Bernard Gauthier : héros ou zéro ?

On peut comprendre le syndicaliste d’être surpris du procès d’intention qu’on lui fait subir aujourd’hui. Tout le monde savait ce qu’il faisait.

Photo: Ryan Remiorz/La presse canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

Une prédiction pour la suite du témoignage de Bernard «Rambo» Gauthier : même si la commission Charbonneau tentera de le faire passer pour un zéro, il sera accueilli à son retour sur la Côte-Nord comme un héros.

Il y a tout un communicateur derrière cette paire de bras. Il y a des témoins à la commission qui peinent à se concentrer sur leur témoignage et à livrer une version plausible de faits face à un barrage de questions. Il y a des politiciens à l’Assemblée nationale qui peinent à faire passer leur message aux électeurs. Gauthier est arrivé à faire les deux jusqu’à présent: témoigner avec aplomb, et rassurer son monde sur ses qualités de leader.

M. Gauthier a utilisé mardi la tribune de la commission Charbonneau pour s’adresser à ses 600 «commettants» de l’Union des opérateurs de machinerie lourde sur la Côte-Nord. Il a posé en défenseur de leurs intérêts, en évoquant à plus d’une reprise le contexte difficile qui prévalait lorsqu’il a commencé sa carrière en 1991. «On crevait de faim», a-t-il dit.

Gauthier n’est pas un dieu, dit-il dans ses propres mots. Seulement un homme qui s’est levé debout pour protester contre la saignée des emplois et exiger que les travailleurs de la Côte-Nord accèdent à la manne des grands ouvrages hydroélectriques. «On est confiné dans notre coin. Quand l’ouvrage passe, il faut qu’on la prenne», estime-t-il.

Reconnu coupable de discrimination syndicale, Bernard Gauthier ne peut plus agir à titre de responsable du placement de la main d’œuvre sur la Côte-Nord pour la FTQ-C. Son influence n’en demeure pas moins très importante.

On verra ce que lui réserve le procureur Simon Tremblay pour la suite de la semaine. Gauthier n’était pas visé par l’opération Diligence. À moins qu’il ait été enregistré à son insu par des camarades syndicaux (ce dont je doute fort), il ne sera pas confronté à l’écoute électronique.

Les meilleures preuves de la culture d’intimidation et de discrimination qui fait rage sur la Côte-Nord résideront dans les témoignages des enquêteurs Michel Comeau et Jean-François Sabourin, et dans ceux d’une poignée d’entrepreneurs courageux qui ont osé dénoncer le «Rambo show». Le témoin sera confronté à leurs propos mercredi et jeudi.

Pour l’heure, l’homme à la coupe de cheveux ostentatoire démontre qu’il n’est pas arrivé au sommet de la structure syndicale de la Côte-Nord par hasard. Et il ne tombera par hasard. Hydro-Québec n’a pas eu le courage d’un Normand Pedneault, cet entrepreneur qui pleurait comme un enfant la semaine dernière lorsqu’il a décrit le passage à tabac de ses frères par les hommes de Gauthier.

La société d’État a toléré la stratégie de Bernard Gauthier; elle a «acheté la paix» par crainte qu’il ne perturbe les chantiers et qu’il retarde la livraison des ouvrages. À la limite, on peut comprendre le syndicaliste d’être surpris du procès d’intention qu’on lui fait subir aujourd’hui. Tout le monde savait ce qu’il faisait. Tout le monde le laissait courir.

Il serait grandement temps que les patrons de la société d’État viennent s’expliquer sur leur conduite. Bernard Gauthier ne peut porter à lui seul toute la responsabilité du climat pourri dans l’industrie de la construction sur la Côte-Nord.

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J’espère seulement qu’il ne sera pas élevé au rang de héros de par son comportement depuis qu ‘il œuvre dans le domaine de la construction

Selon la coutume actuellement en place, il devrait annoncer bientôt sa candidature pour le Parti québécois sur la Côte Nord…

J’ai du respect pour Mister Rambo, un homme qui se lève et défend l’embauche des gens de sa région avec passion, Un homme qui promeut l’intégrité physique de ses potes sur les chantiers. Un fort en gueule, oui. Pis? Rambo serait-il un Germinal des temps modernes? Un Michel Chartrand musclé? Go Rambo Go. Gros yeux? Jurons? Phrases assassines? OK pour moi mais… si tu mettais la pédale douce sur les phrases qui font peur ce serait encore mieux, Bernard Gauthier. Là, tu as la médaille d’argent. Organise-toi pour avoir l’or. 🙂

Pas surpris j’avais prévue ça ,j’ai côtoyer beaucoup de syndicat dans ma carrière ,j’y ai vue des bras , des menaces etc
C’est gens la passe souvent pour des héros parmi les leurs . On a même ériger une statue à un leader syndicale à Montréal .
Dans mon livre ces pas ça un héros bien au contraire

D’accord avec cette analyse Mr. Myles.

J’ajouterais: Si seulement l’achat de cette « paix » aurait profité aux travailleurs de la construction. Mais, sans risque de me tromper de beaucoup (marge
d’erreur 0%, loll) je dirais que les coûts d’achat ont profités beaucoup plus aux syndicats et autres magouilleurs qu’aux syndiqués .

En plus de la société d’État qui devrait venir s’expliquer, que penser de l’attitude des gouvernements et gouvernants successifs, avant et pendant
la période couverte par le mandat de la commission Charbonneau, et qui devait selon une expression consacrée «gérer les fonds publics en bon père
de famille» de devoir venir expliquer leur laxisme.

Et plus on fait le « ménage » et plus on s’apercoit qu’il y a des » racoins » sales et poussièreux dans la maison.

En bon entendeurs, Salut.

C’est très gênant. Rambo est le modèle parfait de ces entrepreneurs québécois qui n’ont pas suivi de cours d’éthique (très à la mode ces temps-ci), qui pratique le corporatisme, l’achat chez nous, le maillage, le réseautage et l’établissement progressif d’un monopole régional, en s’appuyant sur des règles désuètes pour empêcher la concurrence. Sauf qu’il n’emploie pas le même vocabulaire, ne porte pas la cravate, et ne connaît pas la langue de bois.

Il n`y a qu`un seul RAMBO ; il n`y en a pas au Saguenay et en Abitibi -Témiscamingue et pourtant les travailleurs de ces régions ont aussi( Faim) que sur la Côte Nord donc la problématique vient du fait qu`il y a de gros chantiers et par le fait même beaucoup d`argent qui circule!! Malgré tout cela la violence n`est pas de mise pour régler les problèmes de relations de travail. Rapeller-vous le saccage de la Baie-James; résultat beaucoup de millions de $ payé par les contribuables pour absolument rien! ÇA prend des leaders syndicaux soit. Par contre ça prend aussi des leaders gouvernementaux pour contre balancer et défendre les intérêts des payeurs de taxes qui se retrouvent plus souvent qu`autrement à payer la facture!!

Le syndicalisme n`a pas tous les droits et il faut les ramener à l`ordre et ça presse.

Rambo Gauthier se veut le justicier de la Côte Nord. Il y met de l’ordre quitte à fracasser quelques portes légales à l’occasion et en assure le contrôle par son ascendant sur ses potes! Mais il marche droit, sait où il veut aller et ne manque pas de convictions.Bref, il est un peu à l’opposé de tous ces « petits crosseurs » qui ont défilé à la commission Charbonneau.Et dans un sens, ce mec attire la sympathie pour cette passion à crier qu’un meilleur partage des emplois est nécessaire pour les travailleurs de la Côte Nord!

Il est choquant de constater la complaisance de plusieurs observateurs devant ce personnage. Faut-il en comprendre encore qu’il est à peu près banal de casser des gueules et des jambes, de menacer de violence pour se faire justice. Un crime est un crime, des voies de fait, c’est illégal, des menaces aussi. Que l’on poursuive et que l’on enferme ce criminel, un point c’est tout.

Plusieurs citoyens, observateurs, journalistes ont tendance a la complaisance devant ces justiciers barbares. Dans notre civilisation mal finie, certains admirent ces personnages qui se font justice eux-mêmes, en dehors des règles de droit. Menacer de le faire ou casser des gueules et des jambes, c’est l’affaire de bandits. Aucune cause ne devrait leur permettre d’échapper è la justice. Je souhaite que de tels barbare se retrouvent en prison pour longtemps.