À propos d’hier soir

Ce fut une soirée difficile pour François Legault, mais plutôt réussie pour les quatre autres chefs, estime notre collaborateur, un ancien conseiller politique. Voici son bulletin. 

Martin Chevalier / La Presse Canadienne

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur de TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

François Legault a eu une longue soirée, jeudi, lors du Face-à-face de TVA. Pour un premier ministre sortant, c’est normal. La critique est portée sur le bilan ; les ratés, inévitables quand on gouverne, sont mis en évidence.

Reste que le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) ressemblait à un moteur diésel : plus long à démarrer. Il n’en sort pas en lambeaux, mais certains éléments devront être corrigés en vue du débat de jeudi prochain à Radio-Canada. J’écrivais plus tôt cette semaine qu’il souhaitait probablement un débat plate : ça a peut-être été cacophonique par moments, mais plate, jamais.

Dès le départ, Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, a déstabilisé François Legault avec une phrase qui devait être prête depuis un bout : « Vous voulez gérer l’environnement comme M. Duhaime aurait géré la pandémie. » Boum ! C’est concis, imagé et ça dit tout. Tout au long du débat, le visage du chef caquiste a été très expressif et semblait trahir le fond de sa pensée. Ses réponses sonnaient plus nuancées que ce que disaient ses sourcils. Il a souvent paru mal à l’aise. Si j’étais son conseiller, je proposerais à mon chef de visionner son débat. À la sortie du premier débat d’une campagne électorale, on se demande toujours si un copier-coller nous satisferait pour le second. Pour ma part, la réponse est claire : non. On voudra certainement faire plus, faire mieux, comme disent les caquistes. 

  • Sa phrase de la soirée, visant Éric Duhaime : « Vous avez tiré dans la chaloupe », à propos de la pandémie.

Dominique Anglade était, de manière surprenante pour celle qui doit sauver le Parti libéral du Québec de la débâcle, plutôt effacée au début du débat. Dans les périodes ouvertes à tous, elle attendait qu’on lui donne la parole. Lorsqu’elle la prenait, elle faisait montre de sa compétence, de sa maîtrise des dossiers. J’ai écrit qu’elle ne devait pas être trop technique. J’ai eu peur quand elle s’est lancée dans l’explication du projet ÉCO, sur l’hydrogène vert, dès la première minute. Mais elle s’est replacée et, tranquillement, s’imposait de plus en plus. 

Je reprends mon « test » : est-ce que les libéraux seraient satisfaits d’un copier-coller la semaine prochaine ? Je crois que oui.

  • Sa phrase de la soirée, visant François Legault : « Vous êtes en politique depuis 25 ans, ça ne peut pas toujours être de la faute de quelqu’un d’autre. »

Gabriel Nadeau-Dubois a été très égalitariste, fidèle au crédo solidaire : chacun de ses adversaires a reçu sa part de taloches. Que ce soit le premier ministre, attaqué sur l’environnement, ou la cheffe libérale, accusée d’avoir changé trois fois de position sur la loi 96 touchant la langue. Ou encore Éric Duhaime, qu’il a coincé sur un nouveau test des valeurs pour les immigrants. Il a su se démarquer. Il a (presque) heurté le mur Pierre Bruneau, qui l’a menacé d’éteindre son micro, mais il s’est ressaisi. J’écrivais qu’il devait cacher son côté baveux. C’est, à mon sens, réussi. Il prendrait lui aussi un copier-coller la semaine prochaine.

  • Il a été de l’échange de la soirée avec le chef conservateur quand il lui a proposé de se présenter comme gouverneur du Texas et qu’il s’est fait répondre du tac au tac par Duhaime que, lui, il ne l’insulterait pas en lui suggérant de déposer sa candidature à Cuba. J’avoue, j’ai applaudi la passe d’armes.

Paul St-Pierre Plamondon a continué de suivre son plan. D’abord, il n’a parlé que de ses propositions. Ensuite, il a parlé d’indépendance à maintes reprises, et a été le seul à le faire de manière offensive et décomplexée (après tout, Québec solidaire se dit aussi indépendantiste). Est-ce assez pour ramener quelques souverainistes qui se tiennent bien au chaud sous la tente caquiste depuis 2018 ? Possible. Est-ce que le Parti québécois sortira du bas du classement dans les sondages des prochains jours ? Non.

Je note que de nombreux commentateurs ont souligné sa posture d’ouverture envers les autres chefs et son désintérêt à porter des attaques ad hominem. Dans un moment où le climat s’envenime, cela peut constituer une posture intéressante pour beaucoup d’électeurs. Est-ce qu’on se satisferait d’un copier-coller ? Oui, deux fois oui.

  • Sa phrase de la soirée : « Je ne porte pas le poids de 45 ans de décisions prises par d’autres que moi. » Assumé, vous dites ?

Finalement, j’ai bien aimé la posture d’Éric Duhaime : le caquiste déçu. Ça lui permettait d’établir une liste de promesses brisées et de dire, chaque fois, exactement ce que pense son électorat. Que ce soit sur les listes d’attente pour voir un médecin, sur l’engagement de réduire la taille de l’État ou sur la gestion de la pandémie, il a pu, tranquillement, accuser le premier ministre. Il s’est mis la main sur le rond de poêle en se colletaillant directement avec François Legault sur la pandémie, mais quelque chose me dit qu’on ne l’y reprendra pas la semaine prochaine. Il a été calme, posé et n’a rien affirmé d’outrageant.

  • Sa phrase de la soirée : « On veut que l’État se serre la ceinture, pas les citoyens. »

Au fil de la soirée, j’ai vu poindre un affrontement direct entre deux visions. Celle de François Legault et celle de Gabriel Nadeau-Dubois. Ça me faisait penser à un combat entre un ours et un renard. L’ours est plus fort, personne n’en doute, mais le renard est plus agile. François Legault est encore le favori pour l’élection de 2022, mais je me demande s’il se projette aussi sereinement qu’avant vers l’avenir. Si c’est le cas, GND vient de virer en tête pour l’élection de 2026.

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