérieur du parti.

François Legault n’est pas de la même famille politique. Sur quoi pouvez-vous vous entendre ?