À la recherche du milieu perdu

La nuance et l’envie de rejoindre l’autre, on les voit autant ces temps-ci qu’on voit le sourire de la femme prise sous un niqab.

PolitiqueParce que je suis trop paresseux pour me tenir au courant de ce qui est in ou pas, il n’est pas rare que je regarde les engouements passagers du grand public avec un peu d’incompréhension.

Ha ouin? La voix? Ha bon.

Ha ouin? Les trucs à la citrouille partout? Beurk, mais «ha bon» quand même.

Et, depuis deux semaines: ha ouin? Le niqab? … Encore?

Le niqab. Le gros mot est dit, et c’est ici que les ennuis vont commencer, c’est sûr. Ce texte débute à peine que, déjà, il sonne comme ma pire idée de la semaine. Ce sera quoi demain? Épiler à la cire chaude un ours qui dort?

Quand on est chroniqueur, le niqab est ce genre d’incontournable qu’on aimerait pouvoir contourner. Il y a tant de choses à dire, mais si peu de gens prêts à lire.

Si j’écris que je ne crois pas qu’il faille une loi pour interdire le niqab dans les cérémonies de citoyenneté, je sais que la moitié des lecteurs auront quitté ce texte avant même de terminer la phrase, comme je ferme ma radio après trois notes d’une chanson de Kaïn.

L’autre moitié est probablement rendue dans dans la section commentaires, où elle m’explique que ma fille va devoir porter une burqa dans trois ou quatre ans, «comme en France».

La troisième moitié (mon calcul est approximatif), elle, va se rendre jusqu’au bout de mon humble ramassis de mots et applaudir le fait que celui-ci flatte leur opinion dans le sens du poil. Ils vont alors partager ce texte à leurs amis, et ceux qui étaient déjà d’accord vont cliquer sur «J’aime». La clique aura parlé à la clique et tout le monde est un peu plus fâché contre «l’adversaire». Youppi.

La nuance et l’envie de rejoindre l’autre, on les voit autant ces temps-ci qu’on voit le sourire de la femme prise sous un niqab.

Inspiré par le jeu «Six degrés de Kevin Bacon», qui prétend que l’on peut relier qui que ce soit à l’acteur Kevin Bacon en moins de six étapes, j’ai inventé le jeu «Six degrés de xénophobie». C’est simple: peu importe le sujet d’un article ou d’un envoi Facebook publié par un grand média, on peut arriver à un propos xénophobe en moins de six commentaires.

Portez attention et vous verrez des tours de force tels que :

• La congestion à Montréal -> Les rues de Montréal -> Y a plein de femmes voilées dans les rues de Montréal -> On se fait envahir par les Islam!

• Les changements climatiques -> Va faire plus chaud -> Les femmes voilées vont ben crever de chaleur -> Qu’y retourne dans leur pays!

De l’autre côté du débat, on en profite alors pour pointer du doigt et pour accuser de racisme et d’islamophobie. Mais, comme l’a écrit un sage:

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Il ne faut pas mettre tous les islamophobes dans le même panier. C’est vrai: il y a ceux qui y ont pensé longuement et qui ont la haine mûrement réfléchie (honte à eux!), et ceux qui ont juste… peur.

Je pense à cette dame, dans un reportage d’Ici Première, qui est prête à passer par-dessus sa peur de perdre sa pension pour appuyer le Bloc québécois, parce que «c’est après virer en islamique ces élections-là.» Une peur irrationnelle contre une peur irrationnelle, comme un «quatre trente sous pour une piasse» idéologique, pour une réflexion qui a à peu près la même valeur.

Idéalement, il serait possible d’utiliser la raison et les faits pour rejoindre cette dame et la convaincre. Pas pour qu’elle se mette à tripper sur le niqab au point de s’en chercher un dans les rayons du Ardène. Plutôt pour qu’elle se demande si deux femmes qui ont refusé de se dévoiler en jurant de porter «sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth Reine du Canada», c’est vraiment L’ENJEU des enjeux dans cette élection, celui sur lequel devrait se décider son vote.

Mais invoquer la raison et l’équilibre dans ce débat, c’est comme essayer de se sentir l’égale de l’homme en portant un niqab: peine perdue.

Peine perdue parce qu’un côté alimente la peur alors que l’autre côté refuse trop souvent de reconnaître que cette peur existe et qu’elle ne se combat pas avec des épithètes et des textes faits pour n’être compris ou approuvés que par ceux qui sont déjà d’accord.

Il n’y a pas de centre dans ce débat, pas de point de rencontre, pas de zone démilitarisée entre les deux Corées de l’opinion publique.

Et si on se calmait un peu et qu’on passait à un autre enjeu, à quelque chose qui aura vraiment des répercussions dans notre vie de tous les jours? Allez, je commence! Qu’ont promis nos candidats dernièrement?

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Bazwell, aidez-moi un peu!

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7 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Un bel effort pour approcher du centre . 10/10 pour l’intention exposant une validité philosophique.
Le grain de sable est que tout le texte est basé sur l’assertion que l’islamophobie est la peur/haine d’un.e personne/groupe.
Mais l’islam n,est ni une personne ni un groupe, c’est une proposition de vérité, une idée.
Et il est légal et moral de « phober » des idées.
L’islamophobie ça n’existe pas.
Comme disent ces centaines de femmes arabes laïcs médiatisées consacrant leur vie à lutter contre la réduction de la femme trop souvent enseignée par l’Islam, le mot islamophobie a été inventé par les islamistes pour donner la honte de détester l’Islam, en associant racisme ( associé à phobie ) et critique de l’Islam.
Islamophobie n’est qu’une affreuse manipulation perverses comme les adorent les islamistes.

Souriez, vous avex été manipulés.

Pour ce qui est du « cas burqa », tout est là, ça représente la totalité de la lamentable faillite de notre système politique jamais conçu pour représenter le peuple.
Alors oui, c’est un sujet électoral de première importance.
Notamment pcq cela pourrait initier le début de la fin du système, à l’évidence incapable de produire des politiques publiques adéquates.
Le cas niqab à lui seul explique la guerre partout et le dénialisme du réchauffement climatique.

Au plaisir

J’ai participé à une table ronde sur la question « Qu’est-ce qui est encore tabou dans les années 2010 ».
Les deux réponses qui ont fait unanimité : « parler de la mort avec une personne mourante » et « être modéré dans ses propos en tant que journaliste »

Perso, je trouve vraiment dommage qu’on ne s’attarde pas beaucoup plus sur les conséquences des développement des pipelines et du pétrole parce qu’à terme, il s’agit de l’habitabilité de notre territoire qui est en cause qu’on soit indépendants ou pas. Auquel cas, ça nous permettra d’apprécier aux premières loges l’effet que ça fait de devoir quitter son pays parce que ce n’est vraiment plus possible… Et tout petit peu plus loin évidemment, l’habitabilité de la planète parce qu’on a beau avoir trouvé de l’eau salée sur mars, ça se boit pas plus que de l’eau pétrolée et que ça ne règle pas le problème de climat.

Sinon… Épiler à la cire chaude un ours qui dort ? C’est prometteur comme sujet de chronique

Et c’est toujours après que j’ai cliqué sur envoyer que je vois les fautes (soupir)

M, Charlebois, vous vivez sûrement sur une autre planète, le port du niqab on règle cette question une fois pour toute. Avez-vous vu l’iman qui n’arrête pas de dire que la femme doit être en tout temps soumise à son mari et à propos de tout. Que l’on extrade cet imbécile au plus vite, vous avez les yeux complètement fermer ou vous le faite exprès. Ce sont des gens comme vous qui font déraper les choses, admettons que n’est pas donné à tous (l’intelligence).

Je suis a peu de choses près d’accord avec vous MAIS. Le problème c’est que la peur est réelle (même si elle ne repose sur pas grand chose) et accuser tout le monde d’islamophobie ou dire « voyons ma petite dame ye rien la, c’est toute dans votre tête » ne réglera rien. La brillante gauche française fait ça depuis 20 ans et Marine est en tête dans les sondages pour la présidentielle. La gauche bien pensante en Suede a fait de même et un parti quasi néo-nazi est premier dans les sondages avec le quart des votes.
Gérard Garreau

Le fondamentalisme religieux a été la cause de tensions communautaire, de violences, de guerres et de biens d’autres maux, comme l’absence de liberté de conscience, les crimes d’honneurs, etc. pendant 4000 ans. Jusqu’à ce qu’on trouve la solution de la laïcité pour être exact. Mais il parait qu’aujourd’hui, au Québec, ce n’est pas un vrai problème, que tout le monde capote pour rien et qu’ils sont en fait juste de connards racistes… Ah bon.