À la table des stratèges : Quel parti a gagné la pré-campagne ? Quel sera l’enjeu imprévisible ?

Alec Castonguay réunit autour d’une même table quatre anciens stratèges politiques pour analyser la campagne électorale dans ses moindres détails. Pour ce premier volet, Karl Bélanger, Mylène Dupéré, Carl Vallée et Dominic Vallières livrent leurs premières impressions… et se risquent même à un pronostic !

Une campagne électorale, c’est toute une mécanique démocratique qui se remet en branle tous les quatre ans. ll y a les chefs, les candidats, les bénévoles, la direction des partis, les publicitaires, les sondeurs, les analystes de sondage (salut Philippe J. Fournier !), les journalistes, les chroniqueurs, les observateurs intéressés et les plus ou moins intéressés… et tout ce beau monde gravite autour d’un seul noyau : les électeurs.

Et à la table d’à côté, il y a ces drôles de bêtes politiques que sont les anciens stratèges des partis. Ils sont de simples citoyens, mais ils ont connu la joie et la douleur des tranchées électorales. Ils ont gagné, ils ont perdu. Ils savent d’instinct quand un politicien va regretter une parole ou un choix. Ils sont capable de voir deux ou trois coups à l’avance, parce que c’était leur métier il n’y a pas si longtemps.

Ils ont encore des amis dans les partis, avec lesquels les conversations sont parfois enflammées puisque certains voudraient qu’ils défendent bec et ongles, sans nuance, les positions de leur ancienne formation politique, ce qu’ils ne font pas souvent. Question d’intégrité et de crédibilité.

Bref, ils ne sont ni dedans, ni complètement dehors. Ils sont uniques. Et c’est pourquoi nous avons décidé d’utiliser l’expérience de quatre anciens stratèges politiques tout au long de la campagne, afin de vous transmettre leur expertise et leurs opinions.

Vous retrouverez leurs biographies complètes à la fin de l’article, mais laissez-moi tout d’abord préciser que je connais très bien les quatre. Couvrir la politique depuis plus de 15 ans m’a permis de croiser plusieurs opérateurs politiques. Les quatre réunis ici sont bons. Et sympathiques, ce qui ne nuit pas à la conversation. Ils se connaissent également entre eux et se respectent, ayant croisé le fer sur le champ de bataille à plusieurs reprises, par chefs interposés.

Ici, pas d’attaques partisanes outrancières, personnelles ou de lignes officielles récitées par cœur. Que de la réflexion politique de qualité… ce qui n’empêche pas d’envoyer un jab à un parti à l’occasion !

Dominic Vallières a travaillé avec cinq chefs souverainistes; Karl Bélanger a été conseiller et confident de Jack Layton et Thomas Mulcair ; Mylène Dupéré a travaillé avec Justin Trudeau ; et Carl Vallée a été l’ombre et le conseiller de Stephen Harper pendant des années.

Sans plus tarder, voici notre premier rendez-vous à la table des stratèges.

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Alec Castonguay : Qui a remporté la pré-campagne électorale?

Dominic Vallières : Les libéraux. Difficile d’argumenter contre un parti qui s’est replacé dans les sondages. Les néodémocrates sont les seuls pour qui les dernières semaines ont été calamiteuses. Les conservateurs peuvent se féliciter d’être dans la conversation, les verts semblent avoir un début de momentum et le Bloc est prêt à faire campagne malgré Martine Ouellet. Toujours est-il que si je suis un stratège libéral, je dors mieux la nuit qu’il y a quelques semaines.

Karl Bélanger : Personne. Ils ont tous eu leurs déboires. Justin Trudeau a été trouvé coupable d’avoir enfreint la loi une deuxième fois avec le rapport du commissaire à l’éthique, Andrew Scheer est empêtré avec l’avortement, Jagmeet Singh n’arrive pas à se démarquer, tout comme Yves-François Blanchet. Elizabeth May sort un peu du lot, mais c’est surtout en raison de la force de la marque de commerce de son parti, alors qu’elle a des idées saugrenues comme celle de forcer SNC-Lavalin à gérer l’eau potable des Premières nations ! Maxime Bernier parvient encore et toujours à obtenir beaucoup plus de couverture médiatique que son poids politique, mais ça ne lève toujours pas. Le Parti populaire du Canada n’a de populaire que le nom !

Mylène Dupéré : C’est un match nul entre les libéraux et les conservateurs. La candidature de Sylvie Fréchette pour les conservateurs est fort intéressante, tout comme celle de Steven Guilbault pour les libéraux. Avoir réussi à attirer un tel leader en matière d’environnement démontre l’engagement du parti sur le sujet. Il sera intéressant de voir comment les libéraux vont détailler leur position en environnement pour convaincre les électeurs mécontents de l’achat du pipeline Trans Mountain, une ombre au tableau.

Andrew Scheer aurait eu avantage à être plus présent dans les médias au Québec, car les Québécois n’ont pas encore une idée précise de lui. C’est pourquoi il est tout à fait normal de voir les libéraux tenter de le définir auprès de l’électorat en le poussant dans le coin droit sur les enjeux sociaux comme les mariages gais et l’avortement. D’ailleurs, ça ne semble pas très compliqué à réaliser! Ils n’ont qu’à reprendre de vieux discours d’Andrew Scheer à la Chambre des communes. Définir un autre chef selon ses propres stratégies est une recette qui a connu du succès par le passé : elle a bien servi Stephen Harper pour discréditer Michael Ignatieff et Stéphane Dion. Reste à voir si elle fonctionnera pour les libéraux.

Je ne vois pas de coup de maître de la part du Bloc québécois et du NPD.

Carl Vallée : Les groupes de pressions. Depuis l’entrée en vigueur des élections à date fixe, nous constatons l’émergence de campagnes concertées dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux par ces groupes juste avant le déclenchement officiel de la campagne. En fait, leur impact est tel que certains observateurs de la scène politique estiment que la campagne menée par un groupe Facebook comptant quelques 300 000 abonnés et se nommant Ontario Proud a contribué à la défaite de l’ex-première ministre ontarienne Kathleen Wynne au printemps 2018.

En 2015, le premier ministre Harper a déclenché la campagne électorale quelques semaines plus tôt parce qu’il craignait l’impact (qui s’est finalement avéré) des publicités de groupes de gauche. Ceux-ci dépensaient sans restriction justement parce que la campagne n’avait pas été officiellement déclenchée, leurs dépenses n’étaient donc pas comptabilisées au sens de la loi électorale. Décision inutile, en fin de compte.

En 2019, deux groupes ressortent du lot. À gauche, la centrale syndicale Unifor qui compte dépenser le maximum permis par la loi (511 000$) pour faire élire le plus de candidats libéraux ou néo-démocrates possibles. À droite, le réseau Canada Proud, le cousin de Ontario Proud, compte déjà près de 135 000 supporters sur Facebook.

A.C : La campagne électorale démarre avec le Parti libéral et le Parti conservateur au coude-à-coude au sommet, le NPD et le Parti vert en lutte pour la dernière place et le Bloc québécois qui fait du surplace par rapport à ses résultats de 2015. Êtes-vous surpris ? Est-ce que ce portrait devrait être différent ?

Dominic Vallières : On ne sait jamais. Il y a souvent quelque chose qui apparaît sur l’écran radar et que personne ne pouvait prévoir, que ce soit une Zunera Ishaq qui souhaite voter avec un niqab ou un Alan Kurdi décède sur une plage en Turquie alors que sa famille tentait de joindre le Canada.

Karl Bélanger : Pas vraiment. Le Parti Libéral a connu une fin de mandat horrible mais Andrew Scheer n’a pas démontré qu’il avait la force de caractère pour en profiter. En temps normal, devant une opposition aussi faible et divisée, et compte tenu de la popularité personnelle de Justin Trudeau, le Parti libéral devrait facilement voguer vers un 2e mandat majoritaire. C’était le cas avant que le dossier SNC-Lavalin ne fasse dérailler son gouvernement. Devant un tel scandale et un premier ministre qui a enfreint la loi à deux reprises, le Parti conservateur devrait être loin devant, mais Andrew Scheer demeure peu connu et n’a pas marqué beaucoup de points. Les conservateurs étaient premiers par défaut !

La montée du Parti vert est un phénomène mondial et au Canada, les verts ont fait des percées dans plusieurs provinces, alors il n’est donc pas surprenant de les voir en hausse dans les intentions de vote. Ce qui est plus surprenant, c’est de voir l’incapacité de Jagmeet Singh à remettre le train néo-démocrate sur les rails.

Mylène Dupéré : C’est surprenant de voir ce qui s’est passé au NPD. On se débarrasse de Thomas Mulcair pour choisir un chef que l’on décide finalement de cacher. Pourtant, je trouve Jagmeet Singh intéressant : un chef francophile, jeune et «glamour». Est-ce que les sondages auraient été plus désastreux si le NPD avait paradé son chef à Montréal, où la diversité culturelle est plus grande? Permettez-moi d’en douter. Est-ce que cette décision des membres aura des répercussions sur la réélection de d’Alexandre Boulerice dans Rosemont – La-Petite-Patrie ?

Au Bloc québécois, les tergiversations causées par l’élection de Martine Ouellette leur a fait perdre un temps précieux. C’est hors de son contrôle, mais Yves-François Blanchet est arrivé un peu trop tard.

Carl Vallée : Je suis surpris pour deux raisons :

1. Les partis traditionnels se situant au centre de l’échiquier politique connaissent de la difficulté partout en Occident, sauf au Canada. Jusqu’à présent, nous avons été à l’abri de la montée de partis extrémistes. C’est une bonne chose, mais nous sommes le mouton noir de l’Occident.

2. L’histoire politique canadienne démontre, avec une exactitude quasiment sans faille, que les gouvernements sont réélus au moins une fois. Selon cette logique, les libéraux devraient facilement l’emporter. Le fait qu’ils soient à égalité avec leur adversaire conservateur est une anomalie. Cela devrait être une source d’inquiétude pour le PLC.

Quant au Bloc québécois, il n’a pas pris acte du nationalisme québécois post-souveraineté. Il est encore pris dans le carcan d’une logique dépassée, celle du combat entre les OUI et les NON. Son chef remâche une vieille formule qui « ne pogne plus », celle du souverainisme de gauche. Le nationaliste québécois n’est plus nécessairement souverainiste et il n’est plus nécessairement de gauche. L’élection de la CAQ l’a bien démontré. Le Bloc n’en profitera pas, car il ne courtise pas les nationalistes de centre-droit. Il leur préfère les électeurs de Québec solidaire.

A.C : Qu’est-ce qui a changé au Canada depuis quatre ans et qui peut avoir une influence sur la campagne électorale ? 

Dominic Vallières : Beaucoup de choses ! Un mouvement conservateur revigoré, pour commencer. Les conservateurs sont au pouvoir quasiment partout au Canada, alors que ce n’était pas le cas en 2015. Ils tentent de faire de la question de l’énergie (et du coût de l’énergie) un enjeu de la campagne et ils y parviennent. Nous sommes loin des conservateurs fatigués de 2015, mais Andrew Scheer n’électrise pas les foules. Peut-être se révèlera-t-il en campagne ? 

Karl Bélanger : L’échiquier politique a été complètement chamboulé dans les provinces. Les libéraux ont perdu le pouvoir presque partout, les conservateurs sont de retour à la tête de l’Ontario et de l’Alberta. D’ailleurs, les décisions prises par Doug Ford et Jason Kenney en ont fait des épouvantails que les troupes de Justin Trudeau brandissent derrière Andrew Scheer, ce qui nuit au Parti conservateur. Les verts montent une machine électorale qui peut faire des gains: ils détiennent la balance du pouvoir en Colombie-Britannique, et ont failli l’obtenir au Nouveau-Brunswick. Ils forment maintenant l’opposition officielle à l’Île-du-Prince-Édouard, en plus d’avoir fait une percée en Ontario.

Nous entrons dans une campagne ou six partis sont sur la ligne de départ avec une possibilité de gagner au moins un siège: du jamais vu !

Mylène Dupéré : L’histoire SNC-Lavalin n’aide certainement pas les libéraux. Justin Trudeau a fait campagne sur l’éthique après le scandale des dépenses du Sénat en 2015. Pour paraphraser Jean Lapierre, lorsqu’un chef se déclare plus blanc que neige, il doit rester parfait. Il reste à voir si les électeurs feront de l’éthique une question importante de la campagne. Si Trudeau n’avait rien fait dans ce dossier, on lui aurait reproché de ne pas en avoir fait assez pour le Québec.

Carl Vallée : Les provinces, pour la plupart, ont tourné le dos au rouge et ont « viré » au bleu. Cela est à la fois une force et une faiblesse pour les partis. Par exemple, Justin Trudeau tentera d’associer Andrew Scheer au gouvernement impopulaire de Doug Ford en Ontario. Parions, cependant, qu’il se serait passé de la présence des premiers ministres Jason Kenney et François Legault, qui seront inévitablement des facteurs pendant la campagne sur des thèmes peu prisés par les libéraux : l’économie et le nationalisme.

A.C : La fameuse question des sondeurs qui demandent aux électeurs avec quel chef ils aimeraient boire une bière, est-ce utile ou est-ce un gadget de sondeur?

Dominic Vallières : Utile. On veut que notre chef soit perçu favorablement. Pour le reste, ils boivent tous peu d’alcool. Les gens qui espèrent prendre un verre avec l’un d’entre eux seraient déçus.

Karl Bélanger : Toute question de sondage contient son lot d’informations qui peuvent être utile pour les partis politiques. La première fois qu’un sondeur a déterminé que Jack Layton était celui avec qui les Canadiens aimeraient prendre une bière, nous avons validé et testé cette information pour nous en servir dans les pubs.

Mylène Dupéré : Je trouve cela très divertissant, sans plus.

Carl Vallée : Cette question est une façon de mesurer l’intelligence émotive d’un chef. Impossible d’évacuer ce facteur. Dans notre bulle politique, nous sommes parfois portés à croire que les électeurs lisent les programmes des partis et qu’ils font un choix informé et sophistiqué. Or, la réalité peut être toute autre. En 2015, les Canadiens en étaient venus à croire que nous gouvernions à partir de « L’Étoile de la mort », comme dans Star Wars ! Nous aurions pu avoir les meilleures idées au monde, ils ne nous écoutaient plus.

A.C : Une idée de la « question de l’urne », ce à quoi les gens vont penser en allant voter? 

Dominic Vallières : L’économie. Les libéraux vont dire que la vie des gens s’est améliorée, et les conservateurs qu’il faut cesser de dépenser sans compter. Dans ce jeu à deux, le NPD est hors course puisque les libéraux ont voulu faire campagne et gouverner à gauche et ils l’ont fait. La phrase de Justin Trudeau sur le budget qui allait être équilibré à la fin de son mandat reviendra lui mordre les mollets.

Karl Bélanger : La fameuse question de l’urne est un concept un peu surfait: en réalité, il en existe plusieurs selon les tranches d’électeurs. La clé, c’est de trouver la question qui motivera la tranche qui pourrait faire basculer l’élection. En 2015, la question de l’urne qui motivait la tranche décisive était: qui peut battre Stephen Harper ? Pour le moment, rien ne semble avoir émergé comme question de l’urne. L’économie, la santé, l’environnement et les questions éthiques sont sur l’écran radar.

Mylène Dupéré : Bonne question.

A.C : Merci Mylène !

Mylène Dupéré : Elle se définira au cours des prochaines semaines. Les partis peuvent bien planifier les éléments de communication qui pourraient avoir une influence sur la question de l’urne, mais en réalité, tout peut changer en l’espace d’un moment.

Carl Vallée : Le parti qui saura imposer sa question de l’urne gagnera l’élection.

A.C : Un chiffre, un enjeu ou un débat actuellement sous le radar qui pourrait émerger et changer l’allure de la campagne ?

Dominic Vallières : 21. Comme dans « projet de loi 21 ». Les chefs fédéraux ont marché sur des œufs depuis l’adoption du projet de loi sur la laïcité de François Legault. Ils doivent espérer qu’aucun candidat au Canada n’en fasse une question de principe et décide de prendre la parole inopinément sur la question, ce qui ferait automatiquement le jeu du Bloc québécois qui défend, là-dessus comme sur d’autres sujets, le large consensus du Québec.

Karl Bélanger : Toute la question des signes religieux pourrait exploser à nouveau. C’est l’enjeu qui a été le point tournant de la campagne de 2015 et qui a fait complètement déraper la campagne de Thomas Mulcair. Le NPD en paye encore le prix, d’ailleurs. L’adoption de la loi 21 par le gouvernement Legault n’a pas été très apprécié dans le reste du Canada, mais les partis fédéraux sont demeurés très prudents sur la question, se contentant de voeux pieux. Le Bloc québécois a bien tenté de faire mordre les autres à l’hameçon, y allant même de panneaux publicitaires à Ottawa, mais pour l’instant, ça ne mord pas.

Mylène Dupéré : 10. Il y a 10 états américains qui ont voté des lois restrictives en matière d’avortement. Cet enjeu prend de la vigueur chez nos voisins du sud à la suite de la nomination d’un cinquième juge plus conservateur à la Cour suprême américaine. Cet enjeu a des échos chez nous. Le sujet a rebondi dans la pré-campagne avec la confusion qu’ont créés les propos tenus par la nouvelle candidate conservatrice Sylvie Fréchette lors d’une entrevue radiophonique où elle indiquait que le chef conserveur n’accepterait pas que les députés d’arrière-ban déposent un projet de loi remettant en question le droit à l’avortement, ce qui est faux. Laisser planer la confusion sur cette question est très peu avantageuse pour les conservateurs au Québec. Je crois que les électeurs s’attendent à ce que les chefs aient des réponses claires et sans équivoque sur ce sujet.

Carl Vallée : 78. Les 78 comtés québécois sont probablement les plus imprévisibles au pays. Les allégeances politiques et partisanes des Québécois sont d’abord provinciales. Ça s’explique par le fait que les Québécois voient en Québec leur gouvernement national; celui vers qui ils se tournent naturellement lorsqu’un enjeu surgit. Tout le contraire des Canadiens anglais pour qui Ottawa est le gouvernement national.

Concrètement, cela veut dire que les électeurs québécois sont « disponibles » au fédéral. Ainsi, en 2008, les Québécois élisaient une majorité de députés bloquistes au Parlement fédéral. En 2011, c’était le tour du Nouveau Parti démocratique. En 2015, les Québécois ont donné une chance aux rouges. Trois élections, trois résultats très différents. Les Québécois pourraient bien déterminer la couleur du prochain gouvernement.

A.C : Qu’est-ce qui sera le plus nuisible: Maxime Bernier pour Andrew Scheer ou Elizabeth May pour Justin Trudeau ? 

Dominic Vallières : Jusqu’à présent, Elizabeth May. Maxime Bernier est dans l’outrance afin d’exister politiquement, alors qu’Elizabeth May a des positions et un engagement de longue date sur les questions environnementales. Et elle est plus connue au pays.

Karl Bélanger : Une excellente question.

A.C : C’est pour ça que je la pose…

Karl Bélanger : D’un point de vue purement mathématique, Maxime Bernier vole des votes presque uniquement à Andrew Scheer. Dans certains comtés, 2 % ou 3 % pourraient être suffisant pour faire perdre des sièges aux conservateurs. Elizabeth May, en contrepartie, mange à tous les râteliers. La corrélation mathématique qui nuirait à Justin Trudeau n’est pas aussi directe: dans certains comtés, May pourrait en fait aider le PLC en prenant des votes au NPD ou même au PCC. Au fil des ans, Elizabeth May a souvent été une alliée objective du Parti libéral, allant même jusqu’à signer un pacte de coopération électorale avec Stéphane Dion.

La stridence de Maxime Bernier et de son équipe permet à Andrew Scheer d’apparaître très modéré, ce qui pourrait l’aider auprès des électeurs hésitants entre le PLC et le PCC.

Mylène Dupéré : Maxime Bernier ! Mais peu au Québec. Ses positions sur la gestion de l’offre ne sont pas très populaires, surtout dans sa propre circonscription. Même sa position sur l’immigration dans un contexte de pénurie de main d’œuvre ne l’aide pas. Je ne crois pas que les votes pour les verts au Québec vont diviser le vote.

Carl Vallée : Dans un environnement médiatique qui déteste les idées de Maxime Bernier, sa seule présence rend Andrew Scheer plus modéré, plus légitime et acceptable. Par ailleurs, le Parti populaire du Canada attire des éléments indésirables dont le PCC est bien heureux de pouvoir se passer. À l’inverse, les médias trouvent Elizabeth May plutôt sympathique et lui donnent souvent le beau rôle. Elle pourra talonner Justin Trudeau sur les licornes et les arcs-en-ciel qu’il a promis en 2015 et qu’il n’a jamais livrés.

A.C : Vous êtes intelligents et articulés. Le genre de stratège que les partis politiques adorent. Pourquoi vous ne faites plus de politique active ? 

Dominic Vallières : Pour un indépendantiste, la réponse est simple : c’est un honneur de servir un parti et un gouvernement, mais c’est lassant de se demander chaque année si on aura toujours un travail ! J’ai vécu mon lot de courses à la direction, d’élections générales ou partielles. Et les lignes de côté, c’est plaisant aussi.

Karl Bélanger : Parce que je suis intelligent et articulé !

Mylène Dupéré : Il est important de laisser la place aux plus jeunes, à ceux qui ont de la fougue et qui sont plus idéalistes, qui sont guidés par le désir profond de vouloir changer le monde. Quand on y baigne trop longtemps, on perd un peu de ça. Regarder la joute électorale d’un peu plus loin, ça permet aussi d’avoir une vision d’ensemble intéressante.

Carl Vallée : J’ai eu la chance de devenir attaché de presse du premier ministre à l’âge de 24 ans. Je n’avais aucune responsabilité familiale et je pouvais consacrer 80 heures par semaine à mon travail. Matin, midi, soir. Week-ends. Noël. Sans arrêt. Tu ne peux connaître du succès dans ce genre de travail que si tu te donnes à fond. Donner moins que ton 110 % est inacceptable. Ce genre d’emploi est incompatible avec la responsabilité parentale. Je suis papa d’un petit garçon de 19 mois. Il n’aura 19 mois qu’une seule fois dans sa vie, alors que des campagnes, il y en aura le restant de mes jours.

C’est le temps de laisser la chance à d’autres. Je continue de défendre des principes qui me sont chers, mais autrement. Avez-vous lu mon fil twitter ?!

A.C : En terminant, on se risque à une prédiction ? Moi, je dis: les Canadiens vont faire les séries.

Dominic Vallières : Je vais oser beaucoup plus : l’Impact fera les séries.

Karl Bélanger : En fait, je dirais plutôt que les Canadiens vont finir encore plus loin au classement. Heureusement pour eux, les Sénateurs feront pires.

Mylène Dupéré : (Silence découragé). Tiens, une prédiction de hockey… C’est bien vrai, je suis la seule fille dans ce panel !

Carl Vallée : Les Expos reviendront avant les Nordiques.

A.C : Ok, sans blague, on fait une prédiction ou pas ? 

Dominic Vallières : Les débats auront une plus grande incidence que la dernière fois. Scheer n’est pas Harper, Singh n’est pas Mulcair et Blanchet n’est pas Duceppe. La dynamique sera intéressante et celui des trois qui pourra mettre Trudeau dans les câbles récoltera beaucoup de points.

Karl Bélanger : Je me contenterai de dire que pour le moment, je vois un scénario ou aucun des partis n’aura de majorité aux Communes. Ce qui devrait être le cas de toute façon dans une démocratie pluraliste moderne, considérant la division des intentions de votes actuelle.

Mylène Dupéré : Tu le sais bien Alec, c’est tellement long une campagne électorale…

Carl Vallée : Les verts remplaceront le NPD comme troisième force politique au pays. Je crois que ce réalignement sera durable dans le temps.

Dominic Vallières a œuvré dans l’opposition et au gouvernement pour cinq chefs indépendantistes au Québec. Depuis 2011, il a été tour à tour rédacteur de discours, attaché de presse, directeur des communications, porte-parole national puis stratège. Il intervient chaque semaine à la télé et à la radio et commente aussi la politique dans son auto ou sa cuisine. Vous pouvez aussi l’apercevoir au parc, avec son fils.

Karl Bélanger a travaillé pendant près de 20 ans sur la colline parlementaire à Ottawa, notamment à titre d’attaché de presse francophone d’Alexa McDonough, d’attaché de presse principal de Jack Layton et de secrétaire principal de Thomas Mulcair. Il a ensuite agi comme directeur national du NPD avant de mettre fin à sa carrière politique à l’automne 2016. En plus d’agir en tant que commentateur et analyste politique à la télé, à la radio et sur le web, Karl est président de la Fondation Douglas-Coldwell et président de Traxxion Stratégies.

Mylène Dupéré a occupé différents postes dans des cabinets politiques au sein des gouvernements de Jean Chrétien et de Paul Martin, ainsi que dans la fonction publique fédérale. Elle a été directrice des communications pour le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, entre 2013 et 2015. Elle a été l’une des stratèges qui ont mené au succès du PLC au Québec en 2015. Après avoir accroché ses « patins politiques » en 2016, Mylène offre maintenant ses conseils d’affaires publiques dans une entreprise de Montréal.

Carl Vallée s’implique en politique fédérale et provinciale depuis plus de 15 ans. Il a travaillé au sein du cabinet du premier ministre du Canada à titre d’attaché de presse, porte-parole et conseiller québécois pour Stephen Harper entre 2009 et 2015. En octobre 2018, il a participé à la transition du nouveau gouvernement caquiste du premier ministre François Legault. Il est actuellement associé au sein du cabinet d’affaires publiques HATLEY Stratégies, à Montréal.

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