À 365 jours des élections fédérales canadiennes

À un an du scrutin, les libéraux de Justin Trudeau sont en tête, bien que talonnés par les conservateurs d’Andrew Scheer. Au Québec, le PLC se maintient à un niveau comparable aux résultats de l’élection de 2015. Tour d’horizon avec Philippe J Fournier.

Photo: La Presse Canadienne/Matthew Usherwood

Dans exactement 365 jours, le 21 octobre 2019, les électeurs canadiens iront aux urnes lors de la 43e élection générale canadienne depuis 1867. Les Libéraux de Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015, demanderont alors aux Canadiens de leur accorder un second mandat.

Qui remportera cette élection? L’analyse qui suit ne répondra évidemment pas à cette question, mais vise plutôt à peindre le portrait actuel des intentions de vote au pays.

Voici les sondages nationaux des intentions de vote depuis le début de 2016:

Nous pouvons remarquer que la «lune de miel» du PLC, qui perdurait depuis l’élection d’octobre 2015, s’est graduellement estompée au cours de 2017. De plus, si nous regardons plus attentivement les sondages publiés en 2018 (ci-dessous), nous pouvons constater que la course entre les libéraux de Trudeau et les conservateurs de Scheer s’est considérablement resserrée à partir du printemps dernier. Pendant la même période, les appuis au NPD, au Parti vert du Canada et au Bloc québécois sont demeurés relativement stables.
Malgré tout, et surtout depuis l’élection de Doug Ford en Ontario, le PLC a repris de l’avance dans les intentions de vote au Canada – principalement dans les deux provinces les plus populeuses, soient l’Ontario et le Québec.

À 365 jours des élections fédérales canadiennes, voici la projection électorale Qc125 du 21 octobre 2018.

Projection du vote populaire

En calculant la moyenne pondérée des sondages des quatre derniers mois (les sondages plus récents possèdent une pondération plus importante), le Parti libéral du Canada devance ses rivaux et obtient une moyenne de 38,1% sur les 50 000 simulations de la projection.Non loin derrière, le Parti conservateur du Canada récolte une moyenne de 33,6%. Nous pouvons remarquer que, malgré ce recul de 4,5 points en moyenne sur le PLC, les intervalles de confiance du PCC et du PLC se croisent considérablement. Néanmoins, nous calculons que les appuis du PCC, fortement concentrés en Alberta, Saskatchewan et dans les régions rurales et banlieusardes de l’Ontario, sont moins efficaces que ceux du PLC dans le mode de scrutin actuel.

Au Québec, le PLC se maintient à un niveau comparable aux résultats de l’élection de 2015. La chute importante du NPD depuis l’arrivée de Jagmeet Singh semble avoir modestement profité au PCC et au Bloc québécois (de nombreux sondages au printemps 2018 accordait aussi peu que 11% à 14% au BQ au Québec). En fait, le niveau d’appui actuel au BQ est similaire au résultat obtenu par le Parti québécois lors des élections québécoises du 1er octobre dernier.

Comment ces appuis se traduisent-ils en sièges à travers le pays? Voici.

Projection de sièges

Avec une avance significative sur ses rivaux au Québec et en Ontario, le Parti libéral du Canada remporte le plus grand nombre de sièges avec une moyenne de 189 sièges, soit 19 de plus que le seuil de 170 pour une majorité à la Chambre des Communes.

Le Parti conservateur du Canada remporte une moyenne de 116 sièges (il en avait récolté 99 à l’élection de 2015). Encore une fois, nous remarquons que les intervalles de confiance du PCC et du PLC se croisent quelque peu. Un scénario où le PCC se trouve nez à nez avec le PLC n’est donc pas impossible selon les chiffres actuels: il survient principalement lors des simulations où les Conservateurs surperforment leur moyenne en Ontario et dans les régions rurales du Québec.

De son côté, le Nouveau parti démocratique se trouve désormais loin derrière ses rivaux avec une maigre moyenne de 22 sièges (ce parti en avait obtenu 44 en 2015). Jagmeet Singh se présentera sous peu dans une élection partielle dans Burnaby-Sud en Colombie-Britannique. Nous verrons donc si son arrivée en Chambre (s’il remporte la partielle) et une hausse de sa visibilité mousseront les appuis de son parti.

Au Québec, les libéraux de Justin Trudeau remportent en moyenne 57 sièges (sur 78). Avec de tels chiffres, nous comprenons qu’une majorité libérale sera pratiquement impossible l’an prochain sans de forts appuis au Québec.

Après un printemps difficile à la suite du mélodrame entourant la chefferie de Martine Ouellet, le Bloc québécois, toujours sans chef pour l’instant, semble avoir repris quelques points dans les sondages depuis le printemps dernier. Toutefois, si le Bloc demeure sous la barre des 20% au Québec, ce parti ne pourra espérer plus d’une poignée de circonscriptions en octobre 2019.

Voici les moyennes de sièges de chacun des partis selon les régions du Canada:

  • Dans les provinces de l’Atlantique, le Parti libéral mène toujours confortablement se rivaux. Toutefois, comme il avait balayé l’entièreté des 32 circonscriptions de cette région en 2015, il ne peut qu’en perdre en 2019.
  • Au Québec, la forte division du vote sourit particulièrement aux troupes de Justin Trudeau selon les chiffres actuels. Une récolte de plus de 50 sièges libéraux au Québec est envisageable avec à peine 40% des suffrages.
  • En Ontario, le PLC a repris quelques points perdus au PCC depuis l’élection de Doug Ford au printemps dernier. Depuis plus de 40 ans, les électeurs ontariens ont l’habitude de voter différemment au provincial et au fédéral. Si on se fie à cette lourde tendance, l’élection de Doug Ford n’aura pas été une bonne nouvelle pour Andrew Scheer. C’est à suivre.
  • Dans les Prairies et en Alberta, les Conservateurs dominent toujours haut la main. Un balayage quasi complet de l’Alberta par le PCC n’est pas exclu avec les chiffres actuels.
  • En Colombie-Britannique, plusieurs chaudes luttes à trois sont à prévoir, particulièrement dans la région métropolitaine de Vancouver. Les Verts pourraient aussi gonfler leurs totaux de sièges, surtout dans la région de Victoria (la cheffe Élizabeth May, députée de Saanich-Gulf Islands, est actuellement la seule députée du Parti vert à la Chambre des Communes).

Vous pouvez consulter la carte interactive de la projection dans les 338 circonscriptions en cliquant sur l’image suivante.

Projection du vainqueur

Comme ni le Parti vert du Canada ni le NPD ne sont compétitifs pour remporter le plus grand total de sièges, nous pouvons nous concentrer sur les totaux de sièges du PLC et du PCC. Voici la densité de probabilité des totaux de sièges libéraux et conservateurs des 50 000 simulations:

Si nous soustrayons les totaux libéraux et conservateurs pour chaque simulation, nous obtenons la courbe de probabilité suivante:


Avec les données actuellement disponibles, le Parti libéral du Canada remporte environ neuf simulations sur dix et récolte 170 sièges ou plus dans les trois quarts des simulations.

En conclusion

Lors de l’élection en Ontario en juin dernier, le modèle Qc125 a correctement prédit un gouvernement conservateur majoritaire et identifié le parti gagnant dans 111 des 124 circonscriptions. Puis, le 1er octobre dernier, malgré des sondages qui avaient sous-estimé l’avance de la Coalition avenir Québec, le modèle Qc125 a identifié 112 des 125 gagnants. Bien qu’il y ait toujours place à amélioration, je suis prudemment confiant quant à la performance du modèle.

Néanmoins, le Canada, avec ses 338 circonscriptions et nombreuses régions bien distinctes, constitue certainement une autre paire de manche. Je peaufinerai donc le modèle davantage en ajoutant/ajustant les données démographiques des circonscriptions, compilerai les sondages au cours des prochains mois afin de tâter le pouls de l’électorat pour ainsi offrir aux lecteurs une analyse chiffrée et honnête.

Plus que 365 jours!

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25 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Comment considérer le nouveau parti populaire de Maxime Bernier dans cette analyse fort intéressante? Causera-t-il des pertes aux conservateurs?

Après le désastre qu’ont connu les sondeurs dernièrement, je trouve pittoresque que quelqu’un se donne toujours la peine de nous renseigner sur des intentions de vote.

comme toujours ils cherchent à influencer le vote on voit depuis la guerre en Syrie et l’élection de Trump ce que valent les sondages. N’importe quoi .

Dans le but de ne pas faire de la petite politique, il faudrait légaliser la prostitution, desamericaniser le canada, dépolluer la planète et detroller les internets.

Bien que j’apprécie le travail de monsieur Fournier, je suis étonnée de le voir compiler et de commenter des sondages si peu de temps après le fiasco des sondages concernant les élections au Québec du 1er octobre.
Alors que les sondages plaçaient le nombre de votes pour la CAQ et le PLQ pratiquement à l’égalité, l’écart final était d’environ 12 %. Et même si la prédiction du gouvernement majoritaire était exacte, l’ampleur de cette majorité n’était pas prévue.

Si les données collectées par les sondeurs ne sont pas fiables, leur compilation ne le sera pas non plus, évidemment. « Garbage in, garbage out », se dit des méta-analyses basées sur des études mal conçues.

À quoi servent les sondages ?
À faire vivre les sondeurs et les analystes.
À remplir les pages des journaux et magazines et les temps d’antenne.
Plus sournoisement, à manipuler l’opinion publique. Si ce n’était pas de cela, nous pourrions hausser les épaules et en rire.

Peut-on avoir au moins une pause de sondages ?

@ Jana Havrankova,

Je comprends votre désappointement et je le partage. Toutefois, monsieur Fournier nous fait remarquer que son modèle avait tout de même identifié 112 des 125 gagnants. Ce qui démontre que même si ce qu’on y lit ne nous plait pas toujours, ses calculs reflètent quand même bien « l’humeur » des citoyens.

Peut-être que les partis et les candidats devraient faire plus attention à nous mettre de « bonne humeur » quand ils souhaitent solliciter plus de voix….

Les sondages sont comme les prévisions météorologiques, des fois ça marche d’autres fois, moins… Mais c’est aussi de l’information et personne n’est obligé de les lire.

Je dirais comme Jana Havrankova ci-haut,les sondages servent principalement à orienter les électeurs qui n’ont absolument pas d’opinion politique et qui votent toujours du côté gagnant juste pour dire qu’ils ont gagné leurs élections. Et de plus, je crois foncièrement qu’une bonne partie des femmes votent encore pour ¨le beau gars¨. Ah, il est jeune, il est beau, il a l’air intelligent… Ce fut le cas avec Jean Lesage (qui en plus avait été élu le plus bel homme de l’année dans les débuts 1960). Même PET était trouvé beau par un paquet de femmes; imaginez !!!
C’est un peu comme le concours de Miss Monde où seulement les hommes voteraient, vous comprenez que ce ne serait pas pour la fille avec une cervelle qui gagnerait…

Pierre-Elliot Trudeau était charismatique et intelligent. Beau? Dans l’oeil de certains, probablement mais il fut élu par des hommes et des femmes qui croyaient en l’idéal qu’il incarnait à travers ses idées. Il fut même élu très majoritairement au Québec le lendemain de la mémorable manif de la Saint-Jean organisée par Bourgeault!!!

Par son charme et son élégance, il a même provoqué la très célèbre Trudeaumanie dont on parle encore aujourd’hui.

***** Note technique : Le lien pour la circonscription de Burnaby-Sud est le suivant :
http://canada.qc125.com/districts/59003f.htm
Et non :
http://canada.qc125.com/districts/57003f.htm

Merci pour cette analyse honnête.

Il est possible qu’un des enjeux de la prochaine élection soit directement lié à l’environnement. Il est à cet effet étonnant de voir que le Parti vert soit stable, même s’il peut considérer des gains en CB ; lorsque les voix populaires devraient se tourner plus logiquement vers une telle formation.

La récente élection au Nouveau-Brunswick a démontré qu’un tel parti peut faire des gains.

Un gros point d’interrogation est le NPD dont les propositions sont plus vertes que celles des Conservateurs et des Libéraux. Ce qui devrait effectivement être surveillé, c’est l’élection partielle de Burnaby-Sud qui pourrait permettre à monsieur Singh d’enter aux Communes ou bien pas. Psychologiquement, cela est important. Il est facile de comprendre aussi que c’est une circonscription que monsieur Trudeau adorerait ravir au NPD et qui ne déplairait pas à monsieur Scheer non plus. Reste à voir les taux de participation.

Un autre point d’interrogation pour le moment qui n’est pas encore mesuré dans les sondages, c’est l’impact qu’aura le PPC (Parti Populaire du Canada) de Maxime Bernier dans la répartition du vote par circonscriptions. Ce parti peut-il jouer les trouble-fêtes ou bien pas ? Si cela est, quel(s) parti(s) profiterai(en)t le plus de la division ?

Contrairement à certains politiciens Québécois qui prétendent incarner le changement…. La vision politique de Bernier en est bien réellement une de changement. Alors les Canadiens de 2019 seront-ils plus portés sur le vrai changement ?

Il est probable que la prochaine élection portera aussi sur le commerce. Le Canada est encore et toujours très dépendant des USA (AEUMC) et de la vente de ses commodités vers l’étranger, le pétrole notamment. Ce modèle de développement économique et notre façon d’accumuler de la richesse sont-ils viables encore indéfiniment ? Le nombre des riches est en croissance significative au Canada, quand celui des pauvres s’accroit inexorablement.

La question de la dette et des taux d’intérêts pourraient encore s’inviter dans le débat. Une récession, n’est pas impossible. Une crise pire que celle de 2008 est à notre portée, combinée avec la question climatique, un accroissement des phénomènes migratoires difficiles à endiguer, sans oublier le débat encore naissant de la post-légalisation du cannabis.

L’année chinoise 2018, était celle du chien plus favorable aux populistes et conservateurs de tout poil. 2019 est celle du cochon placée sous le signe de la joie, de l’abondance mais aussi des succès éphémères. Cela marque la fin d’un cycle. À partir de 2020, tout sera à recommencer.

— Ainsi la table est mise pour voir fluctuer bien des intentions de votes pendant un an.

Ne tenez pas le Bloc pour mort. La vague selfie est terminée. L’alternative bleue est inexistante. Le turban orange ne passe pas, ne passera jamais. Alors, une bonne campagne du Bloc pourrait surprendre. C’est pas les sujets qui manquent, du Chemin Roxham au 2G à Chrysler, en passant par les énormes déficits (Trudeau nous avait promis des surplus la 4e annee, on est dans le trou de 17G) jusqu’au pipeline de malheur.

Le bloc est un parti absolument inutile et les québécois l’ont, dans leur grande majorité, compris depuis 2011…

@ Bob:

Exact et il lui arrivera la même déculottée que celle récemment vécue par le PQ. Ce sont des partis en phase terminale.

Sans doute M. Fournier que vous avez volontairement omis d’ inclure dans vos statistiques le nouveau parti de Maxime Bernier qui n’ a pas encore subit de sondages! Ensuite les futurs sondages vont aussi tenir compte de l’ élection partielle en C.B de la non-élection et/ou l’ élection du chef du NPD et finalement du nouvel impact qu’ aura le nouveau chef du Bloc au Québec !! Vos sondages actuels sont vraiment mais vraiment incomplets car la campagne n’ est pas commencée !

J’imagine que les libéraux avaient ce genre d’information quand ils ont renié leur promesse de changer le mode de scrutin… c’est la vraie raison, pas que la proportionnelle est trop compliquée! C’est justement le mode de scrutin qui permet au PLC de se maintenir au pouvoir – s’il y avait la proportionnelle, ils seraient moins arrogants!

Mais, malheureusement l’électeur a la mémoire courte: le PLC nous a menti à tour de bras lors de la dernière élection mais on préfère le menteur qu’on connaît à celui qu’on ne connaît pas!

Pas un mot sur les conséquences possibles (si il y en a) du nouveau parti de Maxime Bernier… La Beauce est toujours marquée comme « PCC Solide ». Il me semble que ça pourrait quand même couter quelques points aux conservateurs ?

Avant de me fier à ces nouvelles projections, j’aimerais bien avoir un post-mortem de l’élection québécoise. Quel a été votre taux de réussite? Mais surtout, quel a été votre taux de réussite avec les résultats officiels de l’élection? Avoir raison avec des données erronées, c’est en fait avoir tort, il faut donc confirmer les résultats. Comme scientifique, vous devez bien savoir qu’il faut faire des analyses de données suite à des expériences pour valider la qualité des données obtenues, et je trouve que vous sautez par dessus cette partie cruciale en omettant de le faire à la fois pour l’élection ontarienne et québécoise. Ça me laisse croire que votre modèle est déficient et que vous évitez de nous le montrer…

Vous réalisez que monsieur Fournier ne lit pas ses commentaires? Si vous souhaitez lui adresser des commentaires, faites-le sur facebook ou par courriel. Ici vous avez 0% de chance que vos commentaires soient lus.

Maintenant que toute l’attention vouée à l’ALÉNA est passée, peut-être que l’immense mensonge fait par Justin Trudeau sur les sables bitumineux, leur exploitation et leur distribution, va enfin paraître au grand jour et que le respect des accords qu’il a signé à Paris n’est en fait que de la « frime ». Il penche du côté où souffle le vent. J’ai hâte de voir un homme ou une femme qui se tienne debout, qui ait de la vision et qui respecte ses choix; où « les bottines suivent les babines » ! De plus en plus, je vois qu’il lèche le pouvoir et va du côté où se tiennent les riches !!! JAB

Il y a peut être de la place pour des partis comme le marchisme ou le besoinisme sur la scène politique.

J’ai peu de doute que le PLC gagnera. Son opposition sera divisée entre les Conservateurs, le parti de Maxime Bernier, le NPD, et le Bloc au Québec. Je vois difficilement comment il pourrait en être autrement.

C’est une des choses que je redoute le plus pour les Conservateurs en particulier et pour le Canada dans son ensemble.

Il ne reste qu’à espérer que Maxime continue à trébucher maladroitement comme il l’a fait au sujet du CO2 et qu’il gaspille la crédibilité qu’il lui reste, ainsi, l’effet se dissipera et les Conservateurs retrouveront leur aplomb.