Fusillade à Ottawa : les dangers de la récupération politique

Tant que l’insécurité règne, le premier ministre jouit du bénéfice du doute, car il répond à certaines attentes. Mais la ligne est mince et l’opinion peut basculer rapidement, dit Manon Cornellier.

PolitiqueLundi dernier, les conservateurs n’ont pas attendu de connaître le sort des soldats happés par Martin Couture-Rouleau pour soulever l’hypothèse d’un attentat terroriste, donnant ainsi l’impression désagréable de vouloir récupérer le drame de Saint-Jean-sur-le-Richelieu à des fins politiques.

Les faits rendus publics par la suite ont donné du poids à cette hypothèse, mais l’enquête étant toujours en cours, on ne peut conclure en toute certitude qu’elle se vérifie. Oui, le suspect était radicalisé, mais il avait aussi des problèmes personnels.

Immédiatement après l’attentat de mercredi au Parlement, tout le monde s’est montré plus prudent, mais jeudi, le premier ministre Stephen Harper n’a pas hésité à parler de terrorisme. On a aussi rapidement vu, lors des déclarations des différents chefs aux Communes, que chacun définissait le cadre normatif qui soutiendra leurs positions dans le débat qui s’engage sur la sécurité.

La récupération politique est toujours un danger lorsque surviennent des drames du genre, chacun y voyant des arguments en faveur de son point de vue. Pour un chef de gouvernement désireux de projeter une image de force, de fermeté et de contrôle, le réflexe est de dire qu’il est prêt à réagir et à le faire vite pour renforcer la sécurité des citoyens ébranlés.

Le premier ministre Harper n’y a pas échappé. Il a rappelé, jeudi, qu’il avait dit, au cours des dernières semaines, «qu’il fallait donner plus de poids à nos lois et plus de pouvoirs à la police en ce qui concerne les opérations de surveillance, l’attention et les arrestations». «Ces lois et ces pouvoirs doivent être beaucoup renforcés, a-t-il poursuivi, et j’assure aux députés que les travaux déjà en cours seront accélérés».

Rien ne dit que ces projets répondent aux enjeux soulevés par les deux attentats de cette semaine. Il faudrait un débat éclairé pour en juger et, surtout, connaître les conclusions des enquêtes policières.

Peut-on accuser M. Harper de récupération politique ? Tant que l’insécurité règne, le premier ministre jouit du bénéfice du doute, car il répond à certaines attentes. Mais la ligne est mince et l’opinion peut basculer rapidement.

L’opposition se retrouve dans une position tout aussi délicate. Elle ne peut pas, sans une pleine connaissance des faits, accuser le gouvernement d’en faire trop. Elle risque d’être accusée de se lancer dans un procès d’intention.

Si elle juge, par contre, que le gouvernement abuse de sa position et que ses solutions portent atteinte de façon disproportionnée aux droits et libertés des citoyens, elle doit trouver une façon de le faire savoir sans donner l’impression qu’elle minimise le sentiment d’insécurité des citoyens.

Les différents partis seront rapidement mis à l’épreuve, puisque le gouvernement avait déjà annoncé qu’il modifierait très bientôt la Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) afin de mieux protéger les sources des espions et faciliter l’échange d’information avec d’autres services de renseignement étrangers. Le projet de loi devait être présenté mercredi. On l’attend encore.

Le ministre de la Justice, Peter MacKay, et celui de la Sécurité publique, Steve Blaney, ont aussi indiqué, dans la foulée des attentats, qu’ils envisageaient faciliter la tâche des forces de l’ordre en assouplissant certaines balises entourant le recours à des mesures préventives.

Un solide bras de fer est à prévoir, les dispositions existantes sur la détention préventive ayant suscité la controverse au moment de leur adoption.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Pour ce qui est de la récupération politique de bas étage, certains tenants séparatistes n’ont pas donné leur place:

http://www.antagoniste.net/2014/10/24/les-grands-et-les-petits/

Extrait: « Incapable de se retenir, Bernard Landry a utilisé un attentat terroriste qui a choqué tout un pays pour faire du Harper-bashing… »

HONTE!!!

Je suis passé par le lien que vous suggerez et j’ai écouté l’opinion de M. Landry.
Je n’y vois aucune erreur.
Et il n’est pas le premier à le dire.
Le Canada s’est fait montrer la porte du conseil de sécurité de l’ONU

Pour ce qui est de son sens de la sécurité nationale,
puis-je faire remarquer qu’il aurait bien pu, lui et d’autres députés,
être tués par une carabine de chasse.
Une carabine de chasse tellement sans danger, qu’il est inutle de les enregistrer.

Notre premier ministre n’est-il pas très occupé à faire l’ouverture d’une succursale Tim Horton ou d’une autre.

Finalement, monsieur François 1, de quel « François 1 » vous prétendez-vous ?
Il y a eu 21 « François 1 » au cours des siècles derniers ?
Rien de vraiment contemporain.

Lorsqu’un état auquel on appartient toujours (à ce que je sache, Landry est toujours CANADIEN!!!) subit une attaque en son sein même, le moins que l’on puisse dire est que l’on est attristé par ce qui arrive et garder ses commentaires désobligeants, aussi « véridiques » qu’ils soient pour soi.

Mais nâââôôn, Landry n’a pu se retenir d’insinuer sournoisement que Monsieur Harper serait indirectement responsable de ce qui est arrivé, comme si rien de relié à l’État islamique n’était arrivé au Canada avant Harper, or, à ce sujet, je vous suggère d’aller lire ce petit compte rendu qui saura, je l’espère, éclairer votre lanterne:

http://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/andre-pratte/201410/23/01-4812071-pas-la-faute-de-harper.php

Extrait:

« Le Canada a été menacé par Oussama ben Laden dès 2002, quatre ans avant que les troupes de Stephen Harper ne remplacent les libéraux à la tête du pays. Le complot déjoué en juin 2006 par les forces de l’ordre, comprenant des projets d’attaquer des édifices publics et de décapiter des politiciens, avait pris naissance en 2005, alors que Paul Martin était premier ministre. En Irak et en Syrie, le groupe État islamique se livre à « un nettoyage ethnique d’envergure historique ». Des centaines de personnes ont été tuées, de nombreuses femmes ont été agressées, prises comme esclaves ou mariées de force, des dizaines de milliers de personnes ont dû quitter leur demeure et vivent dans des conditions indignes d’êtres humains. Ces faits ne sont pas inventés par Stephen Harper mais rapportés par des organisations telles Human Rights Watch et Amnistie internationale. Si Justin Trudeau ou Thomas Mulcair dirigeait aujourd’hui le Canada, les esprits perturbés de Martin Couture-Rouleau et de Michael Zehab-Bibeau auraient tout de même été séduits par la caricature djihadiste. Celle-ci leur a dévoilé les responsables de leurs malheurs, leur a donné une raison de vivre… et surtout de mourir. » Fin de l’extrait.

Bref, il y a une période, un temps propice à toute chose et pour dire certaines choses et l’ex-politicien Landry connaît très bien les règles non-écrites qui régentent ces circonstances et il a sciemment traîné notre Premier-Ministre dans la boue de laquelle il a lui-même du mal à sortir, même après toutes ces années après avoir lui-même été botté hors du PQ.

Peut-on parler de récupération alors que le gouvernement avait annoncé ses intentions plusieurs jours sinon quelques semaines avant les événements tragiques que nous connaissons? On est plus dans la clairevoyance que dans la récupération…

Effectivement, le gouvernement Harper ne s’en est pas tenu à une petite gêne en attendant les résultats des enquêtes de police… Ça faisait longtemps qu’ils voulaient augmenter les pouvoirs de la police et des services de renseignements (c’était annoncé pour le jour même) mais ils savent très bien que cela entre en territoire dangereux d’abus des droits et qu’ils ont au moins besoin du soutien de la population pour faire passer cette couleuvre au Parlement. Il n’est donc pas étonnant que le PM Harper ait sauté sur l’occasion en or offerte par un déséquilibré.

Or, cet « attentat » a été fait par un individu non préparé, sans expérience, qui a utilisé une arme (carabine à levier 30-30) vraiment inefficace pour faire ce genre d’attentat mais assez meurtrière pour tuer un soldat qui ne pouvait même pas se défendre. Qui plus est, si ce lunatique est entré au Parlement c’est à cause du laxisme des services de sécurité du Parlement qui savaient fort bien qu’une telle attaque (en fait une attaque bien plus grave) était très possible étant données les menaces de l’État islamique directement envers le Canada et l’attaque ouverte du gouvernement canadien contre ce groupe terroriste en lui déclarant la guerre. Pourquoi une sécurité laxiste? C’est surtout en raison des coupures de budget des conservateurs à la GRC et aux ministères fédéraux en général – on ne voulait pas dépenser les ressources nécessaires pour faire du Parlement un endroit sécuritaire et les députés et ministres conservateurs n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes s’ils ont eu la frousse de leur vie. Ils ont besoin de cet argent des contribuables pour leurs campagnes de propagande à la veille des prochaines élections fédérales.

La réalité c’est que pour les citoyens ordinaires, ce n’est pas plus dangereux aujourd’hui que ce l’était dans le passé et qu’en général le public n’est pas visé par ces lunatiques. Que le gouvernement Harper donne les ressources financières nécessaires pour se protéger, cela aidera à rassurer les Parlementaires et les sénateurs….