Alliances électorales : une mauvaise bonne idée

Parmi les aspirants à la succession de Jack Layton, un seul s’intéresse ouvertement et activement à un éventuel rapprochement entre les néo-démocrates et les libéraux.

Photo : Fred Chartand/PC

Dans le cadre de sa campagne, le député de la Colombie-Britannique Nathan Cullen fait la promotion d’une alliance NPD-PLC aux prochaines élections fédérales.

S’il devenait chef le 24 mars, Cul­len proposerait qu’un seul candidat – libéral ou néo-démocrate – se présente dans les 166 circonscriptions remportées par le Parti conservateur le 2 mai dernier. Jusqu’à présent, son idée l’a confiné dans la catégorie des can­didats de second plan, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons.

Comme chef néo-démocrate, Jack Layton s’est distingué par son ouverture à la négociation d’arrangements divers pour rapprocher le parti du pouvoir. Jus­qu’aux dernières élections, le NPD était à la remorque du PLC dans ce débat. Maintenant que le parti est aux commandes de l’oppo­sition officielle, les prin­cipaux candidats à la succes­sion semblent davantage intéressés par la poursuite d’une lutte sans merci contre le PLC que par la recherche de façons de cohabiter.

On préfère raconter à la base militante ce qu’elle veut entendre, c’est-à-dire que pour arriver au grand soir, le NPD n’a pas besoin de mettre de l’eau dans son vin. C’est dommage, parce que le prin­cipal mérite de la proposition de Cullen aurait été de susciter une discussion sérieuse sur diverses pistes de règlement de la division chronique de l’électorat progressiste, division qui risque d’assurer le succès du Parti conservateur dans un avenir prévisible.

Sur le fond, par contre, la formule qu’avance Cullen ne résiste pas à l’épreuve de la réalité.

Si le NPD et les libéraux l’avaient adoptée pour faire front commun contre le Bloc québécois aux dernières élections, par exemple, les néo-démocrates n’auraient pas eu besoin d’autant de « poteaux ».

Dans un système où le candidat local aurait été choisi au suffrage des membres des deux partis dans chaque circonscription, le parti fantôme qu’était le NPD en région n’aurait pas souvent fait le poids contre les libéraux, même dans leur état anémique actuel.

Mais dans une telle situation, les électeurs bloquistes qui ont été séduits par la campagne de Jack Layton auraient-ils vraiment considéré un vote pour Michael Ignatieff comme un exutoire acceptable pour manifester leur enthousiasme pour le NPD ?

En Ontario, pendant la dernière semaine de la campagne, la perspective d’une percée néo-démocrate a incité une frange importante d’électeurs libéraux à se jeter dans les bras du PC. Ils préféraient voir Stephen Harper rester au pouvoir plutôt que d’ouvrir la voie à un gouvernement fédéral dirigé par le NPD.

Dans le plan de Cullen, les électeurs de plus de la moitié des circonscriptions du Canada n’auraient pas la possibilité de choisir entre le PLC et le NPD. Malgré cela, il prévoit que les deux partis proposeraient des programmes différents et que leurs chefs croiseraient le fer à l’occasion des débats télévisés.

La proposition de Nathan Cullen repose sur l’hypothèse – foncièrement douteuse – qu’un électeur est progressiste avant d’être libéral ou néo-démocrate, et que cela suffit pour surmonter aussi bien le peu d’enthousiasme envers un chef que des diver­gences importantes à l’égard des politiques de son parti.

Au Québec, la même théorie des vases communicants sous-tend l’idée d’une alliance électorale entre le Parti québécois et Québec solidaire. En dépit de leur appartenance commune au courant souverainiste, les deux formations diffèrent pourtant sur des sujets fondamentaux. Sur la gestion de l’économie, par exemple, le PQ est franchement plus près du PLQ que de Québec solidaire.

Sur ce front, et à l’instar des sympathisants libéraux ontariens qui ont finalement voté pour Harper le 2 mai dernier, une partie de l’électorat péquiste est plus susceptible de s’identifier au crédo de la Coalition Avenir Qué­bec, de François Legault, qu’à celui de Québec solidaire.

Au Canada comme au Québec, proposer une alliance électorale qui ne repose pas au minimum sur un programme commun de gouvernement, c’est un peu comme dire à quelqu’un qui se cherche un vélo que la façon d’y arriver passe par un bail de location d’auto.

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