À la poste, électeurs !

Vedette involontaire de l’élection présidentielle américaine en 2020, le vote postal pourrait s’avérer une bouée de sauvetage pour les libéraux, dont les appuis s’effritent.

Montage L'actualité

Faut-il y voir un signe que le camp libéral sent la soupe chaude ? À quatre de ses cinq points de presse quotidiens cette semaine, Justin Trudeau a invité les électeurs à commander leur trousse de vote postal et à enregistrer leur vote dès que possible. « Si vous êtes d’accord avec moi, rendez-vous sur le site [du Parti libéral] pour savoir comment voter dès maintenant », a lancé le chef libéral jeudi. Il avait dit sensiblement la même chose les trois jours précédents.

Les sondages, qui se multiplient dans cette campagne, sont unanimes : depuis le déclenchement du 15 août, les appuis au Parti libéral du Canada (PLC) s’effritent. Il n’y a pas de dégringolade marquée, mais la tendance est indéniable. La veille du déclenchement, le PLC jouissait de la faveur d’environ 36 % des électeurs, contre 29 % pour le Parti conservateur. Deux semaines plus tard, le PLC se trouve tout juste sous la barre des 33 % en moyenne, contre 32 % pour la formation d’Erin O’Toole.

En invitant les gens à voter maintenant, M. Trudeau essaie probablement de mettre en banque ses appuis avant qu’ils ne se volatilisent en raison d’une campagne qui ne lui sourit pas particulièrement. Ce faisant, il admet toutefois que son équipe n’a pas confiance en sa capacité à renverser la vapeur de manière notable au cours des trois semaines restantes.

Depuis juin 2020, Élections Canada a commandé un total de cinq sondages afin de mieux comprendre l’attitude des citoyens à l’égard d’un scrutin pendant la pandémie : ont-ils l’intention de voter ? Par quel moyen prévoient-ils exprimer leur vote ? Ont-ils l’intention d’offrir leurs services comme travailleurs d’élections ? etc.

Le dernier coup de sonde a été mené en avril auprès de 2 907 personnes. On y apprend que jusqu’à 29 % des répondants songeaient à voter par la poste, question d’éviter les contacts au bureau de scrutin. Étant donné qu’environ 18 millions de Canadiens ont voté en 2019, il pourrait y avoir jusqu’à 5 millions de votes postaux. Normalement, Élections Canada en reçoit 100 fois moins, soit quelque 50 000. L’institution estime toutefois que si la situation épidémiologique demeure stable, le nombre de votes postaux pourrait plutôt être de l’ordre de 2 à 3 millions. Jusqu’à présent, 182 612 trousses de vote postal ont été commandées par les électeurs. À ce jour, 12 476 d’entre elles ont déjà été remplies et retournées.

Depuis qu’il est devenu un enjeu hautement partisan aux États-Unis, le vote postal fait l’objet d’attaques sur les réseaux sociaux au Canada. Pourtant, il est permis au pays depuis 1993 et s’est avéré pour le moins sûr avec les années. Lorsqu’un électeur demande une trousse, il doit fournir des éléments d’identification (un numéro de permis de conduire, par exemple). Une note est alors ajoutée à la liste électorale pour indiquer que cette personne votera par la poste. Il ne lui sera donc pas possible de voter aussi en personne. Le bulletin de vote est placé dans une enveloppe anonymisée qui est elle-même glissée dans une enveloppe sur laquelle le citoyen s’identifie. Lors du dépouillement, Élections Canada s’assure que les éléments d’identification sont les mêmes que ceux fournis au moment de la commande de la trousse, puis vérifie sur la liste électorale si cette personne n’aurait pas réussi quand même à voter en personne. Une fois ces vérifications faites, l’enveloppe anonymisée est placée avec les autres bulletins de vote.

Cette procédure prend toutefois plus de temps. C’est la raison pour laquelle, s’il devait y avoir un grand nombre de bulletins postaux, le résultat du scrutin pourrait ne pas être connu le 20 septembre au soir, mais plusieurs jours plus tard.

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