Anciens combattants : une cause perdue pour les conservateurs

Le ministre des Anciens combattants, Julian Fantino, est une fois de plus au cœur de la tourmente. L’opposition demande sa tête, et bon nombre d’ex-militaires l’ont pris en grippe… mais Stephen Harper le défend malgré tout, explique Manon Cornellier.

PolitiqueLe ministre des Anciens combattants, Julian Fantino, est une fois de plus au cœur de la tourmente. L’opposition demande sa tête, et bon nombre d’anciens militaires l’ont pris en grippe.

Malgré cela, le premier ministre Stephen Harper le défend et vient à sa rescousse en lui envoyant, pour le seconder, l’ancien chef d’état-major Walter Natynczyk et un membre de son bureau, Stephen Lecce — le premier au poste de sous-ministre et le second comme chef de cabinet intérimaire.

M. Harper prend la défense de son ministre, parce que ce dernier est bon soldat et fait exactement ce qu’on attend de lui. Il ne le fait pas bien, mais il le fait. Alors, malgré ses accrochages avec d’anciens combattants ou la conjointe d’un vétéran de la guerre en Afghanistan, il est toujours là.

Plusieurs le tiennent responsable du froid qui s’est installé entre les conservateurs et cette clientèle qui leur était autrefois acquise, mais en vérité, la faute en revient d’abord au gouvernement, qui a pris des décisions qui ont choqué les vétérans — en particulier ceux responsables des missions dans les Balkans et en Afghanistan.

Depuis 2006, le gouvernement a beaucoup investi, il faut le dire, dans les soins en santé mentale pour les militaires et les anciens combattants. Il reste malgré tout proche de ses sous, au point d’avoir l’air radin.

Il persiste, par exemple, à vouloir que les psychologues, psychiatres et autres spécialistes en santé mentale que le ministère de la Défense embauche soient des civils, écrit le Globe and Mail.

Cela lui coûte moins cher, mais lui pose un gros problème. Très peu acceptent de postuler dans les cliniques situées sur des bases plus isolées. Le ministère songerait à revoir son approche, mais ce n’est pas fait encore et entre-temps, des militaires n’ont toujours pas accès aux services dont ils ont besoin.

Autre pomme de discorde : la nouvelle Charte des anciens combattants, adoptée à l’unanimité par le Parlement en 2005 (sous les libéraux, donc) et mise en œuvre par les conservateurs. Cette charte a de grandes qualités, dont celle de mettre l’accent sur la réadaptation et la réintégration à la vie civile des vétérans handicapés ou souffrant de problèmes de santé mentale.

Elle a toutefois un énorme défaut. Le soutien financier offert aux vétérans frappés d’incapacité physique ou mentale en laisse un grand nombre plus mal en point que le système antérieur.

Selon un rapport publié en juin par l’ombudsman des vétérans, 48 % de ceux qui sont frappés d’incapacité totale et permanente ne reçoivent pas l’allocation pour déficience permanente, tandis que celle versée aux autres est souvent insuffisante, même après des correctifs apportés par le gouvernement et un jugement favorable aux vétérans.

Aussi, d’après une analyse actuarielle préparée pour l’ombudsman, les vétérans qui y perdent au change avec le nouveau système sont, entre autres, les vétérans qui touchent une faible solde avant d’être libéré de l’armée, ceux qui ont une famille, ceux qui ont un degré d’invalidité élevé et ceux qui sont de sexe féminin.

Le gouvernement n’a pas fermé la porte à de nouvelles améliorations, puisqu’il a donné carte blanche à ses députés lorsque le comité des anciens combattants a entrepris une étude de cette charte. Le rapport unanime publié en juin dernier multipliait les recommandations pour que le gouvernement fasse mieux et davantage.

Mais les messages sont contradictoires, d’où la méfiance. Une poignée de vétérans, désavantagés par le nouveau système, s’est tournée vers les tribunaux pour exiger réparation. Leur principal argument est que le gouvernement ne respecte pas ses obligations morales à leur endroit.

Ottawa — qui conteste même le fait que la cause soit entendue — a répliqué en affirmant, dans son mémoire déposé auprès de la Cour d’appel de la Colombie-Britannique, que les déclarations citées par la poursuite «étaient des discours politiques et non des engagements solennels».

À cela s’ajoutent les 167 millions de dollars en crédits inutilisés l’an dernier par le ministère, alors que les besoins des vétérans qui souffrent de problèmes de santé mentale sont criants. On a aussi appris que près de 1 000 postes ont aussi été éliminés dans ce même ministère depuis 2009.

Le premier ministre ne voit pas le problème, puisque le gouvernement, a-t-il dit cette semaine, a «réaffecté à la prestation des services des ressources qui étaient consacrées à d’obscures tâches administratives de bureaucrates».

Comme si les services n’étaient pas offerts par des fonctionnaires soumis à d’«obscures» contraintes administratives ! Et ce qu’il omet de dire est qu’environ la moitié des postes ont été retranchés dans le Programme de soins de santé et services de réinsertion, a noté le Halifax Chronicle Herald.

Sauf qu’Anciens Combattants Canada a dû fermer neufs bureaux régionaux qui servaient les vétérans. Le gouvernement les invite maintenant à se tourner vers les points de service de Service Canada, plus nombreux.

Mais il y a un hic. Ces derniers n’ont pas l’expertise pour naviguer dans le labyrinthe des programmes qui s’adressent aux vétérans.

L’annonce d’un investissement de 200 millions de dollars dans les soins en santé mentale pour les vétérans, faite avant la publication du rapport du vérificateur général, la semaine dernière, aurait pu adoucir les angles. Sauf que… On a ensuite appris que plus de 150 des 200 millions de dollars promis ne seraient pas versés sur cinq ou six ans, comme on l’avait laissé entendre, mais… sur 50 ans !

Depuis, le ministre est dans l’eau chaude. Il n’était pourtant pas seul à cette conférence de presse. Deux autres ministres l’accompagnaient. Et ce n’est pas lui qui a écrit le communiqué de presse et les documents d’information qui ont alimenté le malentendu. Pour ce genre d’annonces, le bureau du premier ministre a la main haute sur tout.

M. Fantino étant le maillon faible dans cette affaire, il sert maintenant de paratonnerre. C’est sa tête que l’opposition réclame pour sanctionner l’ensemble de l’œuvre du gouvernement, ce qui épargne pour l’instant les autres ministres et le premier ministre.

Et même si M. Harper sacrifiait rapidement M. Fantino, il serait trop tard pour rétablir les ponts avec les anciens combattants. Le mal est fait, et ce ne sont pas les millions qu’on se prépare à dépenser en publicité qui y changeront quelque chose, car les politiques en place, elles, resteront les mêmes.

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À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Quand on lit ça, le coeur nous lève! Les FONCTIONNAIRES, LES DÉPUTÉS ET LES MINISSS, EUX, VONT AVOIR UNE BELLE PENSION, SANS RISQUER LEURS VIES. Les militaires qui ONT RISQUÉS LEURS VIES, QUI sont maintenant MALADES OU HANDICAPÉS, EUX, SONT JETÉS COMME DES VIEUX KLEENEX ET N’AURONT DROIT QU’À DES MIETTES (50% DE LEUR PENSION. NON MAIS ILS NOUS PRENNENT VRAIMENT POUR DES CAVES!!!
DE PLUS, ILS VONT AVOIR LE FRONT DE DEMANDER AUX MILITAIRES DE RETOURNER SE BATTRE CONTRE L’ÉTAT ISLAMIQUE? JE PEUX-TU VOUS DIRE QUE LES POLITICAILLEUX VONT MANGER UN CHAR (BLINDÉ) DE MARDE!!!!
ET APRÈS, ILS VONT SE PLAINDRE QUE L’ARMÉE CANADIENNE DIMINUE D’EFFECTIF. ILS N’AURONT QU’À S’EN PRENDRE À EUX-MÊMES!!!!
SI LE PREMIER MINISSSS DONNERAIT L’ARGENT QUE LES MILITAIRES OU LES EX-MILITAIRES MÉRITENT D’AVOIR, IL EN AURAIT DU MONDE QUI S’ENRÔLERAIT, IL EN AURAIT UNE ARMÉE EN BONNE SANTÉ. EN ATTENDANT, LES POLITICAILLEUX, REPORTEZ-VOUS AU 2E PARAGRAPHE… C’EST-TU ASSEZ CLAIR?

Personnellement, je crois que le gouvernement conservateur et le premier ministre Harper en particulier ne reprochent qu’une seule chose aux vétérans: Ils sont revenus et sont encore vivants!!! Il aurait été beaucoup plus économique et politiquement rentable de simplement leur remettre une médaille à titre posthume et d’inscrire leurs noms sur une épitaphe ou un monument quelconque. Cela semble sans doute cynique mais je suis convaincu que c’est ce qu’ils pensent car vous n’avez qu’à constater la façon dont ils traitent les gens qui sont leurs concitoyens ou le sont-ils?