Scrutin 2019 : avantage Trudeau ?
PolitiqueChronique de Chantal Hébert

Scrutin 2019 : avantage Trudeau ?

Atout du deuxième mandat, reconfiguration de l’opposition, et quelques bons coups : Justin Trudeau est sur la bonne voie si ses députés ne se transforment pas en courants d’air…

À la même date l’an prochain, Justin Trudeau entamera son deuxième mandat comme premier ministre ou sera déjà passé à la trappe électorale.

La perspective d’une victoire libérale — majoritaire ou minoritaire — demeure la plus probable, à moins d’un an du scrutin du 21 octobre 2019.

Les prédécesseurs de M. Trudeau qui ont mené leur parti à une première victoire majoritaire ont été réélus à la tête d’un second gouvernement aux élections suivantes. Il faut généralement plus que quatre ans à l’électorat canadien pour se lasser d’un gouvernement.

À cet avantage cyclique, il faut ajouter une reconfiguration de l’opposition qui a de quoi plaire aux libéraux.

Sous Jagmeet Singh, le NPD vivote dans les intentions de vote. L’arrivée du premier chef issu d’une minorité visible n’a pas permis de concrétiser les espoirs d’une percée néo-démocrate au sein des communautés issues de l’immigration. Sans expérience fédérale, M. Singh a de la difficulté à trouver ses repères.

De son côté, le mouvement conservateur canadien a renoué avec la désunion. Des sympathisants conservateurs en mal des campagnes d’idées dont l’ancien Parti réformiste avait fait son fonds de commerce et dont le PCC d’Andrew Scheer est plutôt avare sont tentés par l’aventure en solitaire du député de la Beauce, Maxime Bernier.

La combinaison d’un NPD anémique et d’une opposition conservatrice fracturée est habituellement une recette gagnante pour les libéraux. Jean Chrétien en a tiré trois gouvernements majoritaires.

Depuis le début de l’automne, le gouvernement Trudeau a marqué deux grands coups. Il a convenu avec l’administration américaine d’une solution de rechange à l’ALENA. Et il a réalisé son engagement phare de légaliser le cannabis.

Dans le dossier du libre-échange, l’entente acceptée par le Canada a été aussi bien reçue par les milieux d’affaires que par de grandes centrales syndicales. D’anciens et actuels ténors conservateurs lui ont donné leur appui. Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a également eu de bons mots pour le gouvernement. Ce concert d’éloges a scié les jambes des partis d’opposition.

Quant au marché légal du cannabis, il est vraisemblablement là pour de bon. Trop de ressources ont été investies dans sa mise sur pied pour revenir en arrière. Le Parti conservateur pourrait difficilement faire campagne l’automne prochain sur le thème d’un retour à la prohibition sans s’attirer les foudres des influents conservateurs qui sont devenus des acteurs importants de l’industrie du cannabis.

Pour le meilleur et pour le pire, le premier ministre porte encore davantage que ses prédécesseurs son parti sur ses épaules.

Voilà pour le côté doré de la médaille libérale. Elle a un envers moins brillant.

La majorité actuelle de Justin Trudeau repose sur 13 sièges. Au scrutin de 2015, le PLC avait balayé les provinces de l’Atlantique. Il risque d’en échapper un certain nombre l’automne prochain.

Personne ne donne cher des quatre sièges du parti en Alberta. Devant l’échec du gouvernement Trudeau à débloquer le dossier des oléoducs, l’électorat albertain est en rogne contre les libéraux.

À l’inverse, en Colombie-Britannique, où le gouvernement compte 17 députés, ses efforts pour assurer l’expansion du pipeline Trans Mountain pourraient lui coûter des plumes.

Les libéraux ont déjà fait le plein de sièges en Ontario. Pour compenser des pertes probables ailleurs au Canada, ils devront surtout compter sur le Québec. Mais l’arrivée au pouvoir de la CAQ signifie que le gouvernement Trudeau naviguera plus ou moins à l’aveugle en eaux québécoises au cours de sa dernière année de mandat.

Pour le meilleur et pour le pire, le premier ministre porte encore davantage que ses prédécesseurs son parti sur ses épaules. La célébrité personnelle de Justin Trudeau y est pour quelque chose, mais le charme très discret de bon nombre de ses députés aussi.

Au Québec, par exemple, les néo-démocrates et les conservateurs, pourtant bien moins nombreux que leurs homologues libéraux, occupent plus efficacement le terrain médiatique.

Le Parti conservateur entend transformer la prochaine campagne fédérale en réquisitoire contre le projet de Justin Trudeau de taxer la pollution par le carbone. Avec l’aide de ses alliés provinciaux en Ontario et dans les Prairies, il fourbit déjà ses armes. Du côté libéral, on peut par contre parler à de rares exceptions près du silence des agneaux.

Au Canada, la dernière élection fédérale à caractère plébiscitaire remonte à 1988 et à la bataille du libre-échange. Le premier ministre Brian Mulroney ne l’aurait pas remportée si ses députés avaient passé la campagne à se transformer en courants d’air.