Alexandre Boulerice ne veut pas être « le dernier des Mohicans »

En entrevue avec l’équipe du balado Esprit politique, le député du NPD aborde la réalité du parti au Québec à la suite de la défaite dans Outremont, les prochaines étapes pour relancer la formation avant les élections et la montée du Parti vert.

Photo : La Presse canadienne

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice regarde l’état de son parti au Québec, avec la baisse des intentions de vote dans les derniers mois, et affirme qu’un coup de barre s’impose s’il ne veut pas devenir le seul survivant du NPD dans la province au lendemain des prochaines élections, le 21 octobre.

« Je n’ai pas l’intention d’être le dernier des Mohicans ! lance-t-il en entrevue à L’actualité. J’aimerais avoir une belle gang de députés néo-démocrates québécois avec moi le 22 octobre et je suis sûr que c’est possible. »

Pour ne rien manquer de l’actualité politique, écoutez Esprit politique, un balado présenté par Marie-France Bazzo, avec Alec Castonguay, Philippe J. Fournier et Mathieu Charlebois… et un invité différent à chacun des épisodes !

Le député de Rosemont–La Petite-Patrie depuis 2011 soutient que sa formation politique doit toutefois changer d’approche au Québec. « Il va falloir prendre le taureau par les cornes, être plus tranchant, plus clair sur certains enjeux pour mieux passer notre message, dit-il. Je suis convaincu qu’on sera en mesure de le faire. La semaine prochaine, Jagmeet Singh sera à Montréal pour une annonce importante sur notre approche avec le Québec et nos propositions pour le Québec. C’est dans les cartes. On veut bouger et lancer des messages aux Québécois. »

Alexandre Boulerice était l’invité d’Esprit politique, le balado de L’actualité animé par Marie-France Bazzo, qui analyse et commente les événements politiques à Québec et à Ottawa — avec la collaboration d’Alec Castonguay, Philippe J. Fournier et Mathieu Charlebois. L’équipe du balado reçoit régulièrement des invités pour ajouter du relief à la discussion (Brigitte Legault, Dominique Anglade, Catherine Fournier, Yves-François Blanchet, Éric Montigny et Vincent Marissal se sont succédé jusqu’à présent). Cette semaine, au lendemain des élections partielles tenues le 25 février, Alexandre Boulerice était l’invité.

Le lieutenant politique de Jagmeet Singh au Québec affirme que les résultats dans les trois élections partielles lui ont laissé un « sentiment partagé », alors que le NPD a échappé la symbolique circonscription d’Outremont, détenue par Thomas Mulcair depuis 2007, mais a réussi à faire élire son chef, Jagmeet Singh, dans Burnaby-Sud, en Colombie-Britannique.

« On est très content que Jagmeet fasse son entrée à la Chambre des communes, dit-il en entrevue. Ce sera l’occasion de poser des questions directement au premier ministre Trudeau, de lui demander des comptes pour les promesses brisées des libéraux et le fait qu’ils ne “livrent pas la marchandise” dans plusieurs domaines, notamment l’environnement et la réconciliation avec les autochtones. Dans Outremont, on aurait espéré un meilleur résultat et conserver la circonscription, mais en même temps, personne ne se faisait trop d’illusions : il y a une forte tradition libérale dans cette circonscription. Julia Sanchez était une super-candidate. Elle a fait une belle campagne, mais on a été surpris par la poussée du parti vert, qui est arrivé troisième. »

Cette montée des verts, avec leur candidat Daniel Green, a surpris le NPD dans Outremont — qui a récolté 26 % des votes, contre 12,5 % pour le Parti vert du Canada. Sans des résultats aussi forts des verts, le NPD aurait pu chauffer davantage la candidate libérale, qui l’a emporté avec 40,4 % des voix.

Ailleurs au pays, le Parti vert du Canada récolte également une part plus importante des intentions de vote qu’auparavant. Si le Parti conservateur est menacé sur son flanc droit par le nouveau parti de Maxime Bernier, le NPD est attaqué sur son flanc environnemental par le Parti vert, qui gruge ses appuis. Le sourire est facile chez les verts au pays depuis quelques mois, alors qu’il y a maintenant 10 députés verts au Canada (au fédéral et dans les provinces), un record.

Alexandre Boulerice est bien conscient de cette nouvelle menace. « On peut nous aussi être sur le terrain de l’environnement, dit-il. On doit l’être. Il y a urgence pour le climat et on ne va pas abandonner le sujet. C’est un angle d’attaque qu’on peut utiliser facilement depuis que les libéraux ont acheté un vieux pipeline à 4,4 milliards de dollars, celui de Trans Mountain. Contrairement aux verts, on va mettre en œuvre plusieurs mesures sociales qui vont nous distinguer à la fois des verts et des libéraux. Qu’on pense à une assurance médicaments publique et universelle, un salaire minimum à 15 dollars l’heure, la protection des pensions… On a notre utilité, je le constate chaque jour au Parlement. »

Les verts et les libéraux ont des faiblesses que le NPD peut exploiter, a-t-il soutenu en entrevue. « On a notre place. Qui va insister pour que le gouvernement fédéral investisse rapidement dans le logement social ? Le Parti vert ne va pas en parler. Les libéraux vont en parler, mais ils vont faire un plan sur 11 ans avec de l’argent disponible seulement dans deux élections, alors ça ne règle pas les problèmes. Les libéraux ont des faiblesses par rapport à l’environnement, ils ont brisé des promesses, comme celle sur la réforme du mode de scrutin. »

Alexandre Boulerice a bien l’intention de se présenter aux prochaines élections, contrairement à plusieurs de ses collègues, qui ont annoncé leur départ. « Je suis un militant, un homme de gauche avant tout. Je suis un progressiste, et être député, c’est une manière d’être un acteur dans le débat public, d’offrir un choix aux citoyens. J’ai toujours cette flamme. J’ai pris ma carte du NPD avant que Jack Layton soit chef. J’ai encore la même énergie. »

Il estime que beaucoup de Québécois « se reconnaissent dans notre mouvement en faveur de la justice sociale et d’un certain socialisme démocratique », estime Alexandre Boulerice.

Il se dit heureux que son chef, Jagmeet Singh, puisse enfin se faire valoir aux Communes. « Je suis très heureux qu’il ait gagné dans Burnaby-Sud. Il ne vient pas de là, alors c’était un pari et il l’a remporté haut la main. J’ai hâte de le voir poser des questions au premier ministre. Je suis fier aussi d’avoir, pour la première fois de l’histoire des partis fédéraux, un chef “racisé” qui va siéger aux Communes. Je pense qu’il va tirer son épingle du jeu. C’est l’occasion de briller et de se faire voir et valoir. »

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En plus de l’entretien avec Alexandre Boulerice, le nouvel épisode du balado Esprit politique vous offre l’analyse des trois récentes élections partielles, les leçons à retenir pour le gouvernement Legault de son revers devant les tribunaux en matière d’immigration, un coup d’œil aux sondages pancanadiens et à la chute de Trudeau dans la foulée de la controverse SNC-Lavalin, et le segment d’humour de Mathieu Charlebois sur la volonté de Québec d’augmenter l’âge légal de la consommation de cannabis à 21 ans. Et plus encore ! Bonne écoute.

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Encore une fois Alec Castonguay fait comme si le Bloc n’existait pas. Ce dernier a quand même gagné 2 % dans Outremont dans un milieu qui ne lui était pas favorable. Il y a fort à parier que le Parti vert fera patate dans la grande majorité des autres circonscriptions québécoises tout comme le NPD. Qu’ont à dire les Verts sur les contrats navals, sur Muskrat Falls, sur les quotas d’immigration, sur la déclaration de revenus unique, sur les signes religieux? Les Verts, comme les néo-démocrates, comme les conservateurs, doivent suivre la ligne de parti qui est toujours déterminée par une majorité anglo-canadienne. Ils sont un miroir aux alouettes.

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