Le pacte que j'aimerais signer
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Le pacte que j’aimerais signer

Mathieu Charlebois fait une prédiction : avec le nouveau gouvernement, on risque de combattre les changements climatiques en mettant des lampadaires à énergie solaire sur le bord des autoroutes neuves.

La grande manifestation pour le climat qui avait lieu samedi peut être considérée comme une réussite. Il y avait tellement de gens à Montréal qu’on ne savait plus où stationner son VUS. Un peu partout au Québec, des milliers de personnes se sont rassemblées pour passer un message clair au climat : « HEY ! Arrête de réchauffer ! »

Cette grande marche suivait la publication du Pacte pour la transition. Personnellement, je dois avouer que si on me parle de choses déprimantes comme l’environnement, j’ai moins envie d’un pacte que d’être paqueté. Chacun sa façon de gérer son anxiété. (Quoi ? Le réchauffement climatique risque de faire monter le prix de la bière ? Je vais vous prendre une bonne pinte d’anxiété bien froide, s’il vous plaît.)

Le Pacte est rendu à presque 180 000 signatures, mais tout a commencé par celles de 400 personnalités publiques. Ma collègue de balado Marie-France Bazzo en était, ainsi que Guylaine Tremblay, Hubert Reeves et Guy Laliberté, qui s’est engagé à ne se déplacer qu’en navette spatiale électrique à partir de maintenant.

Immédiatement, des chroniqueurs qui font beaucoup d’argent à dire au monde quoi penser et quoi faire sont venus reprocher à des artistes qui gagnent beaucoup d’argent de venir dire au monde quoi penser et quoi faire.

Beaucoup ont pointé du doigt les contradictions des artistes, qui se sont fait prendre à avoir déjà pollué dans le passé. La logique étant qu’il faut DÉJÀ être parfait avant de s’engager à s’améliorer… ou quelque chose comme ça.

Personnellement, même si je ne suis pas enchanté à l’idée que toutes les vedettes se mettent à prendre le métro (on est déjà tassé en masse comme c’est là), j’applaudis l’initiative.

Je l’ai même signé, le Pacte, parce que ça ne m’engage pas à grand-chose. Vous seriez surpris de voir à quel point c’est facile de ne pas prendre l’avion et de consommer peu quand on n’a pas une cenne.

Je m’engage donc à passer mes vacances des Fêtes au Québec plutôt qu’à Cuba pour la 37e année consécutive. Y a pas de quoi, la planète, ça me fait plaisir.

Je suis quand même d’accord avec ceux qui disent qu’on ne sauvera pas la planète en compostant un peu plus nos pelures de navets bios du Québec. La crise environnementale est tellement avancée que les seules VRAIES solutions, elles, sont radicales.

Repenser le transport et pas juste dans les grandes villes.
Sortir du pétrole en refusant certains projets malgré la pression économique.
Forcer les entreprises à être plus vertes.
Interdire le port des sandales.

(Bon… le dernier élément n’a pas vraiment de lien, mais la vue des orteils pollue mon environnement visuel, alors si on pouvait s’occuper de ça en même temps que le reste, je ne dirais pas non.)

Bref, les vraies solutions, il n’y a que les gouvernements qui sont capables de les appliquer.

Je rêve d’un Canada qui se rend compte que si on continue de dire : «on n’a pas le choix, on a encore besoin du pétrole», c’est parce qu’on passe notre temps à répéter : «on n’a pas le choix, on a encore besoin du pétrole».

Je rêve d’un Québec qui fait des choix audacieux et qui inspire les autres pays.

Je rêve que la Marie-Claude Lortie de la Norvège (une certaine Mårie-Clø̂de Lörtiæ) tape sur les nerfs de tout le monde là-bas en écrivant 28 articles sur le Québec, cet endroit qui fait les choses autrement et réinvente la nordicité en sauvant la planète.

Le pacte que j’aimerais vraiment signer avec des milliers de Québécois, c’est avec un x, sur un bulletin de vote.

En attendant, on a un premier ministre qui dit comprendre maintenant, une fois l’élection passée, que «les Québécois» et surtout «les jeunes» trouvent que l’environnement est un enjeu important. Lui ? Il est bien prêt à s’en occuper pour vous, même si ça ne semble pas l’émouvoir plus qu’il le faut.

Je veux bien lui laisser une chance, à François Legault, mais ma prédiction, c’est qu’on va combattre les changements climatiques en mettant des lampadaires à énergie solaire sur le bord des autoroutes neuves.