Bilan de 2013 au fédéral : jusqu’à 50 milliards de baisses d’impôt en réserve

Le changement le plus significatif s’est produit dans les comptes du gouvernement, qui a soigneusement ouvert la porte à d’importantes baisses d’impôt à compter de 2016.

Dans sa dernière chronique pour L’actualité, Chantal Hébert lance cet avertissement à propos des prédictions en politique :

«Un mot en terminant sur l’inutilité de tenter de lire l’avenir en politique. Il y a un an, à la même date, personne ne voyait venir le scandale du Sénat et encore moins l’inénarrable saga du maire de Toronto, Rob Ford. Année après année, les événements se chargent de montrer que les boules de cristal sont au mieux des articles jetables

On pourrait ajouter, comme Yogi Berra, qu’il est très risqué de faire des prédictions, surtout en ce qui concerne l’avenir…

Les habitués de ce blogue savent que je n’ai pas hésité, pour ma part, à prédire que Stephen Harper remporterait les prochaines élections fédérales, prévues pour 2015. Je l’ai fait au moment où le chef conservateur était au plus bas, pour bien montrer que les résultats électoraux sont bien plus conditionnés par les courants de fond que par l’actualité politique.

Je crois par exemple que la stratégie budgétaire des conservateurs pèsera plus lourd en 2015 que le scandale du Sénat ou toute autre péripétie politique. Je ne me risquerais pas à prédire les diverses péripéties qui surviendront d’ici les prochaines élections fédérales, mais je demeure convaincu que si les conditions actuelles se maintiennent, les conservateurs vont encore gagner.

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Cette prédiction audacieuse, si loin de l’échéance électorale, repose sur trois raisons fondamentales.

La première, c’est la configuration du vote. En unissant la droite au début des années 2000, les conservateurs se sont donné un avantage important en termes électoraux. Les victoires des libéraux de Jean Chrétien en 1993, 1997 et 2000 reposaient en bonne partie sur la division entre conservateurs et réformistes. Aujourd’hui, le vote est divisé au centre et à gauche, entre libéraux et néodémocrates.

La configuration du vote, c’est aussi l’inclinaison plus conservatrice des électeurs canadiens. L’immigration massive en provenance de l’Asie et du sous-continent indien a induit une croissance importante d’électeurs culturellement plus conservateurs, à l’aise avec les politiques du gouvernement conservateur.

De même, la croissance démographique plus forte dans l’Ouest — là où le conservatisme canadien trouve ses racines — procure un autre avantage aux conservateurs qui pourront y faire élire plus de députés.

Finalement, il est bien connu que plus les électeurs sont âgés, plus ils sont conservateurs et plus ils votent.

Au Québec, malgré sa presque disparition du radar médiatique, le Bloc pourrait jouer un rôle important dans l’équation électorale en privant les libéraux et les néodémocrates de plusieurs sièges. Là encore, nous avons affaire à une configuration électorale de fond. Le BQ est le seul parti propre au Québec sur la scène fédérale, ce qui lui donne un avantage auprès de l’électorat francophone.

Les dernières projections font état d’une récolte possible de 35 sièges pour le Bloc, avec aussi peu que 27 % des intentions de vote. C’est qu’il y aura probablement de très nombreuses courses à trois et même à quatre au Québec en 2015.

Il suffirait que le Bloc obtienne 30 % ou plus du vote pour qu’il rafle la majorité des sièges. Cela pourrait lui permettre d’obtenir la balance du pouvoir à Ottawa en cas de gouvernement minoritaire, ce qui serait hautement souhaitable pour le Québec.

Rien dans les péripéties de 2013 n’a changé cette configuration du vote.

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La deuxième raison fondamentale a trait aux chefs en présence.

Le chef du Bloc québécois ne joue pas un grand rôle dans l’équation pour l’instant. Daniel Paillé n’a pas réussi à se démarquer, depuis deux ans qu’il dirige la formation québécoise. Le dernier sondage Léger nous apprenait d’ailleurs que 68 % des Québécois ne connaissent pas (ou n’ont pas d’opinion) à son propos. La côte à remonter donne le vertige.

Le seul moment où il aura réussi à faire les manchettes cette année a été plutôt négatif. La façon dont il a jeté Maria Mourani dehors était malhabile, trop empressée. Il aurait dû laisser à la députée le temps de s’exclure elle-même par ses propos, ce qui n’aurait pas manqué de se produire en quelques jours.

Thomas Mulcair, de son côté, engrange des chiffres de popularité impressionnants au Québec et, dans une moindre mesure, au Canada. Sa performance étincelante à la Chambre des communes a facilement éclipsé celle de Justin Trudeau.

Aidé des rebondissements des enquêtes sur le Sénat, le chef du NPD a su mettre Stephen Harper sur la défensive. Mulcair a réussi le pari difficile de succéder à Jack Layton, et c’est justement cette force qui joue, paradoxalement, en faveur de Harper. Si le NPD devait s’effondrer, ce sont les libéraux de Trudeau qui en profiteraient. Assez pour battre les conservateurs et remporter les prochaines élections.

Quant au Trudeau Light, sa popularité ne se dément pas. Il a beau multiplier les gaffes, les intentions de vote envers son parti sont au beau fixe. La performance des libéraux dans les partielles a bien montré qu’il ne s’agissait pas d’un feu de paille.

Mais quand viendra le temps de choisir un premier ministre, les Canadiens vont beaucoup hésiter à choisir le très candide chef libéral. Les conservateurs centristes vont se replier sur ce qu’ils perçoivent comme une valeur sûre en matière économique : Stephen Harper. D’autant que celui-ci ne manquera pas de promettre de nouvelles baisses d’impôt.

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C’est la troisième raison fondamentale qui me fait croire en une victoire conservatrice en 2015.

Si les manchettes ont surtout porté sur le scandale du Sénat et les problèmes de Stephen Harper, le changement le plus significatif depuis 2011 s’est produit dans les comptes du gouvernement, qui a soigneusement mis en place un cadre financier ouvrant la porte à d’importantes baisses d’impôt à compter de 2016.

Les efforts de réduction de la croissance des dépenses sont très importants. Dans l’appareil fédéral, d’abord, où les compressions font les manchettes depuis déjà trois ans. Il semblerait que les économies soient encore plus importantes que prévu. Ces réductions de dépenses, qui prennent souvent la forme d’emplois fédéraux en moins, seront récurrentes.

Il y a ensuite le plafonnement du programme de péréquation et la réduction des transferts en santé, qui permettront au gouvernement fédéral d’économiser des milliards de dollars chaque année.

Du côté des revenus, Ottawa prévoit qu’ils passeront de 254 en 2013 à 319 milliards en 2018. On parle ici d’une augmentation de 26 % en 5 ans. Les dépenses devraient passer de 280 en 2013 à 314 milliards en 2018, une augmentation de 12 %. C’est donc dire qu’au cours des cinq prochaines années, les revenus vont croître au moins deux fois plus vite que les dépenses.

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Cette stratégie budgétaire a été conçue pour générer d’importants surplus à moyen terme. Elle permettra aux conservateurs de promettre des baisses d’impôt très alléchantes pour l’électeur moyen.

À vue de nez et en me fondant sur mon expérience passée à Ottawa, je dirais qu’en 2015, le gouvernement Harper pourra promettre des baisses d’impôt d’au moins 50 milliards sur cinq ans, soit à peu près 3 000 dollars par contribuable.

Ce sera l’arme de choix pour le Parti conservateur. L’électeur ontarien hésitant entre les conservateurs et les libéraux aura beaucoup de difficulté à résister à la tentation.

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S’il semble tout-à-fait concevable que les Conservateurs offrent des baisses d’impôts aux contribuables, je ne miserais pas sur 50 milliards. Le Canada serait en bien meilleures postures à profiter de ces excédents pour constituer des provisions et le cas échéant pour commencer à rembourser sa dette ou renégocier certaines échéances de façon à réduire les intérêts sur la dette. Lorsqu’un État dispose d’excédents de trésorerie, il est au mieux pour emprunter à des taux très très bas.

Comme l’évoquait Chantal Hébert dans sa chronique : « De plus en plus de militants conservateurs ont commencé à imaginer un avenir avec un autre chef que Stephen Harper. » L’imagination est précisément cette « quatrième raison fondamentale » que vous ne mentionnez pas. L’imagination a pour effet de faire son « petit bonhomme de chemin », usuellement sans faire de bruit.

Si certains militants peuvent imaginer un avenir sans leur chef. Nous pourrions imaginer que bien des habitants du Canada puissent imaginer un pays gouverné par une autre formation que le Parti conservateur. C’est d’ailleurs sur cette capacité d’imaginer Thomas Mulcair comme un chef d’État en devenir qui porte une partie de l’électorat plus progressiste à songer sérieusement à donner un remplaçant à Stephen Harper.

Comme je le suggérais déjà dans votre article antérieur (sur le même sujet), j’ai le sentiment que monsieur Harper n’a plus rien à prouver, ni à se prouver à lui-même comme homme politique de premier plan. Par plusieurs aspects, il aura déjà inscrit son nom dans les livres d’histoires ; marqué à sa façon l’imaginaire (justement) de la population.

À son âge et compte-tenu de son prestige, il peut commencer une nouvelle carrière qui lui ouvrira certainement les portes des grandes organisations internationales. Prendrait-il le risque de perdre ses acquis ou celui encore d’une défaite électorale ou d’une demie-victoire à la tête d’un gouvernement minoritaire ? Cela reste à voir !

Quoiqu’il soit bien trop tôt pour pronostiquer les résultats de l’échéance électorale de 2015. Je ne voudrais pas jouer les rabats joies, si ce n’est que je conçois difficilement de quelle façon le Bloc pourrait s’y prendre pour jouer les troubles fêtes dans le paysage politique du québécois.

L’une des grandes forces d’un Gilles Duceppe notamment, est qu’il inspire le respect et encore la confiance. Je pense que je n’aurais pas été électeur du Bloc pendant un certain temps (bien que je n’adhère pas aux doctrines souverainistes actuelles) s’il n’avait été un excellent chef à la tête de cette formation politique. Personnellement, mes choix comme électeur sont plus affectifs que politiques. J’aime ou bien je n’aime pas.

— Je ne serais pas étonné que d’autres électeurs (ou électrices) soient comme moi. Et dans une élection, l’amour et l’affection, cela peut aussi faire une sacrée différence. D’ailleurs, je pense que c’est en politique bien faite, ce qui guide l’action.