Autochtones : Theresa Spence ≠ Idle No More

Depuis que la chef d’Attawapiskat, Theresa Spence, a entrepris sa grève de la faim, le 11 décembre dernier, les projecteurs sont tournés sur elle. Sa vie et son travail sont passés sous la loupe et ce n’est pas toujours à son avantage. Et cela réussit à porter ombrage au mouvement Idle No More (Fini l’apathie), qui mobilise les autochtones d’un bout à l’autre du pays.

La chaîne SunNews s’est particulièrement attardée aux revenus de Mme Spence et à ceux de son conjoint, qui seraient dans les six chiffres. Dans le Macleans, on s’est interrogé sur la destination des dons actuellement versés à Mme Spence en marge de son jeûne et gérés par son conjoint plutôt que le conseil de bande.

Ce matin, une fuite au sujet d’une lettre accompagnant un rapport de vérification réalisée par la firme Deloitte a ravivé les doutes sur l’utilisation judicieuse des fonds fédéraux par le conseil de bande qu’elle dirige. Selon les premiers échos donnés par certains médias (vous trouverez un texte en français ici et un texte très complet en anglais ici), la documentation était manquante ou insuffisante pour 80 % des 400 transactions sélectionnées aux fins de la vérification qui portait sur une période de six ans.

Le ministère des Affaires autochtones et du développement du Nord (AAND) a publié le rapport complet et les documents l’accompagnant plus tard en journée. Vous les trouverez ici.

On se demande comment pareille incurie a pu se produire alors que la réserve publie ses rapports financiers sur son site Internet depuis des années et qu’elle fait rapport aux différents ministères. (Le vérificateur général a déjà critiqué cette lourdeur bureaucratique et a noté que beaucoup de ces rapports n’étaient même pas consultés par les fonctionnaires.)

Mais plus lancinant encore, comment cela a-t-il pu perdurer alors que la bande d’Attawapiskat se soumet depuis plus de dix ans à un processus de cogestion en collaboration avec le ministère des Affaires autochtones et du développement du Nord? Faut-il conclure que cette procédure ne fonctionne pas?

Malgré ces zones d’ombre, Mme Spence continue de récolter des appuis de prestige. Mais qu’appuient exactement les Paul Martin, Joe Clark, Justin Trudeau, Elizabeth May, Québec solidaire? Mme Spence ou la cause plus large portée par le mouvement Idle No More lancé par des femmes autochtones de la Saskatchewan en réaction à l’unilatéralisme des conservateurs?

Même si l’action de la chef Spence et la mobilisation de Idle No More se conjuguent pour faire pression sur le gouvernement, il ne faut pas les confondre. Les deux exigent que le gouvernement respecte les droits issus de traités et établisse une relation de nation à nation avec les autochtones, mais Idle No More garde aussi ses distances avec l’establishment autochtone dont il refuse de prendre les directives.

On peut d’ailleurs lire sur le site du mouvement que bien qu’il apprécie l’appui personnel donné par des chefs et conseillers, il a reçu «le mandat clair de la base de travailler en marge des systèmes de gouvernement».

Mme Spence a l’appui de ce mouvement (du moins, d’une majorité de ses supporteurs), mais chacun agit de façon indépendante. Et il serait erroné de croire que l’interruption de sa grève de la faim (que certains décrivent comme une diète liquide) sonnerait la fin de la mobilisation autochtone et de ces actions non violentes qui se multiplient d’un bout à l’autre du pays.

Le mouvement Idle No More, qui s’est répandu comme une traînée de poudre grâce aux médias sociaux, s’ancre dans une colère et une frustration trop profondes. Et ce dont il est question ici est un mouvement populaire qui n’a pas attendu l’approbation des chefs pour démarrer. Ces derniers ont dû, en fait, sauter dans un train en marche pour rester au diapason de leurs concitoyens.

La population autochtone veut plus de transparence, de démocratie, de reddition de comptes, de bonne gestion, mais elle ne veut pas qu’Ottawa dicte ses solutions. Elle veut aussi que les communautés aient leur mot à dire et participent au développement des ressources naturelles sur leurs territoires ancestraux.

Les nouvelles révélations sur Attawapiskat servent bien le gouvernement en détournant l’attention du fond de la question et en ternissant, par ricochet, le mouvement autochtone. Cela peut bien faire écran, mais la responsabilité d’Ottawa reste entière. Il doit rétablir le lien de confiance, ce qui nécessitera davantage qu’une brève rencontre en un froid vendredi de janvier.

Les Premières Nations ont tenté l’expérience l’an dernier et ont rapidement été déçues, le gouvernement Harper optant pour l’unilatéralisme dans plusieurs dossiers, en particulier avec ses lois budgétaires omnibus. Du coup, il a semé ce qu’il récolte aujourd’hui, une méfiance exacerbée.

Cela ne soustrait pas les autochtones à leurs propres obligations. L’établissement d’une relation plus respectueuse entre les Premières Nations et le gouvernement exige bonne foi et ouverture d’esprit des deux côtés, mais aussi des idées claires et des solutions concrètes et cohérentes à mettre sur la table. Pour cette raison, la réunion de vendredi ne peut être que le début d’un long processus.

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En complément, j’invite vos lecteur à lire le commentaire de JEFFREY SIMPSON
« Too many first nations people live in a dream palace »dans le Globe and Mail.

Quel chantage éhonté de la part des autochtones.

Ça fait trop longtemps qu’ils nous tiennent
par les couilles . A quand ? Aie là c’tassez.

J’aime beaucoup le ton modéré de votre article, madame Cornellier. Je remarque que les gens de gauche semblent incapables de critiquer le moindrement le mouvement «Idle no more», pas plus que toute revendication autochtone, quelle qu’elle soit.

J’écoutais ce matin monsieur René Dussault, de la Commission Erasmus-Dussault, dont le rapport à été tabletté comme tant d’autres, et qui se disait malgré tout optimiste. Je souhaite qu’il ait raison et que les conditions de vie révoltantes qui sont celles de beaucoup de nos autochtones s’améliorent aussi vite qu’il sera possible. Mais en ce domaine comme dans d’autres, investir toujours plus d’argent n’est sûrement pas la solution. Il faut plutôt modifier les structures, ce qui est plus difficile.

« La population autochtone veut plus de transparence, de démocratie, de reddition de comptes, (…) »

Permettez-moi d’être sceptique.

Madame Cornellier,

J’admire votre objectivité et votre professionalisme. C’est toujours un plaisir ce vous lire. Vous êtes ma référence quand je veux savoir et surtout comprendre ce qui se passe dans le reste du Canada.

Bonne année 2013.
Claude Jean

De nation à nation!!

Est-ce que ces gens-là pensent vraiment ce qu’ils disent? Est-ce qu’ils mesurent le sens des mots?

Comment peut-on parler d’une nation lorsqu’on parle de descendants de tribus amérindiennes, qui vivent en marge de la société nord-américaine, tout en étant subventionner de la naissance à la mort?

Je crois que la majorité des Canadiens en ont ras le bol des autochtones et de leurs jérémiades perpétuelles.

Ils bénéficient depuis toujours de privilèges incroyables tant au niveau fiscal qu’au niveau financier et ils semblent totalement incapables de s’auto-gérer.

Ils sont bien aise de nous arracher de l’argent et des exemptions fiscales et de bénéficier des services mais ils exigent également que nous n’ayons aucun droit de ragerd sur la façon dont ils le dépensent.

Mme Cornellier, vous faites preuve de beaucoup d’objectivité, ce qui est une denrée rare ces jours-ci, surtout quand on lit des commentaires comme celui de François1. J’ai vécu en milieu autochtone pendant bien des années et je travaille encore avec certaines nations. Oui, nations, n’en déplaise à ceux qui ont une vision étroite de la nation mais, faut-il leur rappeler, que la nation est une entité politique, culturelle et identitaire où les gens partagent un patrimoine commun (langue et culture), ce qui est évidemment le cas des nations autochtones.

Mais quand on voit des gens parler de privilèges, alors c’est profondément pathétique. Il faut être sourd et aveugle pour penser ça… Allez voir les conditions de vie dans les réserves ou même dans les villages du nord canadien (ce ne sont pas des réserves) qui sont proprement indignes d’un pays développé comme le Canada. Ou encore on voit ces vierges offensées parler des problèmes administratifs d’une réserve… Ben oui, les autochtones ne sont pas parfaits et leurs administrateurs sont souvent issus de la collectivité, sans expérience ni même instruction en finances et c’est la raison pour laquelle on fait ces audits, pour tenter de les aider dans leur administration financière. J’ai participé à ces vérifications et cette situation se retrouve ailleurs et au lieu de leur jeter la pierre, on essaie plutôt de les aider à mieux administrer LEURS fonds. Ironiquement, j’ai aussi vu la même situation au sein d’un ministère fédéral que je ne nommerai pas.

Le Dream Palace de M. Simpson est un autre bel exemple d’incompréhension de la situation des peuples autochtones car ici, ce dont on parle ce sont des droits fondamentaux – des droits humains reconnus internationalement aux peuples autochtones. Ce que les autochtones rêvent c’est que justement, le Canada respecte leurs droits fondamentaux (reconnus constitutionnellement, et ceux du droit international, que ce soit ceux issus de traités ou ancestraux). Mais avec l’administration Harper, c’est un rêve que de croire que son gouvernement va respecter ces droits – ils les enfreint à tour de bras avec des lois qui touchent ces peuples sans les consulter…

Enfin, les solutions concrètes et cohérentes existent déjà: elles se retrouvent dans les centaines de recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996. Cette Commission a travaillé pendant des années, aux frais des contribuables, pour pondre un rapport de 4000 pages qui reflète assez bien la réalité autochtone au pays et leurs droits fondamentaux. Au lieu de construire sur ces solutions, les gouvernements ont préféré ignorer le « problème » et laissé pourrir la situation. Cette réunion de vendredi est une farce harperienne qui ne sert à rien – on ne va quand même pas réinventer la roue et repartir avec une autre commission qui va nous dire la même chose… Quand même!

Les Libéraux sont aussi responsables que les conservateurs pour avoir tabletté le rapport et les recommandations de la Commission mais ils ont au moins fait l’effort de s’entendre avec les peuples autochtones avec l’Accord de Kelowna. On ne peut pas en dire autant des conservateurs qui ont tout simplement tourné le dos à ces ententes et recommandations et qui gèrent les crises à la pièce. Bien triste pays qui se fout des droits fondamentaux de ses citoyens en grande partie parmi les plus défavorisés et où une grande partie de la population ferme les yeux ou, pis encore, encourage ce je-m’en-foutisme.

Je suis sympathique au mouvement Idle no more pour les raisons que vous invoquez: »La population autochtone veut plus de transparence, de démocratie, de reddition de comptes, de bonne gestion, mais elle ne veut pas qu’Ottawa dicte ses solutions. Elle veut aussi que les communautés aient leur mot à dire et participent au développement des ressources naturelles sur leurs territoires ancestraux. »
Mais, ce soir nous apprenons que madame se désiste en raison de l’absence du gouverneur-général (G-G). Je ne comprends plus rien. Depuis que le Canada a obtenu son indépendance par le Statut de Westminster en 1951, le G-G n,a plus sa raison d’être; d’autant plus depuis le rapatriement de la Constitution en 1982. Comme disait Yves Michaud, c’est une poupée de porcelaine. Et Mme Spence le sait sûrement. Alors, je suis déçue.

Je suis simplement une indienne incrite. Je vis hors- réserve. J’ai probablement ni plus ni moins les mêmes avantages que les assistés sociaux. Si j’ai l’occasion de faire le plein d’essence sur ma réserve j’ai droit à l’exemption de taxes. Je pense que la colère des blancs aujourd’hui est peut-être similaire à celle qu’on a vécue il y a plusieurs générations. Je parle bien ii de l’émotion et non pas de la situation actuelle. Ce serait plaisant qu’on arrive tous à se respecter.

Je vous remercie madame pour cette information claire et objective. Votre article et ses commentaires démontrent bien que les amérindiens sont encore et toujous mis à part de la société canadienne, et pourtant ils ne font que revendiquer la protection de la mère terre et dénoncer tous les abus de pollution qu ils sont les premiers à subir en territoire isolé … Yen a mare d’entendre des gens aveugles et sourds qui nourrissent leurs préjugés racistes de générations en générations sans jamais rien vérifier de la réalité…. cette réalité il est plus que temps de la divulguer tout azimut dans le presse internationale…. J ai envoyé des courriers perso privé a des leaders européens verts et humain, non pas pour des actions politiques mais pour des actions de prestiges et médiatiques en toutes diplomaties…. Il est plus que temps que le Canada présente officiellement son pardon aux amérindiens …. Merci encore madame…

Excellent article ce matin dans La Presse:

http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201301/09/01-4609846-la-fable-autochtone.php

Extrait:

« Ainsi, lorsqu’il est rapporté que Mme Spence et son conjoint se sont octroyé une rémunération annuelle de 250 000$ pour gérer un village de 1600 personnes, il faut comprendre une rémunération équivalente à 550 000$ pour une personne qui paie des impôts et des taxes. »

ET

« Pourtant, la présence autochtone au Québec à l’arrivée de Cartier en 1534 et de Champlain en 1608 était insignifiante. Elle se composait d’au plus 1000 individus, essentiellement des Mohawks installés dans la partie sud de la Montérégie. Aucune des 11 nations actuellement reconnues par le gouvernement du Québec n’était présente de manière significative, continue et organisée sur le territoire du Québec il y a 400 ans. »

De quoi remettre les choses en perspective non?

Je suis sidéré par les explications de M. Morrissette, négociateur dans le dossier de la paix des braves, cité par François1. Il est complètement faux de prétendre que la présence autochtone à l’arrivée de Cartier en 1534 était « insignifiante ». En fait il y avait deux grands villages iroquoiens où se trouvent actuellement Montréal (Hochelaga) et Québec (Stadaconé) et de multiples nations autochtones plus bas sur le St-Laurant dont les Innus (Montagnais), sans compter les nations de l’intérieur du territoire comme les Attikamekw et les nations algonquiennes (ou Anishinabe). On parle de plusieurs milliers d’individus répartis sur le territoire.

On sait aussi qu’il y a eu un conflit majeur entre iroquoïens et innus (et autres, probablement) entre les voyages de Cartier et ceux de Champlain en 1603 sous le commandement de François Gravé et que les sites iroquïens avaient été évacués entretemps, ce qui permettra à Champlain de s’installer à Québec en 1608. Encore là, il y avait plusieurs nations autochtones dans ce qui est aujourd’hui le Québec même si les iroquoïens avaient alors quitté le territoire et Champlain s’est allié avec les Innus et les algonquiens de l’intérieur en plus des Hurons qui se trouvaient alors bien loin du Québec d’aujourd’hui, dans la région des Grands Lacs.

Il est malheureux que des soit-disant « experts » colportent de telles inexactitudes et on se demande vraiment à quelles fins… sont-ce des fins politiques?