À qui profitera le retrait du PQ dans La Pinière ?

Fatima Houda-Pepin a eu son sommet de visibilité tout juste avant les élections, ce qui ne peut pas nuire, dit Alec Castonguay. «Mais il serait trop simple de penser que les votes du PQ dans le passé iront tous à elle en l’absence d’un candidat péquiste», ajoute-t-il.

La députée indépendante sortante de La Pinière, sur la Rive-Sud de Montréal, Fatima Houda-Pepin. (crédit photo: Jacques Boissinot / La Presse Canadienne)
Politique La députée indépendante sortante de La Pinière, sur la Rive-Sud de Montréal, Fatima Houda-Pepin. (Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne)

C’est la première fois de son histoire que le Parti québécois ne présente pas de candidat dans toutes les circonscriptions disponibles lors d’une élection générale (mis à part dans un comté en 1998, pour une raison purement technique). C’est dire si c’est rare.

Étant donné qu’il n’avait aucune chance de remporter La Pinière, fortement libérale — circonscription sur la Rive-Sud de Montréal, qui renferme notamment Brossard —, le PQ souhaite ouvertement faciliter la réélection de Fatima Houda-Pepin, qui a quitté le PLQ avec fracas en janvier dernier.

Voici comment le député Bernard Drainville explique cette décision :

«Le courage et l’engagement dont a fait preuve Fatima Houda Pepin dans le débat sur la charte est tout à son honneur. Je tiens à souligner particulièrement sa persévérance dans la lutte contre l’intégrisme religieux.»

Évidemment, La Pinière n’est pas le seul endroit où le PQ n’a aucune chance de l’emporter le 7 avril. Tous les partis ont leurs châteaux forts.

Cette annonce permet surtout au Parti québécois de reparler de la Charte de la laïcité, un sujet complètement éclipsé depuis le début de la campagne électorale (ce n’est pas pour rien si c’est Bernard Drainville qui a annoncé qu’il n’y aura pas de candidature), et de rappeler la crise qu’a vécu Philippe Couillard avec son ancienne députée il n’y a pas si longtemps. Une crise de laquelle le chef libéral était sorti amoché dans l’opinion publique.

Cela permet au PQ de changer la discussion politique pendant un moment, alors que depuis le début de la semaine, Pauline Marois a passé beaucoup de temps à improviser sur le thème du référendum et de la souveraineté, ce qu’elle ne souhaitait pas.

Maintenant, est-ce que l’absence du Parti québécois va permettre à Fatima Houda-Pepin de se faire réélire ?

Remporter des élections générales est très difficile pour des candidats indépendants. Les deux derniers à avoir réussi lors d’une élection générale provinciale sont Frank Hanley (dans Sainte-Anne, à Montréal) et Arthur-Ewen Séguin (dans Robert-Baldwin, à Montréal) en… 1966 ! Disons qu’une disette de 48 ans, ça montre que ce n’est pas très courant.

Voici les résultats dans La Pinière lors des deux dernières élections.

2012

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2008

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(Note: en ne présentant pas de candidat, le PQ se prive tout de même de quelques dollars par année, puisque le nouveau mode de financement des partis politiques prévoit que chaque parti obtient du Directeur général des élections la somme de 1,50 dollar par vote obtenu, par année. Ainsi, si on appliquait les résultats de 2008 en 2014, le PQ se priverait de 10 569 dollars par année.)

Combien de ces électeurs votaient pour le parti, et combien pour la candidate ? C’est toujours difficile à dire. Les spécialistes en sondages et en analyses des cartes électorales estiment généralement que le parti pèse beaucoup plus lourd dans le choix des gens que le candidat.

Mais chaque course est différente. Gaétan Barrette est très connu, candidat-vedette de la santé, mais aussi polarisant et vire-capot.

Fatima Houda-Pepin est députée depuis 1994. Elle a eu son sommet de visibilité tout juste avant les élections, ce qui ne peut pas nuire. Si quelqu’un peut mettre fin à la traversée du désert des indépendants, c’est elle.

Mais il serait trop simple de penser que les votes du PQ dans le passé iront tous à Fatima Houda-Pepin en l’absence d’un candidat péquiste.

Que ce soit Gaétan Barrette ou Fatima Houda-Pepin qui l’emporte, cette circonscription sera d’allégeance libérale et le député votera en conséquence à l’Assemblée nationale. Les électeurs péquistes maintenant orphelins sont certainement tentés d’infliger un camouflet à Gaétan Barrette, mais ils ne sont pas nécessairement près des valeurs et positions de Fatima Houda-Pepin pour autant.

Certains pourraient donc voter pour elle, afin de la soutenir ou la remercier d’avoir contribué au débat public. Mais d’autres, qui votent contre elle aux élections depuis 20 ans, vont juger qu’elle demeure une libérale.

Des souverainistes pourraient aussi se rabattre sur Québec solidaire, d’autres sur Option nationale. La CAQ, qui avait bien fait en 2012, ne fera probablement pas les mêmes résultats cette année, mais elle pourrait profiter de quelques votes également. Sans candidat de leur parti, certains vont annuler leur vote ou rester à la maison.

Au-delà du message que voulait envoyer le PQ aujourd’hui, il est impossible de prédire la redistribution du vote.

En entrevue, Fatima Houda-Pepin m’a dit la même chose: «Ce ne sont que des hypothèses impossibles à vérifier.»

Voici ce qu’elle m’a dit pendant notre conversation de quelques minutes au téléphone :

«Je n’ai pas demandé au PQ de ne pas présenter de candidat. Il le fait parce qu’il sait qu’il ne gagnera pas.»

«Dans le comté, j’ai déjà plusieurs électeurs de la CAQ ou du PQ qui votent pour moi, parce qu’ils aiment le travail que je fais.»

«Que ce soit clair, si je suis réélue, je vais représenter mon projet de loi 491 pour lutter contre l’intégrisme religieux. C’est le seul moyen de s’attaquer aux vrais problèmes. Je ne vais pas voter en faveur de la Charte du Parti québécois, qui s’en prend à des symboles et qui va trop loin.»

«Depuis 1994, je tisse des liens avec les gens de ma circonscription. Mais je ne veux pas présumer de leur vote. Je vais respecter leur choix, quel qu’il soit le 7 avril.»

* * *

À propos d’Alec Castonguay

Alec Castonguay est chef du bureau politique au magazine L’actualité, en plus de suivre le secteur de la défense. Il est chroniqueur politique tous les midis à l’émission Dutrizac l’après-midi (sur les ondes du 98,5 FM) et analyste politique à l’émission Les coulisses du pouvoir (à ICI Radio-Canada Télé). On peut le suivre sur Twitter : @Alec_Castonguay.

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11 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Avec 49% de vote libéral, c’est presqu’impossible à renverser. Même en supposant qu’elle en prenne un quart et qu’elle ait tous les votes péquistes, ce n’est pas assez
—-

Les conservateurs s’étaient tassés dans Portneuf pour laisser passer André Arthur.
Arthur a siégé pendant 6 ans à 165k par année. Un beau million dans la poche à s’assoeir à coté des rideaux. Pas mal pour un gars qui a passé toute sa carrière à dénigrer les politiciens

Monsieur Drainville qui est député de Marie-Victorin, une circonscription voisine de La Pinière ; a de toute évidence prix le parti de s’inviter dans la campagne électorale de cette circonscription, probablement parce que sa réélection dans son propre comté est tenue pour assurée par la plupart des observateurs.

Bernard Drainville apparait surtout comme une figure polémiste. Du moins c’est mon appréciation des choses. Nous avons tous lu ou entendu ses assertions à l’effet que le docteur Gaétan Barrette lui aurait personnellement déclaré qu’il avait voté « oui » au referendum de 1995. Lequel en plus se serait magasiné un poste de ministre de la santé avec les péquistes.

Tout vise à discréditer le docteur Barrette : souverainiste naguère, faisant dans le magasinage politique ensuite, caquiste un jour, puis libéral un autre jour. Lorsqu’à ma connaissance, il n’y a personne qui puisse corroborer ces affirmations de Bernard Drainville. Pas même Agnès Maltais semblerait-il ?

Pourquoi Gaétan Barette se serait confié au seul Bernard Drainville et à nul autre pareil ?

En entrevue, avec Patrice Roy, la question lui a été évidemment posée. Et monsieur Barette a admis qu’il était issu d’une famille souverainiste mais que lui avait voté « non » en 1995. Est-ce que la façon dont vous avez voté en 1995 est-elle fondamentale ? En quoi un choix de 1995 devrait-il vous suivre toute la vie comme une tache indélébile sur votre curriculum vitae ?

Les déclarations de monsieur Drainville qui soulignent : « Le courage et l’engagement dont a fait preuve Fatima Houda Pepin dans le débat sur la charte est tout à son honneur » ; visent une fois de plus à noyer le poisson, laissant planer auprès d’électeur moins avertis que madame Houda-Pepin serait une fervente admiratrice de la Charte, qu’en somme ce seraient les raisons véritables de son départ du caucus libéral.

Bien que madame Houda-Pepin soit aimée et appréciée de ses concitoyens, qu’elle soit très bien considérée partout sur la Rive-Sud. Bien qu’elle soit le parfait archétype d’une très bonne personne. Eh bien, la réalité est que cette élection s’est trouvée orientée depuis le début par un électorat traditionnellement péquiste qui veut la souveraineté comme choix et rien d’autre.

Le désistement présumé des péquistes (mais pas encore prouvé) de La Pinière, épaulé par la voix polémiste du député de la circonscription voisine, risque de faire plus de mal à madame Houda-Pepin que cela ne lui fera de bien. Car les électeurs de La Pinière voteront probablement comme partout ailleurs au Québec sur une question claire suivante : voulez-vous l’organisation d’un référendum sur la souveraineté au plus vite mené par le tandem « Péladeau-Marois » ou bien préférez-vous une équipe gagnante qui va s’occuper de tout le monde pour engranger, partager de la richesse, nous aider à vivre en santé et contribuer à créer des emplois ?

Ainsi en cette occurrence, l’homme de la situation dans La Pinière, devrait-être Gaétan Barrette !

Effectivement.

Au final, un vote pour Houda-Pepin sera un vote pour la séparation du Québec.

Bonsoir,madame Fatima Houda-PEPIN n’a plus de parti mais il y a un mais le Quebec tout entier est derriere elle .Merci pour avoir fait la lumiere sur la charte .

« …le Quebec tout entier est derriere elle . » (sic)

???

Z’avez des stats là-dessus?

« À qui profitera le retrait du PQ dans La Pinière? » (sic)

Certainement pas aux péquistes de ce comté abandonnés par leur propre parti.

Effectivement! C’est une insulte à ceux qui ont fait confiance au PQ qui se retropuvent aujourd’hui sans candidat, mais plutôt avec une recommandation de B. Drainville d’appuyer Madame Houda-Pépin. Le PQ se prend pour qui? le sauveur du Québec.

Le sondage du Devoir nous apprend ce matin que Barrette est le politicien le plus impopulaire au Québec et de loin. Y passe pas
J’ai l’impression qu’on va le cacher d’ici la fin de la campagne

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/402752/sondagel

@ Jack 2,

Vous faites référence au sondage du Devoir qui répond à la question suivante : « Avez-vous une bonne ou une mauvaise opinion des candidats suivants ? » Monsieur Barrette se trouve obtenir 48% de mauvaises opinons, de qui n’est pas exceptionnel, il faut en convenir.

Si ce n’est qu’il est suivi de peu avec 42% d’opinons défavorables pour monsieur Péladeau. Si vous analysez de manière plus précise le sondage, vous vous apercevrez certainement que les opinions favorables ou défavorables sont aussi proportionnelles à la notoriété publique des candidats. Ainsi pour Mario Lafranboise (Est-ce que vous le connaissez ?), 89% des répondants ne savent pas.

En ajout, 59% des répondants ne veulent pas de référendum sur la souveraineté, ce qui signifie que la majorité des électeurs peu importe le parti de leur choix ne choisissent pas un candidat dans le but de faire la séparation avec le Canada.

— Ne trouvez-vous pas que madame Marois devrait prendre prioritairement en compte que la plupart des gens n’en veulent pas ?

Enfin ce sondage a été effectué auprès de 1205 répondants dans toutes les régions du Québec. À ma connaissance pour le moment aucun sondage sur les intentions de vote des électeurs La Pinière n’a encore été effectué.

Ainsi une personne peut-être populaire et être battue lors d’une élection et inversement une personne peut ne pas être populaire et l’emporter dans un endroit donné. Autant que je sache, du moins je l’espère, corrigez-moi si je me trompe, une élection n’est pas à proprement parler un concours de popularité.

Le PQ dans le cas de La Pinière, n’ayant aucune chance de remporter l’élection, dans les circonstances, espère simplement ainsi ne pas contribuer à diviser le vote.
Bernard Drainville a précisé clairement qu’il sait que Mme Pépin n’est pas pour la charte telle que présentée par son parti. Simple précision pour ceux qui ont commencé à ce qu’il semble, de souffrir d’Alzheimer.

J’ai d’ailleurs hâte de constater si le docteur Barette mordra pour une deuxième fois la poussière d’une défaite. Ce que j’espère d’ailleurs. Mais aussi je serai curieux dans un tel cas, à la prochaine élection, s’il aura l’audace d’accepter de briguer un siège sous la bannière du PQ ? Et évidemment si le PQ l’autoriserait à le faire…ce qui ne me surprendrait pas du tout alors.

Le très crédible docteur Barette, possède une clinique privée spécialisée et que c’est aussi, de tout temps, un de ses principaux chevaux de bataille, de présenter comme une solution la création de beaucoup de cliniques privées…même si le docteur Couillard nous dit qu’il est contre le privé en Santé au Québec.
Les politiciens ne sont pas à une contradiction près !
Ils sont d’ailleurs les seuls humains à pouvoir dire un message différent de chaque côté de la bouche en même temps.
Pour ceux qui ne seront pas victorieux: le Cirque du Soleil est toujours à la recherche de nouvelles sensations !!!