Bachar al-Assad a-t-il déjà gagné la guerre médiatique en Syrie?

La réflexion est venue en écoutant l’émission « le secret des sources » sur France Culture et suite aux discussions avec les élèves participant à l’école d’été « Médias, religions et politique » à l’Université de Sherbrooke. Sans pouvoir faire d’affirmation, trois raisons peuvent soutenir l’idée d’une victoire de Bachar al-Assad sur le plan médiatique : le niveau de violence atteint par les vidéos de l’opposition diffusées sur Internet; la grille de lecture appliquée à la crise syrienne aujourd’hui; et un écosystème de l’information encore plus complexe avec la présence de hackers  prosyriens dans le cyberespace.

« Après moi le chaos »

Premièrement, la vidéo diffusant des actes de cannibalisme pratiqué par un membre de l’opposition n’a pas servi, sur le plan international, la cause de l’opposition. En dépit d’une opération de relations publiques menée par le Conseil National Syrien (notamment sur Al-Jazeera la chaîne du Qatar, pays soutenant l’opposition syrienne), la rhétorique de Bachar al-Assad se sert de ces images pour jouer la carte du garant de la stabilité régionale face au chaos « djihadiste ».

Ensuite, là ou aux premiers jours de la crise syrienne, les observateurs parlaient de « révolution », connotant ainsi la révolte d’une population face à un pouvoir jugé illégitime, l’usage actuel du terme « guerre civile » pour définir la situation change la donne. Dans le cadre d’une révolution, l’issue est la chute d’un régime en place au profit des acteurs clés de la rébellion. Par contre la sortie de crise à une « guerre civile » ne peut être que la résolution de conflit. Résolution où tous les acteurs, y compris le gouvernement ont un intérêt à maintenir un pouvoir politique. C’est d’ailleurs en ce sens qu’argumente le cheik Hassan Nasrallah : tout en justifiant l’implication du Hezbollah à Qusair, le chef du mouvement libanais souligne que la seule sortie de crise possible à la Syrie est le dialogue politique. L’utilisation du concept de « guerre civile » représente donc un gain considérable pour Damas.

https://www.youtube.com/watch?v=hzLJxKpTEio

Enfin, nous observons la présence sur Internet de la Syrian Electronic Army, cyberactivistes progouvernementaux qui participent à complexifier les informations sur Internet. Même si ces cyberactivistes se présentent comme indépendants, la reconnaissance officielle de Bachar Assad envers ces derniers témoigne de la réponse plus sophistiquée des États face au potentiel des nouvelles technologies. La présence de ces « cyberarmées » n’est d’ailleurs pas une spécificité syrienne puisque l’Iran et Israël, entre autres, utilisent déjà cette stratégie d’influence 2.0.

 

Julien Saada

Doctorant en science politique @UQAM

Directeur adjoint, Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Chaire @RDandurand

Twitter @JulienSaada

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