Accurso : la croisière s’amuse aux dépens de Duchesneau

En 1999, Tony Accurso ne pouvait pas savoir ce qu’il adviendrait de la carrière publique de Jacques Duchesneau. Il n’avait aucun intérêt immédiat à éponger ses dettes de campagne, encore moins pour 250 000 dollars.

Le pied de nez de Tony Accurso à la commission Charbonneau n’en finit plus.
Politique

Mardi, l’entrepreneur accusé de fraude a demandé à la commission un nouveau délai pour retrouver la trace d’un hypothétique chèque de 250 000 dollars qu’il aurait fait, en 1999, pour éponger les dettes de la campagne à la mairie de Montréal de l’ancien chef de police Jacques Duchesneau.

L’histoire avait fait grand bruit lors du témoignage d’Accurso. L’entrepreneur, se décrivant lui-même — avec fierté — comme un «témoin hostile», avait sorti ce lapin du chapeau à la toute fin de son témoignage à la commission, en septembre 2014.

Son attitude était déjà étrange. Le timonier du Touch avait passé la semaine à ménager ses «gros» et ses «petits» contacts dans cette mer infestée de requins mafieux qu’est l’industrie de la construction.

Il ne s’était cependant pas privé du plaisir d’éclabousser Jacques Duchesneau, l’auteur d’un premier rapport accablant sur les maux de l’industrie, alors qu’il dirigeait l’Unité anticollusion (UAC) du ministère des Transports. Ce rapport a chamboulé irrémédiablement les mœurs d’une industrie habituée au ronron de la collusion et du financement politique illégal.

Accurso avait frappé à la bonne porte. La commission éprouvait un certain dédain à l’égard du rapport Duchesneau, et ses procureurs avaient profité du passage de «Monsieur Net» pour discréditer ses méthodes.

Il n’y a pas d’amour perdu entre la commission et Jacques Duchesneau. Les dénonciations de l’un de ses proches collaborateurs, Sylvain Tremblay, n’ont rien fait pour rapprocher les deux clans.

Dans une entrevue exclusive qu’il m’avait accordée, l’ex-policier Tremblay affirmait que la commission a négligé des preuves importantes sur le financement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ). L’UAC avait d’ailleurs dirigé la commission vers un témoin important, qui aurait été en mesure de relier Marc Bibeau (administrateur de Schokbéton et argentier du PLQ), Pierre Bibeau (un militant libéral de longue date et employé de Loto-Québec) et Tony Accurso. Ce témoin n’a pas été entendu.

En dépit du caractère hautement improbable des accusations de Tony Accurso, la commission Charbonneau lui a accordé un nouveau délai, jusqu’au 23 juillet, pour trouver ce fameux chèque.

Si les 10 derniers mois n’ont pas suffi à Tony Accurso pour retrouver le document, à quoi bon lui donner un autre délai de trois semaines ? D’ailleurs, si le chèque existe, il y a de fortes chances qu’il soit entre les mains des policiers (qui ont mené de nombreuses perquisitions chez Tony Accurso, de même qu’au sein de ses entreprises).

Le procureur de la commission, Simon Tremblay, a dit qu’il avait bon espoir de retrouver le chèque dans les cartons de Revenu Québec. Si tel est le cas, il est incompréhensible que l’agence ait attendu tout ce temps avant de faire cette recherche élémentaire.

L’histoire reste hautement suspecte. En 1999, Tony Accurso ne pouvait pas savoir ce qu’il adviendrait de la carrière publique de Jacques Duchesneau. Il n’avait aucun intérêt immédiat à éponger ses dettes de campagne, encore moins pour 250 000 dollars. La somme du prétendu pot-de-vin est astronomique, même selon les normes contemporaines. Les 250 000 dollars de 1999 valent, en dollars constants, quelque 342 000 dollars.

Des enveloppes brunes de cette épaisseur font partie de la légende dans le monde municipal.

Contrairement à Tony Accurso et à la commission Charbonneau, Jacques Duchesneau a fait ses devoirs. Il a retrouvé une liasse de documents, que j’ai pu parcourir à l’époque.

Des relevés de comptes bancaires, des documents hypothécaires et une déclaration assermentée de son ancien directeur de campagne contredisent la thèse d’Accurso. Il est pour le moins étonnant que cette affaire ne soit pas encore réglée. La croisière s’amuse aux dépens de Jacques Duchesneau.

Les commentaires sont fermés.

La «croisière» s’amuse? Mais de quelle «croisière» s’agit-il donc? Espérons qu’il ne s’agisse pas d’un «remake» du Costa Concordia, ce gros navire dont le capitaine n’a eu rien de mieux à faire que d’aller s’échouer quelque part au large de la Toscane. Bien sûr, la Calabre d’où est issue la famille Accurso, est pas mal plus au sud, mais quand même, c’est aussi un coin où naviguer trop près des côtes peut receler quelque danger. 🙂 .

On ne cesse de décortiquer les « révélations » de la Commission Charbonneau, qui n’était en fait qu’un spectacle pour satisfaire la plèbe (panem et circenses). Toutes les recommandations dont accouchera la Commission auraient pu être conçues par un comité dont les membres auraient été capables de réflexion, dont on aurait exclu par conséquent les faiseurs d’opinion, les célébrités et les politiciens. Pour le reste, toute cette saga se déroule sur un gros bateau ivre, qu’on l’appelle le « Touch » ou « Médias d’information ».

Voici déjà quelques mois ou peut-être une année, sur cette même tribune, j’avais exprimé de sérieuses réserves quant à la nécessité de faire témoigner en audiences publiques, monsieur Accurso. L’homme c’était de toute évidence très bien préparé à l’exercice, en incluant d’ailleurs sa coupe de cheveux soignée et ses costumes de très bon goût, bien taillés. Disons-le : il a donné tout un spectacle. Supérieur à mes attentes.

À merveille, il a su discréditer et ridiculiser cette Commission Charbonneau et en prime, il nous a livré Duchesneau, tout en restant affable, aimable, articulé et même je dirais un brin sympathique. Bravo monsieur Accurso ! Vous êtes un vrai dur à cuire et même un génie !

Finalement, je pense que la présence de monsieur Accurso lors de l’audience était à propos, contrairement à mes estimations passées. Car il a démontré avec quelques autres (n’était-il pas question de Bernard Gauthier la semaine passée ?) qu’avec ou bien sans Commission, pour les gens de la profession, c’est « business as usual » ; nous voici donc rassurés, j’avais peur que cette industrie gâtée ne se retourne inéluctablement pour embrasser au bénéfice du bien public, tous ces modèles édifiants que peuvent être : la probité, la pratique de la vertu, la transparence, l’équité et bien sûr l’honnêteté.

Nous savons donc désormais, pour celles et ceux qui en doutaient, que le vice devrait continuer de prospérer, quoiqu’il en soit avec d’autres ou mieux encore avec les mêmes transfigurés ou lavés de tous soupçons grâce aux bons offices de la Commission.

— Alléluia !