Autochtones, assurance-emploi, directeur parlementaire du budget : quand les conservateurs jouent sur les mots…

Le dossier autochtone a accaparé l’attention durant la relâche parlementaire et après la rencontre au sommet du 11 janvier dernier, on pensait que le gouvernement Harper ajusterait le tir. Mais le fera-t-il? «Nous allons continuer de travailler main dans la main avec les partenaires qui cherchent résolument à faire des progrès», a dit le premier ministre Stephen Harper aux Communes lundi.

«Nous poursuivrons ces initiatives en collaboration avec des partenaires positifs qui cherchent aussi des gains substantiels», a-t-il renchéri un peu plus tard. Il n’a pas dit cependant qui étaient ces partenaires accommodants ni lesquels, du coup, seraient tenus à l’écart.

Ce choix de mots n’était pas un accident. Son ministre des Affaires autochtones, John Duncan, l’a repris. M. Harper l’a répété. Anodin, diront certains, mais pas vraiment. Cette petite phrase confirme une stratégie de longue date des conservateurs : exploiter la division de ses interlocuteurs pour éviter autant que possible de changer de cap.

Les conservateurs sont devenus des maîtres orfèvres des mots. Depuis 2006, ils font avaler, sans qu’on s’en rende trop compte à prime abord, une conception particulière de la réalité. Plusieurs de leurs lois et projets de loi portent des noms aux allures de slogan populiste, surtout ceux qui visent à plaire à la base conservatrice.

Les exemples abondent : la Loi sur la sécurité des rues et des communautés (une loi omnibus en matière de justice qui fait flèche de tout bois), le projet de loi «sur la protection des enfants contre les cyberprédateurs» (actuellement sur la glace, elle porte sur l’interception des communications électroniques par la police), la Loi visant à protéger le système d’immigration du Canada (qui remplace, entre autres, la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés – notez qu’on ne protège plus la même chose) … Je pourrais continuer longtemps.

Cette façon de jouer avec les mots – avec subtilité ou non – se vérifie aussi quand vient le temps de débattre des enjeux. C’est le cas en matière de justice. Les droits des victimes et des détenus sont toujours mis en opposition. Quiconque s’oppose aux lois conservatrices en la matière se fait accuser de privilégier les criminels. En matière d’immigration et de droit d’asile, tout demandeur qui est débouté est qualifié d’immigrant illégal. En matière d’environnement, les lois budgétaires émasculent les lois sur l’évaluation environnementale, la protection des pêches et des eaux navigables, mais sous le couvert du «développement responsable des ressources»

Assurance-emploi

Quand vient le temps de miner la crédibilité de leurs critiques, les conservateurs savent là encore se montrer habiles. Deux cas en témoignent cette semaine. Le premier touche la jeune femme de l’Île-du-Prince-Édouard qui a perdu ses prestations d’assurance-emploi après avoir refusé un emploi trop éloigné de chez elle, un cas dont je vous ai parlé récemment. Le second concerne le directeur parlementaire du budget, Kevin Page.

Interrogée à quelques reprises sur le cas de Marlene Geirsdorf, la ministre des Ressources humaines et du développement des compétences, Diane Finley, a conclu sa dernière réponse lundi dernier en disant ceci : «J’aimerais aborder plus en détail les faits de ce dossier, mais je ne le peux pas, car la personne en question ne m’a pas permis de le faire». Des exclamations d’indignation se sont aussitôt élevées des banquettes conservatrices.

À la sortie des Communes, tout le monde avait conclu que Mme Geirsdorf avait refusé d’accorder la dispense en question. Mais la ministre ou son personnel l’avaient-ils demandé? J’ai posé la question. Voici ce que son bureau m’a répondu : «Les clients doivent signer une dispense en matière de protection de la vie privée avant que nous (le gouvernement) puissions discuter publiquement des détails de leur cas particulier». (Clients need to sign a privacy waiver before we (govt) can discuss aspects of their individual case publicly.).

Ça ne disait pas si la ministre l’avait ou non demandé. Je suis revenue à la charge deux fois plutôt qu’une pour finalement apprendre ce qui suit : «Nous avons plaidé publiquement (et avec les journalistes posant des questions) pour en avoir une afin de pouvoir discuter du cas dans sa totalité». (We had advocated publicly (and with reporters asking questions) for one so the case could be discussed fully.) Bref, personne n’a jamais demandé la dispense en question à Mme Geirsdorf. À en croire le bureau de la ministre, il revenait à cette femme de prendre l’initiative de la donner.

Voilà donc une ministre qui, avec toute l’autorité associée à son poste et à la Chambre des communes, laisse délibérément planer un doute sur l’honnêteté d’une citoyenne qui a un litige avec son ministère, litige qui est toujours en appel. Cela s’appelle abuser de sa position.

Le cas de Kevin Page

Le mandat du directeur parlementaire du budget (DPB) Kevin Page prend fin le 24 mars et le processus de sélection de son successeur a pris du retard. Le gouvernement refuse de s’engager à prolonger le mandat d’un homme qui lui a tenu tête et a exposé à maintes reprises ses cachotteries. L’opposition est toutefois inquiète de se retrouver avec un bureau sans direction au moment où il faudra décortiquer le budget.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, n’a pas aidé à calmer les rumeurs au sujet de changements possibles à la mission du DPB en mettant en doute, sur les ondes du réseau Global, la façon dont M. Page s’était acquitté de son mandat et son utilité pour le gouvernement.

La question a inévitablement rebondi aux Communes. À maintes reprises, le premier ministre et le président du Conseil du trésor, Tony Clement, ont terminé leur réponse en semant le doute sur M. Page. «Nous attachons beaucoup d’importance à cette fonction et nous tenons à faire en sorte qu’à l’avenir, elle produise un travail crédible en toute impartialité», a dit M. Harper mardi. Insinuant finalement que M. Page n’avait fait ni l’un ni l’autre.

Ce genre de réplique a mis l’opposition sur ses gardes. On se demande qui se retrouvera à la tête de ce bureau créé par les conservateurs (ce dont on les félicite). Le rôle du DPB n’a jamais toujours été de servir le gouvernement, mais les parlementaires afin qu’ils s’y retrouver et lui demander des comptes. À cette aune, on peut dire que M. Page a parfaitement rempli son rôle.

Ce n’est pas la première fois que les conservateurs agissent de la sorte face à de hauts fonctionnaires du Parlement qui les mettent dans l’embarras. Ils ont déjà mis en doute l’impartialité du directeur général des élections Marc Mayrand après qu’il se soit adressé aux tribunaux pour faire valoir une interprétation de la loi que les conservateurs contestaient.

Ils ont mis en doute les méthodes du vérificateur général Michael Ferguson dans le dossier des F-35, pour finalement reculer. Ils ont fait de même avec un des rapports sur les changements climatiques du commissaire à l’environnement, Scott Vaughan, qui quitte ses fonctions ce printemps, deux ans avant la fin de son mandat. Il a eu une offre qu’il ne pouvait refuser et, selon certains médias, en aurait eu assez de faire affaire avec un gouvernement peu intéressé par la protection de l’environnement.

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Merci encore Mme Cornellier pour votre excellent travail d’analyse neutre et objectif. Je me permet toutefois de suggérer un autre angle concernant le discours de M. Harper devant ses députés et les sénateurs conservateurs qui ne faisait pas mention des autochtones. M. Harper est un « incrémentaliste », il ne recherche pas des changements fulgurants. En écoutant les commentateurs anglophones soutenant que le gouvernement conservateur doit s’entendre avec les autochtones s’il souhaite poursuivre ses objectifs de développement économique autour des ressources naturelles.

Je soupçonne que le silence de M. Harper vise principalement à tempérer les attentes. S’il en avait fait mention, il aurait automatiquement monter les enchères.

Quoi, vous auriez voulu que le gouvernement annonce des milliards( des payeurs de taxes) pour les autochtones ? Harper joue sur les mots pareil comme n`importe quel politiciens. C`est ça être politicien, jouer sur les mots. C`est pas Harper et les conservateurs qui ont inventés ça.

Les conservateurs gèrent bien malgré tout. Ce que je reproche le plus aux conservateurs, c`est le milliard en sécurité à Toronto et l`augmentation du nombre de député à 338. On a pas besoin de ça. Il aurait dû descendre le nombre à 200 ainsi que rabaisser le nombre de sénateurs à 20 au lieu de 105 comme maintenant. Au US, ils sont 315 millions et il y a 100 sénateurs élus.

la spécialitée des conservateur c`est de toujours
MENTIR en affirmant que c`est la réalitée et à force de mentir, mentir et mentir les gens finissent par croire que c`est vrai!!!!
Ce sont tous des menteurs au service de la grosse
entreprise(petro dollars…)
il ne font que démolir la sociétée social démocrate acquise depuis les année 60-70 une sociétée égalitaire prenant soin des faibles.
Maintenant avec les conservateurs menteur ils magouillent les lois pour toutes(dans tous les domaines marchandable) les rendrent FAVORABLE AUX GRANDES ENTREPRISES aux détriment du peuple…LA
EST LEUR SEUL BUT….tout pour le pétrole, le gaz, les ressourses minière…etc
Et ces menteurs de conservateurs vont continuer à nous mentir en disant que c`est la volontée du peuple qui veut ses réformes….sic menteur tu est et menteur tu seras toujours est la devise des conservateur.
PITOYABLE ce gouvernement canayen