Achats militaires : pour en finir avec les dérapages

Échaudé par les controverses entourant les achats militaires, notamment celui des chasseurs F-35, le gouvernement conservateur réévalue en ce moment l’ensemble du processus d’acquisition d’équipement des Forces canadiennes.

Photo : Forces canadiennes

L’enjeu est de taille, car la Défense nationale prévoit que ses achats s’élèveront, d’ici 20 ans, à 240 milliards de dollars. Bien garnie, la liste d’épicerie comprend des navires de guerre, de l’équipement de protection pour les soldats, des avions de chasse et de surveillance maritime, des véhicules blindés, etc.

En ce moment, trois ministères se partagent la responsabilité de ces acquisitions. La Défense nationale s’occupe de définir les besoins ; les Travaux publics gèrent les appels d’offres ; et Industrie Canada voit à maximiser les retombées économiques.

Ces ministères ont du mal à bien évaluer les risques, les coûts et les délais de livraison d’un projet d’acquisition. Leur bilan est accablant : fiasco du chasseur F-35, retards dans l’achat des avions de recherche et sauvetage, dépassements de coûts dans l’achat d’hélicoptères maritimes… À ce palmarès s’ajoute l’achat de 15 navires de guerre, 8 navires de patrouille extracôtiers et 2 bateaux de ravitaillement, dont la facture de 28 milliards de dollars pourrait grimper de 10 à 14 milliards !

Le sous-ministre des Travaux publics, Tom Ring, vient de proposer au Conseil des ministres deux voies pour améliorer le processus d’achat. La première : créer un organisme unique regroupant les 7 000 employés qui s’occupent des achats militaires dans les trois minis-tères, à la tête duquel un seul ministre aurait des comptes à rendre. La deuxième : créer un secrétariat ponctuel pour chaque grand projet, afin de faciliter la coopération entre les ministères.

Mais est-ce suffisant ? En Australie et en Grande-Bretagne, la création d’un organisme unique n’a pas résolu tous les problèmes de retards et de dépassements de coûts. Au Canada, des voix s’élèvent pour réclamer une enquête afin de faire la lumière sur les dérapages des dernières années, tant sous les libéraux que les conservateurs. « L’idée de créer une structure autonome est intéressante. Mais on doit tirer des leçons des échecs passés afin de ne pas mettre en place un organisme qui ne fasse que reproduire les mêmes erreurs », affirme Christine Moore, porte-parole du NPD en matière de défense.

La décision finale du gouvernement ne viendra pas avant plusieurs mois, mais au sein des fonctionnaires, de l’industrie militaire et des spécialistes de la défense, la réflexion est déjà bien amorcée.

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