À la défense des CPE

Alors qu’il faudrait investir dans les services de garde éducatifs dans les milieux défavorisés, le gouvernement compte rendre l’ouverture de nouveaux CPE plus difficile.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiqueC’était une journée spéciale, jeudi, dans le groupe de ma plus vieille, au CPE.

En arrivant le matin, un des éducateurs, qui est aussi artiste visuel à ses heures, m’a offert d’aller voir l’exposition de sculptures fabriquées par les enfants. Elles étaient accrochées sur des murs blancs, dans une petite salle à part, comme si on était dans une galerie. Les enfants y ont travaillé pendant deux ou trois semaines. La fierté se lisait sur leur visage.

À 17 h, nous étions conviés à assister au spectacle de cirque que les enfants ont préparé avec leur autre éducatrice. Nous avons d’abord récupéré le plus jeune dans son groupe et nous nous sommes ensuite installés pour regarder notre fille et ses amis saltimbanques.

Elle faisait partie du premier groupe. Elle devait marcher sur une poutre en gardant son équilibre et en agitant élégamment des rubans. Le deuxième groupe plongeait dans un cerceau enflammé en terminant avec une culbute. Tous les enfants avaient pratiqué leur salut. Les parents étaient émus et les enfants ont été chaudement applaudis.

C’est la dernière année de Léanne au CPE.  Ma conjointe et moi serons éternellement reconnaissants d’avoir pu bénéficier des investissements de la société québécoise dans la petite enfance.

J’ai été, année après année, renversé par la qualité des services offerts. Les éducateurs et éducatrices sont compétents, allumés et aimants. Les installations sont très fonctionnelles. On porte attention à la qualité de l’alimentation. Les enfants vont souvent jouer dehors dans la cour ou dans l’un de nombreux parcs à proximité. En plus, comme le CPE est dans le quartier Centre-Sud de Montréal, les enfants viennent de milieux socioéconomiques et culturels variés, exactement comme le souhaitaient ceux qui ont inspiré le Parti québécois lorsque le programme a été créé.

Il se peut que je tende à généraliser abusivement à partir de ma propre expérience lorsque je parle des CPE. Léanne a néanmoins passé quatre mois dans une garderie en milieu familial subventionnée avant qu’une place au CPE nous soit offerte.

Je n’oublierai jamais Setareh, qui dirigeait une école primaire en Iran avant de s’installer au Québec, qui nous accueillait chez elle le matin. Elle était compétente et bienveillante, mais sa garderie ne pourra jamais offrir la même qualité d’expérience que notre CPE. Nos enfants vont aux pommes, au musée, à la bibliothèque et au zoo ; ils vont au centre communautaire une fois par semaine pour la psychomotricité, ils font un spectacle de Noël, etc.

Même si le ratio enfants/éducatrices n’est pas particulièrement bas dans les CPE, les éducatrices sont qualifiées et des stagiaires motivées, comme Naïma, dernièrement dans le groupe de notre garçon, viennent souvent leur prêter main forte.

Je suis certain que certaines garderies privées sont de grande qualité, mais les incitatifs à l’œuvre encouragent la réduction des dépenses en vue d’une plus grande rentabilité. Comme le rappelle le politologue Luc Turgeon, le tiers des places dans les services de garde au Québec est dans les garderies à but lucratif, mais 70 % des plaintes reçues par le ministère de la Famille pour l’année 2013-14 les concernent.

Je l’ai déjà écrit : je considère qu’il est acceptable de demander aux ménages fortunés de payer davantage pour ce service public. Le tarif maximum doit demeurer relativement bas et l’accessibilité doit être conservée pour les familles moins fortunées. Les services de garde à contribution réduite favorisent grandement la participation des femmes au marché du travail et sont une formidable politique de conciliation travail-famille. Bien que je demeure ouvert d’esprit, j’ai du mal à comprendre de quelle façon la modulation des tarifs pourrait décourager le travail des femmes ayant un revenu modeste.

Un ménage dans lequel la femme gagne 25 000 dollars et l’homme 75 000 dollars payerait 3,45 dollars de plus par jour, selon ces calculs. Il n’est pas évident de comprendre pourquoi cela inciterait des femmes à se retirer du marché du travail. Je comprends les craintes de ma collègue blogueuse Laura O’Laughlin, mais son propos est très abstrait. Il aurait été utile qu’elle discute de cas de figure.

Ce qui est fortement déplorable dans la politique gouvernementale en matière de petite enfance, c’est l’absence de volonté de poursuivre l’expansion du réseau des CPE. Le gouvernement compte augmenter le nombre de places à contribution réduite en misant sur les garderies privées. Alors qu’il faudrait investir dans les services de garde éducatifs dans les milieux défavorisés, le gouvernement compte rendre l’ouverture de nouveaux CPE plus difficile.

On sait que c’est pour les enfants des familles plus pauvres que les gains cognitifs sont les plus importants lorsqu’ils fréquentent des services de garde éducatifs, mais aussi que ce sont eux qu’on retrouve le moins dans ces installations. Ce sont les familles les plus aisées qui envoient le plus massivement leurs enfants dans les CPE.

Les politiques sociales les plus innovantes aujourd’hui sont celles qui favorisent l’égalité tout en étant des investissements pour l’avenir qui profitent à l’ensemble de la société.

Les services de garde éducatifs abordables sont peut-être le meilleur exemple : ils favorisent la mobilité sociale ascendante, la participation au marché du travail et la conciliation travail-famille.

Si on investissait dans les CPE une partie des sommes récoltées en faisant payer davantage les familles aisées, notre réseau pourrait se rapprocher de ce qui se fait de mieux dans les pays scandinaves. Investir dans les CPE est bon à court et à long termes.

Philippe Couillard a dit, en campagne électorale, qu’il fallait assainir les finances publiques pour sauver la social-démocratie québécoise. Qu’en est-il de cet engagement ? Quelles sont les politiques qui permettront d’actualiser notre social-démocratie ?

* * *

À propos de Jocelyn Maclure

Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il a publié, avec Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience (Boréal), qui a été traduit en plusieurs langues.

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8 commentaires
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J’aime ce passage : « On sait que c’est pour les enfants des familles plus pauvres que les gains cognitifs sont les plus importants lorsqu’ils fréquentent des services de garde éducatifs, mais aussi que ce sont eux qu’on retrouve le moins dans ces installations. Ce sont les familles les plus aisées qui envoient le plus massivement leurs enfants dans les CPE.

Les politiques sociales les plus innovantes aujourd’hui sont celles qui favorisent l’égalité tout en étant des investissements pour l’avenir qui profitent à l’ensemble de la société. » IL est amusant de voir se transformer une politique universelle alors que l’on souhaite aider un groupe bien ciblé de la population. À mon avis tout le problème des CPE vient de là, chercher à offrir le même programme à tout le monde pour aider la minorité qui, comme vous le dites, n’est pas le premier utilisateur de ce service. Arrive ce qui doit arriver, les coûts explosent et l’atteinte des objectifs initiaux laisse grandement à désirer.

Aussi, il faut cesser de dire les services de garde « abordables », ils ne sont pas abordables, ils coûtent à la société 60$ par jours, soit nettement plus que n’importe quelle garderie privée. Pourquoi ce coût déraisonnable, parce que l’on a décidé d’en faire un programme universel, ce qui revient à mon point précédent.

Au gouvernement en ce moment ce sont des riches qui prennent des décisions : un neuro chirurgien , un radiologue , un médecin à prime, un conseiller de banque , donc tous des gens avec de gros salaires qui se foutent de payer pour une garderie ou école privée s’ils ont encore des enfants .Ils ne savent pas ce que c’est que de compter pour faire un budget

Ma fille, qui a fait l’expérience d’une garderie privée à $42/jour supposément très sélective durant 2 ans et a par la suite eu une place pour sa fille dans un CPE à $7/jour, me dit que la différence est surtout dans la formation des éducatrices qui ont toutes un DEC en service de garde tandis qu’au privé ce n’est pas la norme et que le programme d’activités est beaucoup plus élaboré qu’au privée, Pourquoi ne pas UNIVERSALISER le programme d’activités dans tous les CPE et TOUTES LES GARDERIES SUBVENTIONNÉES, PRIVÉES. Pourquoi ne pas étendre le programme des pré-maternelles 4 ans à tous lequel donnerait plus de places et éviteraient de construire d’autres CPE.

Pourquoi mettre la hache dans les CPE, car il y a aussi de nouvelles règles destinées à les étouffer à long terme? Parce que s’y trouvent de bons donateurs libéraux, tels les frères Colas qui ont investi l’argent obtenue de la vente de leur abattoir à St-Cyrille-de-Wendover dans une chaine de garderies.

Je n’ai rien contre les CPE. Mais j’ai deux gros défauts. 1- Je suis une affreuse baby boomer qui a du engager un temps une gardienne au noir pcq les horaires des garderies ne correspondaient pas à nos horaires atypiques. En 2014, j’aurais le même problèmes. Par la suite, avec un salaire des années ’80, j’ai dû payer 20$/jour pour faire garder mes enfants. 2- Je suis comptable,. J’ai donc lu les guides de déclaration de revenus et j’ai donc toujours essayé de maximiser chaque dollar que je gagnais.

J’en ai contre le principe des vaches sacrées. Décréter un tarif fixe et universel pour les garderies en en fait une vache sacrée. Il n’y a plus moyen de le modifier sans que ça crée de l’hystérie collective.

Les parents ne paient qu’une toute petite partie des frais des CPE, soit moins de 12% (7$/60$). Après impôts, c’est encore moins que cela.

C’est là que le bat blesse.

Que diriez-vous si on trouvait un moyen de faire payer moins cher au familles les plus démunies?
Que diriez-vous si la facture était payée pour moitié par le fédéral?
Qu’est-ce qui est le plus important pour vous, le montant que vous payez à chaque jour ou la facture à la fin de l’année?
Alors pourquoi ne pas payer 35$/jour au départ pour qu’à la fin de l’année le prix de revient soit de moins de 7$/jour. Bonus, la moitié serait payée par le fédéral. Pas besoin d’entente férédral-provincial.

Un petit peu d’éducation économique pour tout le monde m’éviterait de coller au plafond.

Pour mettre fin à toute cette pagaille une fois pour toutes, nos gouvernements devraient transférer TOUTES les sommes DIRECTEMENT aux parents et les laisser LIBRE de choisir EUX-MÊMES leur méthode.

La création des CPE est l’une des pires choses qu’il pouvait arriver au Québec; d’ailleurs, si c’était bon, ça se saurait, or, PERSONNE SUR LA PLANÈTE n’a choisi de nous imiter! Auraient-ils tous tort???

La création des CPE est l’une des pires choses qu’il pouvait arriver au Québec; d’ailleurs, si c’était bon, ça se saurait, or, PERSONNE SUR LA PLANÈTE n’a choisi de nous imiter!

« La création des CPE est l’une des pires choses qu’il pouvait arriver au Québec; d’ailleurs, si c’était bon, ça se saurait, or, PERSONNE SUR LA PLANÈTE n’a choisi de nous imiter! »

FAUX! Il y en a partout dans le monde.

En France :

« Une crèche collective est un lieu d’accueil collectif destiné aux enfants pré-scolaires, dès l’âge de 3 mois. —Elles peuvent être publiques ou privées.—« (Wiki)

crèche municipale, gérée par une collectivité locale, mairie ou communauté de communes (très répandu)

crèche associative, gérée par une association mais avec le soutien des pouvoirs publics (assez répandu)

« À peine arrivé au pouvoir en 2006, Stephen Harper s’est empressé d’annuler tous les accords conclus avec les provinces et les territoires jetant les bases du premier programme national de services de garde à l’enfance, ainsi que son financement. Le gouvernement Harper a « remplacé » le programme national tant attendu par une allocation mensuelle de 100 dollars aux familles ayant des enfants âgés de 0 à 6 ans. » ( Congrès du travail du Canada)

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