Signes religieux : la clause des droits acquis n'est pas un compromis suffisant, selon Vincent Marissal
Politique

Signes religieux : la clause des droits acquis n’est pas un compromis suffisant, selon Vincent Marissal

En entrevue à Esprit politique, le député de Québec solidaire aborde le débat sur la laïcité, ses erreurs de parcours, sa vision des relations entre les politiciens et les journalistes, et explique pourquoi QS n’appuiera pas le Bloc québécois aux prochaines élections.

S’il veut obtenir l’appui de Québec solidaire pour son projet de loi à venir sur la laïcité et l’interdiction des signes religieux, le gouvernement Legault devra non seulement ajouter une clause de droits acquis à sa législation (souvent appelée « clause grand-père »), mais il devra également renoncer à étendre l’interdiction aux enseignants, affirme Vincent Marissal, député de Rosemont pour QS.

« Il est clair que la CAQ veut aller là où l’on ne souhaite pas aller, notamment avec les enseignantes. Personne au caucus ne va appuyer ça, c’est certain. Et on ne sent pas qu’il y a une marge de manœuvre pour négocier avec le gouvernement là-dessus », soutient l’ancien journaliste élu en octobre dernier, en entrevue avec L’actualité.

Vincent Marissal était l’invité d’Esprit politique, le balado de L’actualité animé par Marie-France Bazzo, qui analyse et commente les événements politiques à Québec et à Ottawa — avec la collaboration d’Alec Castonguay, Philippe J. Fournier et Mathieu Charlebois. L’équipe du balado, suivi par plus de 5 000 fidèles à chacun des épisodes, reçoit régulièrement des invités pour ajouter du relief à la discussion (Brigitte Legault, Dominique Anglade, Catherine Fournier, Yves-François Blanchet et Éric Montigny se sont succédé jusqu’à présent). Cette semaine, Vincent Marissal était l’invité.

Selon le député de QS, la CAQ semble inflexible sur ce qu’il qualifie de « pièce maîtresse idéologique sociale du gouvernement ». Et si les enseignants sont assujettis à l’interdiction de porter des signes religieux, mais que le gouvernement ajoute une clause de droits acquis pour protéger ceux qui en portent déjà ?

« Pour moi, ce n’est pas acceptable. On se retrouverait avec une cohorte d’étudiantes — parce qu’on va se dire les vraies affaires, ça concerne essentiellement les enseignantes musulmanes, parce que ce ne seront pas les barbus ou les religieuses catholiques qu’on va empêcher d’enseigner — qui sont actuellement à l’école, qui vont arriver bientôt au bout du baccalauréat, et là, on va leur dire que le gouvernement ne veut pas leur donner un stage parce qu’elles ont un voile sur la tête ? Ça cause un sacré problème. En plus, on est en pénurie d’enseignants au Québec. Est-ce qu’on ferait le choix [comme parti politique] de dire : “On sauve les meubles et on sauve celles qui enseignent déjà” ? Je trouve que c’est une position de repli qui n’est pas acceptable. »

Les membres de Québec solidaire sont présentement en train de débattre, dans les instances du parti, de la position à adopter en ce qui a trait à l’interdiction des signes religieux pour les personnes en position coercitive de l’État (juges, policiers, gardiens de prison et procureurs). Le gouvernement caquiste a ajouté les enseignants à cette liste. Le caucus des 10 députés de QS n’a d’ailleurs pas officiellement pris position pour éviter d’envoyer un signal aux membres pendant leurs délibérations.

N’empêche, Vincent Marissal n’a pas esquivé les questions pendant l’entrevue, y allant de son appréciation personnelle du dossier.

Est-ce que sa position est partagée par le reste du caucus ? « C’est ce que je sens, dit-il. Mais très franchement, on n’a pas encore eu ces discussions. »

Et que décideront les membres à l’issue de la réflexion qui se terminera en mars ? « Il y a beaucoup d’émotions lorsqu’on parle de ça, avoue-t-il. C’est un sujet qui divise, on le sait. Mais ça peut aussi rassembler une fois les émotions passées. On sait tous qu’on est condamné à s’entendre. On doit trouver un compromis. Et j’ai trouvé la discussion sereine, ce qui me laisse penser qu’on sera capable de trouver un point de passage. »

Est-ce qu’il pourrait s’agir d’un vote libre pour les députés sur cette question délicate ? « On n’a pas abordé la question du vote libre encore », soutient Vincent Marissal, qui se dit prêt à vivre avec une ligne de parti si celle-ci est imposée par les co-porte-paroles, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois.

« Je ne suis plus chroniqueur. Je fais partie d’un caucus, et sans tomber dans la ligne de parti cucul ou doctrinaire, c’est important qu’il y ait une ligne de parti. Ça ne peut pas tirer dans toutes les directions. Je ne suis pas la seule tête forte au sein du caucus. Et les débats se font sereinement. Manon Massé mène les débats à l’interne de main de maître. C’est elle la vraie chef parlementaire. C’est elle qui fait les arbitrages. »

Ses erreurs depuis qu’il fait de la politique

Pendant la discussion, Vincent Marissal est revenu sur son entrée abrupte en politique, l’an dernier, affirmant que l’accueil avait été glacial pour plusieurs raisons — notamment son flirt avec le PLC de Trudeau —, mais aussi parce que son choix de porter la bannière orange a surpris.

« Le fait que j’aie choisi QS, bien des gens ne l’ont pas compris. Plusieurs de mes ex-collègues étaient visiblement heurtés, fâchés, même. » Il ajoute : « Un Alexandre Taillefer qui va chez les libéraux, ça ne surprend pas. Un millionnaire qui va avec Couillard et qui le dit progressiste, ça passe encore. Mais un chroniqueur de La Presse qui va avec Québec solidaire, ça fait sourciller beaucoup de monde. Ça va finir par passer. J’amène autre chose au parti. Une Manon Massé ou une Catherine Dorion à QS, ça va de soi. Que moi j’y sois, ça peut amener les gens à regarder le parti différemment. C’est un parti avec plusieurs teintes. »

L’élu est revenu sur son accrochage très public avec Air Canada durant le temps des Fêtes, lorsqu’il s’est plaint du traitement que lui a réservé le transporteur aérien et qu’il a été mis à la porte de l’avion.

Était-ce une erreur d’avoir effectué cette sortie publiquement sur Facebook et Twitter ?

« Oui, assurément. Il y a eu deux erreurs, en fait. J’aurais dû vérifier la veille où je serais assis, mais la rangée 36, ça ne me disait pas grand-chose ! L’autre, c’est de rendre ça public. Je me suis retrouvé le 1er janvier dans un aéroport de San Francisco, avec ma blonde et deux agents au sol pas particulièrement sympathiques. Et là, je me suis dit : wô ! Qu’est-ce qui vient de se passer et qu’est-ce qui s’en vient ? C’était un appel à l’aide au siège social d’Air Canada à Toronto. Mais j’aurais dû le faire en privé, car il y a eu une mauvaise interprétation de ce qui s’est passé. »

Il ajoute : « Tout ce que je voulais, c’était un siège dans l’avion, dans lequel je puisse m’asseoir [étant donné ma grandeur]. Il me semble que ce n’est pas trop demander à une compagnie aérienne de pouvoir voyager dans des conditions décentes. »

Un autre épisode qui a rappelé à Vincent Marissal que la politique « est une leçon de modestie permanente ». « J’ai appris ça, moi qui ne suis pas le plus modeste, même si je ne suis pas snob pour autant ! » lance-t-il en riant.

De journaliste politique à politicien : la transition demande du temps

La transition entre le journalisme et la politique n’est pas toujours facile, confie Vincent Marissal.

« Les premières fois que tu joues la plante verte derrière la chef dans une conférence de presse, alors que tu as bien ri de ça quand tu étais journaliste, ben, c’est ça… On le fait pour l’équipe. On sourit et on hoche la tête. Il y a un apprentissage là-dedans quand tu es habitué à avoir un peu de spotlight comme chroniqueur. Tu apprends à prendre ta place et à attendre ton tour. »

Que pense-t-il des médias, maintenant qu’il subit leurs foudres ? Comment se passe l’adaptation ?

« J’ai trouvé ça difficile par moments, et j’en conviens, je ne me suis pas toujours aidé, notamment avec mon entrée en politique, dit-il. Sinon, je m’y fais tranquillement. Je ne veux pas devenir le mononcle qui critique les médias, même si parfois, il y a des trucs que je n’aime pas. Mais je sais que je suis maintenant dans une position partisane. Et c’est correct. »

L’équipe d’Esprit politique pousse un peu. Allez, quelques mots sur les journalistes ! Gentils ou pas gentils ? Pertinents ou pas ?

« Il faudrait faire la différence entre les journalistes qui couvrent l’Assemblée nationale et les chroniqueurs qui font de l’opinion, du commentariat ou même les polémistes, estime Vincent Marissal. Je trouve que parfois, c’est trop. On en met beaucoup sur un sujet anodin : combien d’articles ont été écrits sur le t-shirt de Catherine Dorion ? Il me semble qu’il y a des choses plus importantes dans la vie, même si je comprends la valeur commerciale de la controverse, parce que ça fait vendre de la copie. »

Est-ce que le chroniqueur Vincent Marissal aurait écrit sur le t-shirt de Catherine Dorion ?

« J’aurais probablement fait une chronique là-dessus, mais une seulement », dit-il, lui qui déteste porter une cravate à l’Assemblée nationale. « Je trouve ça ridicule. »

Est-ce que son regard sur les politiciens a changé dans les derniers mois, lui qui les a couverts pendant près de 20 ans ? La question l’amuse. Après une courte réflexion, il se lance. « Mon regard n’a pas changé tant que ça. Ce qui me tapait sur les nerfs avant me tape encore sur les nerfs maintenant, comme l’hyperpartisanerie ou les effets de toge inutiles. À Infoman, à la fin de l’année, François Legault était fier de dire que son ministre Simon Jolin-Barrette est fantastique parce qu’il peut parler pendant 10 minutes sans rien dire. Je ne trouve pas que ce soit fantastique de ne rien dire ! »

« Je sais ce que les politiciens vivent maintenant, alors j’ai un peu plus de respect pour eux ! »

Pas d’appui au Bloc québécois

Vers la fin du balado, Philippe J. Fournier demande au député si Québec solidaire va appuyer le seul parti souverainiste sur la scène fédérale, le Bloc québécois, alors que la campagne électorale approche.

La réponse a été claire, nette et rapide.

« Non, on ne soutiendra personne, dit-il. Aucun mot d’ordre. C’est notre tradition à Québec solidaire. En plus, on a eu quelques problèmes idéologiques avec le Bloc à sa dernière campagne, en 2015, notamment avec cette publicité de mauvais goût où l’on voyait une goutte de pétrole se transformer en niqab. C’est mal passé à QS. »

Pour écouter l’intégralité de l’entrevue de Vincent Marissal et l’ensemble du balado, cliquez sur le lien ci-dessous ou téléchargez Esprit politique dans itunes ou Google Play. Bonne écoute !