À propos d’hier soir — Deuxième partie

Les cinq chefs de parti ont pu faire valoir des compétences certaines et exprimer des idées claires dans le débat de Radio-Canada, jeudi soir. Mais aucun ne risque de faire bouger l’électorat, selon notre analyste, qui est également un ancien stratège politique.

Paul Chiasson / La Presse Canadienne

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur de TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Le débat d’hier soir à Radio-Canada a démontré que les sondages internes des partis doivent dire que la montée de Québec solidaire, prophétisée par son co-porte-parole, n’est pas juste un souhait de sa part : la première attaque des chefs était généralement réservée à Gabriel Nadeau-Dubois.

Le premier ministre est visiblement passé voir le synergologue avant le débat. Après avoir été critiqué sur son langage non verbal à la suite de sa performance au Face-à-face de TVA, il avait revêtu son plus beau sourire. Celui-ci est parti dès qu’on a parlé du troisième lien, mais on l’a au moins vu ! François Legault a probablement été le plus grand gagnant du changement de format du débat : il était attaqué, mais pas agressé. Il ne devait pas répéter la performance de la semaine dernière ; il ne l’a pas fait. Il a revêtu son costume de « papa Legault » quand il a demandé à Éric Duhaime combien d’autres aînés il aurait sacrifiés.

Dominique Anglade a elle aussi bénéficié du format. Parfois effacée la semaine passée, elle prenait davantage d’espace à ce débat-ci, disposait de plus de temps pour aller au fond des choses. Elle regardait souvent directement la caméra, la seule à le faire avec le chef conservateur. Elle avait mentionné vouloir parler aux femmes, aux mères, aux filles, et elle l’a fait. Elle aura défendu son projet ÉCO (hydrogène vert) jusqu’au bout, mais sans réussir, je crois, à faire en sorte que quelqu’un comprenne de quoi il s’agit. Je souhaite une belle fin de vie à ÉCO, qui s’en va rejoindre d’autres grands projets électoraux, comme le « grand déblocage » du Parti québécois en 2018 et Pharma-Québec de Québec solidaire, au cimetière des initiatives politiques.

Gabriel Nadeau-Dubois a bien adapté son style au format. La passe d’armes entre lui et François Legault sur le « pays des merveilles » et les « décorations d’Halloween » était un avertissement aux autres que son sens de la répartie et de l’image était en grande forme. Il a répété ses meilleures interventions du premier débat, mais s’en sort un peu moins bien parce qu’il a été plus attaqué et aussi parce que, quand on répète les mêmes phrases, ça fait moins spontané.

Paul St-Pierre Plamondon avait la même stratégie que la semaine dernière : ne pas faire d’attaques personnelles et reconnaître que les idées des autres ont (parfois) du bon. Il a été peu mis à l’épreuve par ses adversaires et, jusqu’au dernier thème (la langue et l’identité), il était constamment en retard dans le temps de parole. Ça me fait croire que les autres partis ne voient pas le PQ comme une menace et qu’ils étaient très heureux de le laisser dans son coin. Toujours est-il que le chef du Parti québécois a mené son débat (comme sa campagne) avec compétence et qu’il s’est même payé le luxe de cuisiner le premier ministre sur l’indépendance à la toute fin, comme ultime appel du pied aux électeurs péquistes égarés.

Éric Duhaime semblait moins d’attaque que lors du premier débat. Sa rhétorique « moi contre les quatre autres partis » était efficace et on sentait revenir l’animateur de radio en lui quand il talonnait François Legault. Ce faisant, il courait le risque de paraître plus survolté que les autres… et j’ai l’impression qu’il n’a pas mis toute la gomme dans ses attaques justement pour ne pas susciter une comparaison défavorable. Le chef conservateur a tenu son rang dans les deux débats et a évité les grands pièges. C’était la suite de l’opération « dédiabolisation » de son image. Il doit maintenant transformer en votes les intentions — quelque part entre 14 % et 20 % — que les sondages lui accordent pour réellement atteindre son objectif : faire son entrée à l’Assemblée nationale.

Le second débat sert souvent à confirmer des impressions, parfois à freiner des tendances. Il a été, pour tous les chefs, réussi. L’aiguille ne devrait pas bouger d’un côté ou d’un autre, mais les performances d’hier permettront de consolider les acquis.

Je retiens que la question nationale a été réduite à une note de bas de page. Elle a été remplacée par l’environnement et les changements climatiques, thème qui a ouvert les deux débats. Il n’y a pas que les Québécois qui seraient « rendus ailleurs », comme le soutenait Bernard Drainville ; les diffuseurs aussi.

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