CAQ et cannabis : vive la science!
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CAQ et cannabis : vive la science!

Il y a peu de choses que Mathieu Charlebois redoute plus qu’un politicien qui brandit une étude scientifique, parce que c’est à peu près certain qu’il va choisir de ne garder que le bout de la science qui fait son affaire. Surtout quand il est question de cannabis.

Monter l’âge légal pour l’achat de cannabis à 21 ans, c’était l’une des promesses électorales de la CAQ. C’est d’ailleurs ce qui leur a assuré le vote Hell’s Angels. Chaque vote compte, comme on dit.

C’est une promesse qui est en cours de réalisation, grâce au projet de loi n°2, resserrant l’encadrement du cannabis.

C’est un coup dur pour tous les jeunes qui attendaient avec impatience d’avoir 18 ans pour finalement essayer la marijuana. On a une pensée pour le petit Steve Poitras, 17 ans et 11 mois, qui a récemment dit dans un party «Non merci, je n’inhalerai pas de ce joint, car je n’ai pas l’âge légal requis.»

À 18 ans, au Québec, tu es assez responsable pour pouvoir voter pour un parti qui croit que tu n’es pas assez responsable.

Le projet de loi n°2 était en commission parlementaire la semaine dernière, et le ministre Lionel Carmant est allé écouter les experts invités avec un bel esprit d’ouverture, en déclarant qu’il n’y aurait pas d’amendement au projet de loi et que, et je cite, «on ne reculera pas et ça, c’est clair».

Bref, on aurait pu remplacer le ministre par une grosse photo en carton durant la commission parlementaire, et ça aurait fait pareil. Monsieur Carmant aurait alors pu se consacrer à d’autres tâches plus importantes que d’être condescendant avec tout le monde qui le contredit un peu. Le ministre était tellement infantilisant et paternaliste qu’il s’est fait offrir un rôle dans le remake de Passe-Partout. C’est lui qui va jouer André.

Mais ce qui m’a marqué le plus, c’est à quel point Carmant et son chef, François Legault ont invoqué encore et encore LA SCIENCE.

Quand il parle de cannabis, François Legault est le nouveau Pharmachien. Il se promène en sarrau blanc dans les couloirs de l’Assemblée nationale et il brasse des éprouvettes en s’exclamant «Nom de Zeus!» toutes les cinq minutes.

Peut-être qu’on y croirait un peu plus si ce n’était pas le même François Legault qui justifie un troisième lien à Québec en disant «On n’a pas besoin de faire beaucoup d’études. Allez vous placer à l’entrée des ponts le matin». La science, Monsieur le premier ministre, elle dit plein d’affaires intéressantes à propos de l’élargissement des routes et de l’environnement. Si jamais ça vous dit d’aller voir…

Il y a peu de choses que je redoute plus qu’un politicien qui brandit une étude scientifique, parce que c’est à peu près certain qu’il va choisir de ne garder que le bout de la science qui fait son affaire. Un politicien, c’est capable d’utiliser une étude sur le fait que la Terre est ronde pour insister qu’en Australie, l’eau coule au plafond quand tu ouvres le robinet.

Dans ce cas-ci, quand la CAQ invoque la science, elle le fait pour prétendre que les gens qui s’opposent à leur projet de loi ne croient pas aux dangers du cannabis sur le cerveau. C’est faux. Personne ne dit que consommer du cannabis rend plus intelligent. Ça rend juste les doigts plus orange.

(Chaque texte à propos du cannabis doit contenir une référence aux Doritos. C’est une des règles du syndicat des auteurs d’humour.)

Oui, la science dit que le cannabis est dangereux pour certains jeunes. Mais la science, elle démontre aussi que la prohibition, ça ne fonctionne pas. Pour paraphraser un grand scientifique : «On n’a pas besoin de faire beaucoup d’études. Allez vous placer à l’entrée des couloirs de Cégep. »

C’est pourquoi les scientifiques de l’Institut national de santé publique du Québec sont contre le rehaussement de l’âge légal pour acheter du cannabis. Ils préconisent plutôt de vendre des produits à plus faible teneur en THC aux jeunes de moins de 21 ans, et d’investir dans la prévention et l’éducation.

Comme quoi la science, c’est bien. LES sciences, c’est encore mieux.

De toute façon, avec le projet de loi de la CAQ, il sera interdit de fumer du pot dans les lieux publics, mais aussi potentiellement dans ton propre appartement. Alors même si un jeune pouvait s’acheter du pot légalement, il n’aurait nul part où le fumer.