À propos d’hier soir (3)

La soirée a été difficile pour tout le monde lundi, sauf pour la CAQ. Cela laissera des traces dans la prochaine Assemblée nationale.

Paul Chiasson / La Presse Canadienne

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur de TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Les citoyens ont lancé plusieurs messages, lundi soir. 

D’abord, la victoire de la Coalition Avenir Québec est écrasante. Oui, le mode de scrutin est tordu. Oui, la CAQ (comme les partis gouvernementaux en général) en profite. Mais il reste qu’on ajoute 14 députés au total de 2018. C’était ce qui était annoncé par les sondages, c’est ce qui s’est produit. Cette victoire en est une d’organisation électorale plus qu’un triomphe des idées. François Legault pourra quand même s’atteler de nouveau à une tâche qu’il aime manifestement beaucoup plus que faire campagne : gouverner.

Son second mandat sera, espérons-le, plus calme sur le front sociosanitaire. Mais, déjà, certains chauffent les moteurs pour une course à la direction potentielle. Gérer un caucus de 90 députés posera des défis immenses. Gérer un caucus de 90 députés composé d’un grand nombre de vedettes sera encore pire. Si le chef caquiste devait ouvrir un tant soit peu la porte, il pourrait bien voir certains l’enfoncer. Après l’élection de 2018, peu d’élus du caucus s’imaginaient une vie politique hors de l’orbite de François Legault. Après celle de 2022, réélus, pourquoi pas ?

Les libéraux ont été chanceux dans leur malchance. Vingt et un élus, dont la cheffe, c’est dans la fourchette élevée des prévisions. Ce qui m’inquiète pour eux, par contre, c’est leur disparition dans plusieurs régions du Québec — et je parle ici de disparition du top 3 dans des circonscriptions qu’ils détenaient encore avant le scrutin de 2018.

Dans la circonscription de leur ancien chef Jean Charest, Sherbrooke, ils sont cinquièmes. Même sort dans ce qui était jadis celle de Philippe Couillard, Roberval. Dans Papineau, en Outaouais, ils sont aussi derniers parmi les grands partis, dans une circonscription qu’ils ont représentée de 1981 à 2018. Cinquièmes également dans Dubuc, Rivière-du-Loup–Témiscouata. Vous comprenez le portrait.

J’aurais pu aussi prendre chaque circonscription de la Capitale-Nationale, autrefois des forteresses. En fait, dans près de 80 circonscriptions, les libéraux ont terminé au quatrième ou au cinquième rang, dans les talles des partis marginaux. Bref, le chemin sera long, surtout si on regarde le vote populaire (un recul de plus de 400 000 voix par rapport à 2018). Avec moins d’argent public et une difficulté à ramasser des dons, le parti devra se questionner sérieusement sur son cap politique et sur ses ambitions pour 2026. Dominique Anglade a mené une campagne dynamique, mais il lui faudra passer par la case vote de confiance. Stop ou encore ?

Et qu’adviendra-t-il des autres groupes parlementaires ? En 2018, les chefs avaient négocié une reconnaissance pour le Parti québécois et Québec solidaire même s’ils ne passaient pas le cap des 12 députés ou des 20 % des suffrages universels habituellement requis. Ce sera de nouveau le cas cette fois-ci. Bien que QS ait renforcé sa position en ajoutant un élu (si le recomptage dans Verdun le confirme), le PQ, lui, passe de 10 à 3. Il s’est maintenu dans le vote populaire, c’est vrai, mais devra compter sur la magnanimité des autres représentants parlementaires pour obtenir un statut de parti reconnu. Gabriel Nadeau-Dubois, en retirant la candidature de Marie-Eve Rancourt dans Camille-Laurin, a facilité l’entrée de Paul St-Pierre Plamondon à l’Assemblée nationale. Lui mettra-t-il le pied à l’étrier en plaidant pour qu’il dispose en plus de ressources élargies ? Rien n’est moins sûr.

Quoi qu’il en soit, tout est en place pour les quatre années à venir. La population a décidé du décor, des acteurs, et posé les rapports de force. Aux élus de la prochaine Assemblée nationale d’écrire leur histoire.

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