Au tour de l’ex-maire Tremblay

La commission Charbonneau reprend ses travaux ce matin après une pause de deux semaines, pour en finir avec le témoignage de Bernard Trépanier. Suivront ensuite l’homme qui en savait trop, Frank Zampino, et l’homme qui ne savait rien, Gérald Tremblay.

Dans Le Devoir de la fin de semaine, j’offre un bref survol du témoignage à venir de l’ancien maire. Selon son entourage, le maire profondément blessé par sa débâcle viendra répéter ses lignes de défense habituelles: des membres de sa garde rapprochée ont trahi sa confiance, et il s’est souvent battu seul pour juguler la corruption et la collusion à l’hôtel de ville.

Sur le premier point, je suis porté à le croire sur parole. Monsieur 3 % et les principaux protagonistes du cartel des ingénieurs ne se vantaient pas de leurs combines pour faire main basse sur les contrats de la Ville auprès de l’ancien maire.

Sur le second point, j’ai de profondes réserves. Au plus fort de la tempête à l’hôtel de ville, M. Tremblay avait le reflexe d’attaquer les médias, notamment La Presse, en se plaignant qu’on salisse injustement sa réputation. Quand Benoit Labonté a révélé le premier le rôle de M. Trépanier dans le financement illégal d’Union Montréal, à l’automne 2009, M. Tremblay a réagi en disant que le collecteur avait été remercié en juin 2006. La réalité est plus gênante. Monsieur 3 % a été viré «pour la forme», et le maire savait pertinemment qu’il a tourné dans l’entourage du parti jusqu’en 2009.

Gérald Tremblay n’a rien vu? Ou il n’a rien voulu voir?

À quelques jours de l’élection de novembre 2009, M. Tremblay avait semé l’émoi et la consternation chez les collègues du Devoir, lors d’une table éditoriale. La mafia était aux portes de l’hôtel de ville, avait dit un Gérald Tremblay craintif pour la sécurité de sa famille.

M. Tremblay affirmait qu’il n’était pas un naïf. Dès son élection, en 2001, il avait été mis au courant des rumeurs sur la corruption de fonctionnaires municipaux, et sur l’existence d’un système de partage des contrats qui existait déjà sous l’administration du maire Pierre Bourque.

Lors de sa démission, en novembre dernier, M. Tremblay se targuait d’avoir assaini les mœurs dans l’octroi des contrats. Il avait sollicité un troisième mandat en 2009, disait-il, parce qu’il croyait être le mieux placé pour finir le nettoyage à l’hôtel de ville.

Il sera intéressant de voir comment se positionne M. Tremblay devant la commission Charbonneau. En victime ou en redresseur?

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