Le Bloc québécois peut-il combler l'écart ?
PolitiqueFédérales 2019

Le Bloc québécois peut-il combler l’écart ?

Si le Bloc québécois parvient à profiter de la chute du NPD pour resserrer l’écart avec le Parti libéral du Canada, la division du vote pourrait lui sourire dans un grand nombre de circonscriptions serrées. Analyse de Philippe J. Fournier. 

Il est bien connu que les résultats d’un parti lors d’une élection provinciale ne se transfèrent pas nécessairement au parti homologue au fédéral. Au Québec, depuis 1985, le PLQ a été au pouvoir principalement pendant les périodes où le Parti conservateur du Canada — et son ancêtre le Parti progressiste-conservateur — était la formation dominante à Ottawa (1985-1993, 2006-2012 et 2014-2015).

Plus précisément, du 2 décembre 1985 au 1er octobre 2018, soit une période de 11 991 jours, le PLQ a été au pouvoir pendant 8 277 jours. Dans plus de 70 % de cette période (5 808 jours), le parti au pouvoir à Ottawa était une formation conservatrice (voir figure ci-dessous).

Il en est de même pour l’Ontario : la victoire de Doug Ford en juin dernier n’assure pas pour autant une large victoire au PCC d’Andrew Scheer dans la province. En fait, lors des 40 dernières années, les électeurs ontariens ont eu l’habitude d’élire des députés de couleurs opposées à Queen’s Park et à la Chambre des communes.

* * *

Alors, est-ce que l’élection d’un gouvernement caquiste majoritaire pourrait être le signe d’un virage à droite sur l’échiquier politique du Québec au niveau fédéral ? Rien n’est si sûr.

Voici les sondages fédéraux des sept derniers mois au Québec. Les lignes pâles représentent les moyennes pondérées calculées par le modèle Qc125. 
[Pour consulter la liste complète des sondages, visitez cette page.]

Évidemment, comme le Québec est un sous-échantillon des sondages fédéraux, il est naturel d’observer plus de fluctuations (de bruit) dans les données. Toutefois, nous remarquons sur la figure ci-dessus que les moyennes des partis sont demeurées étonnamment stables au cours des derniers mois — période durant laquelle la CAQ dominait dans les intentions de vote provinciales au Québec.

Il est important de considérer la figure suivante. Il s’agit des données du sondage sur la base d’un échantillon roulant de la maison Nanos pour le Québec au début du mois de novembre, en comparaison avec les chiffres du début d’octobre :

[Le sondage sur la base d’un échantillon roulant de Nanos compile 250 nouveaux répondants téléphoniques par semaine. Chaque semaine, l’échantillon âgé de quatre semaines est retiré et remplacé par le nouvel échantillon. Donc, en comparant des chiffres à quatre semaines d’écart, nous évitons d’utiliser les mêmes données dans nos comparaisons.]

Depuis l’élection de la CAQ, le 1er octobre dernier, les libéraux de Justin Trudeau auraient repris les quelques points qui leur avaient échappé au Québec depuis la saison estivale. En fait, le principal perdant du dernier mois aura été le Bloc québécois, qui a vu ses appuis coupés de moitié ; ils sont passés de 15 % à 7 %. Toutefois, il est important de le rappeler, le Bloc est toujours sans chef pour l’instant (le député de La Pointe-de-l’Île, Mario Beaulieu, en est présentement le chef intérimaire).

Des rumeurs avaient d’ailleurs circulé fin octobre à propos de la prochaine course à la chefferie du Bloc. La journaliste de TVA Michelle Lamarche avait publié que Jean-François Lisée et Jean-Martin Aussant avaient montré de l’intérêt. Le nom d’Yves-François Blanchet (commentateur politique à RDI à l’heure actuelle) avait aussi été mis en avant, mais cette rumeur a rapidement été démentie sur Twitter par le principal intéressé :

Toujours est-il que le prochain chef du Bloc aura devant lui (ou elle) à la fois un immense défi et une possible ouverture.

Un défi, car les chiffres du PQ et du Bloc aux élections québécoises et fédérales de la dernière décennie sont en chute. Pour le Bloc, le vote est passé de 38 % en 2008 à 23 % en 2011, puis à 19 % en 2015. Pour le Parti québécois, après la victoire de Pauline Marois en 2012 (32 %), il est tombé à 25 % en 2014 et à seulement 17 % en octobre dernier.

Une ouverture, car selon les chiffres de la dernière projection fédérale Qc125 au Québec, le NPD se trouverait nettement sous son niveau d’appui de 2015 (le NPD avait obtenu 25,4 % au Québec en 2015, alors qu’il était dirigé par Tom Mulcair). Si Jagmeet Singh ne parvient pas à renverser la vapeur d’ici l’automne prochain, de nombreuses circonscriptions pourraient être remises en jeu et le Bloc pourrait se faufiler dans plusieurs d’entre elles — particulièrement dans les Laurentides, Lanaudière et en Montérégie. D’ailleurs, le NPD ne serait actuellement favori que dans deux circonscriptions au Québec, selon la projection : Berthier-Maskinongé (Ruth Ellen Brosseau) et Rosemont–La Petite-Patrie (Alexandre Boulerice).

Voici la dernière projection de sièges fédéraux au Québec :

Avec les chiffres actuels, le Bloc remporte une moyenne de près de sept sièges par simulation, mais son intervalle de confiance demeure large : entre 0 (!) et 15 sièges. S’il parvient à profiter de la chute du NPD pour resserrer l’écart avec le PLC, la division du vote pourrait lui sourire dans un grand nombre de circonscriptions serrées.

Toutefois, si le Bloc et le NPD demeurent près de leurs niveaux actuels au Québec, les troupes de Justin Trudeau pourraient rafler plus de 50 ou même 60 sièges au Québec — du jamais-vu depuis l’élection de 1980.

Le Bloc québécois devrait élire un nouveau chef au cours de l’hiver prochain. C’est à suivre.