Apprendre à vivre en temps de guerre

Choquante, la guerre? Triste, la mort du soldat? Ben justement, c’est la guerre! Il serait temps que le Canada sorte de son innocence…

Je suis bien d’accord avec les partis d’opposition : il faut se débarrasser du ministre de la Défense, Gordon O’Connor. Mais cela ne réglera rien, pas plus que le retrait des troupes canadiennes d’Afghanistan. Depuis le 11 septembre 2001 — et notre engagement à poursuivre les talibans sur leur propre territoire —, nous sommes dans un nouveau type de conflit.

Il a par exemple fallu rééquiper l’armée canadienne, renforcer le blindage des véhicules et, surtout, acheter de nouveaux chars d’assaut, puis apprendre à nos soldats à s’en servir sur le théâtre même des opérations. La nécessité était tellement évidente qu’on n’a presque pas entendu de protestations contre ces dépenses qui finiront par dépasser les 20 milliards de dollars. La seule querelle à surgir fut celle qui portait sur les retombées économiques de ces contrats, qu’en d’autres temps on eût appelés « les contrats du siècle » !

Comme dans toute guerre digne de ce nom, il arrive que nos valeureux soldats fassent des prisonniers. (Merci, mon Dieu, qu’aucun des nôtres n’ait encore été pris par les talibans…) Mais les prisonniers sont une nécessité : comment connaître les intentions de l’ennemi si l’un d’eux ne parle pas ?

La première fois qu’elles ont fait des prisonniers, en 2002, les Forces spéciales canadiennes les ont remis aux Américains. L’opinion publique s’émut alors du sort de ces Afghans confiés aux Américains. Puis, lorsque le Canada a pris en charge la région de Kandahar, il a signé un accord avec l’armée du pays pour le « traitement » des prisonniers.

Comment pensait-on que ceux-ci seraient traités ? Certes, la convention de Genève offre des garanties aux vaincus. La population canadienne, peu au fait des ententes internationales, s’imagine que les talibans capturés jouissent du même traitement que n’importe quel suspect aux mains de la Sûreté du Québec. Mais comment croit-on que les interrogatoires sont menés dans les prisons militaires afghanes ? Quelquefois, il est urgent d’obtenir des aveux, ou des renseignements, pour sauver la vie des soldats. Alors, ça tabasse plutôt fort. Si c’est dans les habitudes de certains policiers afghans de bousculer un peu le prisonnier, pense-t-on qu’ils changeront de méthode pour satisfaire les Canadiens ?

La seule solution serait que les Canadiens eux-mêmes ouvrent des prisons. Dieu nous en garde ! Pense-t-on que les interrogatoires y seraient plus civilisés ? Et une fois qu’on aurait soutiré tout ce qu’on peut des talibans, que ferait-on d’eux ? Puisqu’il ne serait pas question de relâcher ceux qui sont coupables de terrorisme, où les ramènerait-on ? Qui les jugerait ? La guerre est sale. Toute guerre est sale. Et après un demi-siècle à jouer les bons soldats dans des opérations de maintien de la paix, les Canadiens doivent maintenant réapprendre à se salir…

Les généraux n’avaient manifestement pas prévu cette polémique au sujet des talibans capturés. Elle a été déclenchée par les confidences d’ex-prisonniers recueillies par une commission afghane des droits de la personne, dont un rapport a été obtenu par le Globe and Mail. Disons tout de même qu’il s’agit de confidences de talibans. C’est leur parole contre celle de soldats de l’armée afghane, auxquels nous sommes prêts à faire confiance pour reconstruire le pays après notre départ.

Par contre, les responsables de l’opération militaire avaient prévu un nombre inhabituel de morts et ont multiplié les mises en garde à la population canadienne. Régulièrement, quelque général répète qu’avec l’arrivée des beaux jours les hostilités reprendront, plus violentes que jamais.

Après quatre ans de ce régime — et 54 morts —, l’opinion publique au Canada semble accepter cette fatalité. C’est pour cela que, malgré le triste défilé des cercueils de plomb, 52 % des Canadiens continuaient, en avril, d’appuyer la mission en Afghanistan.

Nous venons de souligner l’anniversaire de la bataille de Vimy, en 1917. Les 3 800 soldats qui y sont morts ont contribué à resserrer les liens entre les Canadiens. Un jour, les historiens écriront que Kandahar fut notre Vimy des temps modernes, que c’est là que nous avons appris à nous battre contre des terroristes. Si des cœurs tendres du Parlement du Canada sont choqués par de tels propos, qu’ils s’en prennent à eux-mêmes : il ne fallait pas les envoyer là-bas, nos soldats…

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