Avantage Trudeau

À défaut d’obtenir la majorité qu’il souhaitait, Justin Trudeau se retrouve néanmoins devant une Chambre des communes dont la composition est optimale pour son gouvernement minoritaire. Grâce à l’élection de deux douzaines de néo-démocrates et de trois députés du Parti vert, il n’aura pas à passer les prochaines années au pouvoir à la remorque du Bloc québécois.  

Photo : Daphné Caron

Justin Trudeau s’en est mieux tiré qu’il n’y paraît à l’occasion du scrutin du 21 octobre.  

Même sans majorité à la Chambre des communes, le chef libéral demeure largement maître du jeu parlementaire, et cela, pour l’avenir prévisible. 

À l’échelle canadienne, sa formation continue de dominer l’échiquier électoral. Cette position de force par rapport aux autres partis fédéralistes pourrait devenir sans partage d’ici la prochaine élection fédérale.  

C’est indiscutable : le retour en force du Bloc québécois a bousculé les calculs électoraux de ses adversaires. Les gains escomptés par l’équipe Trudeau au Québec n’ont pas été au rendez-vous le soir du scrutin.

Mais, à défaut d’obtenir la majorité qu’il souhaitait, Justin Trudeau se retrouve néanmoins devant une Chambre des communes dont la composition est optimale pour son gouvernement minoritaire. 

Grâce à l’élection de deux douzaines de néo-démocrates, auxquels il faut ajouter trois députés du Parti vert, le premier ministre n’aura pas à passer les prochaines années au pouvoir à la remorque du Bloc québécois.  

Le NPD et le Parti libéral sont sur la même longueur d’onde sur une foule de sujets.  Dans bien des cas, la différence entre les deux est une question d’intensité plutôt que d’orientation. Le dossier de la lutte contre les changements climatiques est de ceux-là. Celui de la création d’un régime universel d’assurance médicaments aussi.

La vaste majorité des électeurs néo-démocrates — sinon les apparatchiks du NPD — ont accueilli la victoire des libéraux sur les conservateurs comme une des meilleures nouvelles de la soirée électorale.  

Le NPD de Jagmeet Singh a terminé la course en meilleure posture que ce que laissaient entrevoir les sondages de précampagne. Mais ses coffres sont à sec et son caucus a été amputé du tiers de ses membres. Il faudra du temps aux néo-démocrates pour être en état de tenter de retrouver le chemin du cœur des milliers d’électeurs, au Québec comme ailleurs, qui les ont abandonnés depuis l’épopée glorieuse du défunt Jack Layton, en 2011. 

Le NPD n’est pas le seul à être en panne d’auditoire au Québec. Le Parti conservateur, avec 16 % des suffrages, 10 députés et une offre politique impopulaire, n’est guère en meilleure posture.

Par comparaison, le Parti libéral a sauvé sa mise. Avec 35 sièges et le tiers des suffrages, la formation de Justin Trudeau est très nettement en position de force par rapport aux autres partis fédéralistes au Québec. C’est encore plus vrai en Ontario, où les libéraux détiennent 79 sièges contre 36 pour les conservateurs et 6 pour les néo-démocrates.  

L’Alberta et la Saskatchewan ont boudé le PLC, et leur absence de représentants au sein du futur Cabinet pose un problème de gouvernance auquel Trudeau et les siens devront trouver des solutions. 

Mais sur le plan strictement politique, ce sont les conservateurs et leur chef, Andrew Scheer, qui risquent de payer, à prix fort, les pots cassés le 21 octobre.

La lutte contre les changements climatiques mobilise davantage d’électeurs au Canada d’un scrutin à l’autre. Sous Andrew Scheer, le Parti conservateur a fait le chemin en sens inverse, prenant de plus en plus de distance par rapport au large consensus sur la nécessité d’adopter des politiques environnementales plus musclées. Le défi de remporter le pouvoir à Ottawa sans politique crédible en matière de changements climatiques sera encore plus grand au prochain scrutin.

En même temps, le chef conservateur a empêtré son parti dans une logique qui encourage ses partisans — fortement concentrés dans les Prairies — à faire une équation bancale entre conscience environnementale et hostilité à l’égard des aspirations de la région. 

Sur le plan strictement politique, ce sont les conservateurs et leur chef, Andrew Scheer, qui risquent de payer, à prix fort, les pots cassés le 21 octobre.

Andrew Scheer, dont la cote d’amour est en déclin, n’a pas suffisamment d’envergure pour affronter la tâche colossale qui consisterait à sortir son parti de la marge de la lutte contre les changements climatiques.

Sa défaite a exacerbé les frustrations d’une base électorale de plus en plus sourde aux compromis. Il n’est pas nécessaire de souscrire au scénario, plus ou moins réaliste, d’une sortie de l’Alberta et de la Saskatchewan de la fédération pour imaginer qu’un parti taillé sur le modèle du Bloc québécois et voué aux seuls intérêts de l’Alberta et la Saskatchewan pourrait naître des braises du scrutin du 21 octobre.

Dans un tel scénario, c’est le Parti conservateur qui serait menacé d’implosion — au bénéfice, à premier titre, des libéraux.

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Bien que d’usage, on se pose la question de l’espérance de vie d’un gouvernement minoritaire, force est de constater que le résultat des élections pourrait permettre à monsieur Trudeau de poursuivre sa mission ou son mandat jusqu’à son terme.

Pour le renverser, il faudrait qu’il y ait une (ou des) mesure(s) très impopulaire(s) (lors d’un dépôt de budget par exemple) qui force pratiquement tous les partis à se liguer contre les libéraux. Suivant une telle hypothèse, il s’agirait d’un stratégie machiavélique du Parti libéral qui serait pas mal assuré de rallier un vaste majorité suite à une élection anticipée.

Mais ! Considérant la fragmentation du vote canadien, un tel stratagème serait-il couronné de succès ?

Une autre hypothèse pourrait-être qu’au fil du temps, il soit de plus en plus difficile de former des gouvernements majoritaires. Simplement parce que les électeurs souhaitent de moins en moins se déterminer par rapport à deux partis prétendants tour à tour exercer le pouvoir.

Sur la base de cette hypothèse qui se vérifie dans de plus en plus de démocraties. C’est le mode de scrutin qui devrait à nouveau être considéré. C’est encore le fait que les parlements (dont la Chambre des communes) devraient adopter pour pouvoir gouverner un principe de « coalitions ».

Dans un monde « idéal » tous les députés une fois élus, devraient appartenir à un seul et unique parti : celui du bien commun, des citoyennes et des citoyens.

À l’heure de l’urgence climatique, nous pourrions peut-être nous demander si les approches purement idéologiques et partisanes ne forment-elles pas finalement une sorte de frein. Notre avenir et notre survie dépendraient-ils plus que jamais de notre capacité de nous réunir en place et lieu de celle plutôt hasardeuse de nous diviser.

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