Bilan de fin d’année à Ottawa : le NPD et le PLC

Le NPD peine à attirer les projecteurs et à remonter dans les sondages. Ainsi, l’idée que le seul parti capable de battre les conservateurs est celui de Justin Trudeau risque de s’incruster, dit Manon Cornellier.

PolitiqueSi les sondages faisaient foi de tout, les néo-démocrates auraient de quoi être découragés. Ils sont plutôt frustrés.

Malgré la solide performance de leur chef Thomas Mulcair aux Communes, malgré les politiques qu’ils dévoilent à la pièce, rien ne semble parvenir à ramener leur parti dans le peloton de tête. Ils restent bon troisièmes.

En plus, le NPD a fait mauvaise figure dans presque toutes les élections partielles tenues cette année, perdant même le siège d’Olivia Chow à Toronto.

Pour s’encourager, les néo-démocrates rappellent à qui veut l’entendre que le parti affiche quand même de meilleurs scores qu’il en avait sous Jack Layton à l’approche des élections de 2011.

Pour tenter de dénouer ce nœud, le NPD a décidé de dévoiler un à un les volets du futur programme électoral du parti pour démontrer qu’il est, en matière d’idées et de politiques, la vraie solution de rechange au Parti conservateur.

La manœuvre vise aussi à établir un contraste entre le chef libéral Justin Trudeau, dont on attend de connaître les propositions dans certains dossiers substantiels.

Un exemple : à M. Harper, qui propose aux familles des allègements fiscaux, M. Mulcair répond avec un projet de garderies à prix abordables. M. Trudeau, pour sa part, se dit opposé au fractionnement du revenu pour les familles avec enfants, mais à part d’y mettre fin, il ne dit rien de ce qu’il ferait de différent.

Un autre exemple : M. Mulcair promet de hausser le salaire minimum fédéral, ce à quoi s’oppose M. Harper. M. Trudeau, de son côté, promet de venir en aide à la classe moyenne, mais encore là, sans dire précisément comment.

M. Mulcair affiche aussi toute son expérience dans le feu de l’action. Lorsque le gouvernement a décidé de déployer des CF-18 pour participer aux frappes contre le groupe armé État islamique cet automne, le chef néo-démocrate a offert une opposition robuste et soumis une contre-proposition à la Chambre, à laquelle M. Trudeau n’a fait qu’adhérer.

Lors du débat sur la motion du gouvernement autorisant la mission en Irak, Thomas Mulcair a fait un long discours pour expliquer sa position, alors que M. Trudeau s’est contenté de poser deux questions. Jamais Jean Chrétien, Paul Martin, Stéphane Dion, Michael Ignatieff ou Bob Rae n’auraient raté pareille occasion de défendre leurs objections.

La tactique de M. Mulcair et les engagements de M. Harper font en sorte que des choix clairs sont en train de se dessiner pour les électeurs. Cela n’est pas sans risque, en particulier dans le cas de Thomas Mulcair.

Dans le dossier du contrôle des armes à feu, cela crée même des tensions dans son caucus. Il se rend aussi plus vulnérable aux attaques, mais son pari est que les électeurs veulent avoir le temps de comprendre ce qu’on leur propose.

Quant à son équipe parlementaire, elle se démène sur tous les fronts, profitant d’un caucus trois fois plus nombreux que celui des libéraux.

C’est le NPD qui a, entre autres, mené la charge contre la réforme électorale des conservateurs le printemps dernier, les libéraux sautant ensuite dans le train. Malgré tous ces efforts, les néo-démocrates ont souvent la déception de voir les libéraux en récolter les fruits.

Si le NPD ne parvient pas à attirer davantage les projecteurs ni à remonter dans les sondages, il court le risque que s’incruste l’idée que le seul parti capable de battre les conservateurs est le Parti libéral.

Le crédit pour cette performance libérale revient en très grande partie à Justin Trudeau, qui a réussi encore cette année à monopoliser l’attention des médias avec des prises de position audacieuses, dont celle exigeant de tous ses députés qu’ils votent en faveur du libre choix en matière d’avortement. (Cela fait rager les néo-démocrates, dont c’est la politique depuis toujours.)

Le charisme du chef libéral ne se dément pas non plus et fait toujours effet. Justin Trudeau a aussi une solide équipe qui a remis sur pied l’organisation et les finances du parti. Le PLC, qui tirait de l’arrière en matière de financement populaire, a devancé le NPD et talonne maintenant les conservateurs.

Trudeau est toutefois rattrapé parfois par des prises de position dont il n’a pas évalué toutes les conséquences. C’est le cas de sa promesse de tenir, dans toutes les circonscriptions, des courses à l’investiture ouvertes. Il n’impose personne, mais comment recruter des vedettes si elles risquent l’échec ? Il affiche donc ses préférences et, dans certains cas, le parti trouve les moyens d’écarter des concurrents qui soufflent dans le cou du favori du chef.

Des batailles locales ont tourné au vinaigre au cours des dernières semaines, dont une à Ottawa, entre le candidat-vedette Andrew Leslie, ancien haut gradé de la Défense, et le candidat défait à la direction du parti, David Bertschi. Des militants sont mécontents, mettent en doute la sincérité de Justin Trudeau et disent qu’ils iront voir ailleurs.

Mais en même temps, le parti n’a pas de difficulté à recruter des candidats et son membership augmente.

Ce qui est considéré comme une faiblesse — le refus de dévoiler des politiques plus précises — est un choix stratégique. À l’opposé de Thomas Mulcair, Justin Trudeau veut attendre afin de ne pas éventer ses munitions. Le danger dans son cas est que se sédimente encore plus l’impression qu’il manque de profondeur.

Et je ne peux conclure sans parler de cette affaire de harcèlement sexuel qui implique deux femmes députées néo-démocrates et deux libéraux.

Cette controverse a mis en opposition le NPD et le PLC, au grand plaisir des conservateurs, et a ravivé l’animosité entre les deux partis. La tension, qui a toujours existé entre eux, était carrément palpable cet automne après l’annonce, par Justin Trudeau, de la mise à l’écart des députés Scott Andrews et Massimo Pacetti.

Le NPD aurait voulu que les allégations restent confidentielles. Les libéraux, eux, disent que leur chef ne pouvait pas rester les bras croisés après qu’une des deux députées néo-démocrates se fut adressée à lui.

La partisanerie a envenimé les choses, chacun voulant à la fois protéger ses arrières et faire mal paraître son adversaire.

Au final, cela a provoqué, et c’est tant mieux, un mouvement en faveur d’un processus formel pour régler ce genre de situation, mais pour l’instant, la seule politique proposée vise les employés des députés et n’offre rien pour résoudre un cas entre députés.

Les deux députés libéraux sont toujours incertains de leur sort, et les deux femmes ignorent encore comment procéder pour se faire entendre. Ce qui veut dire que cette saga continuera au retour des Fêtes.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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9 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bilan de fin d’année à Ottawa et aucun commentaire sur le Bloc québécois de la part d’une chroniqueuse du très séparatiste Devoir???

Les traditions se perdent…

Le Bloc serait-il devenu un embarras dans l’univers indépendantiste au point où l’on préfère s’abstenir d’en mentionner le nom lors d’un bilan annuel?

À François 1,
Je comprends que vous rigoliez du Bloc Québécois; il est moribond.
Donc ça ne fais pas la une des journaux.

Je me désole comme vous qu’on fasse de même avec votre Tea Party.

La division du vote fédéraliste lors de la prochaine élection sera belle à constater! Et que dire de l’union des forces indépendantistes du Québec!

Un seul choix pour les indépendantistes… Votons Bloc Québécois!

Harper ? Cons., PLC, NDP, c’est du pareil au même! Sortons-en du Canada et au plus vite!
L’indépendance du Québec… la seule solution!

Moi, je suis tanné du Canada! C’est un pays que je veux!!!!

23 bonnes raisons sur 30 pour faire l’indépendance… et tellement d’autres encore !

http://www.boussoleelectorale.ca/resultats/federales/

Assez évident que le NPD redeviendra le 3 ieme parti lors des prochaines élections!! La logique des électeurs nous dit que choisir entre les idées progressistes du NPD qui n, a pas D,EMPRISE permanente dans l, ensemble des provinces et de choisir le parti libéral pour équilibrer les forces face aux conservateurs; pour moi le choix est assez facile a faire!

Ho! J, oubliais le Bloc, excusez-moi mais je ne crois pas du tout a la renaissance de ce parti dans le contexte fédéral!

En somme, le NPD et les libéraux occupent généralement une niche assez proche l’un de l’autre… On dirait que le NPD s’approche du centre en vertu de la realpolitik et de l’humeur de l’électorat et les libéraux eux surfent sur le travail fait par l’opposition officielle NPD. Cette stratégie est parfaite pour la réélection des conservateurs et ni Mulcair ni Trudeau n’ont à l’esprit l’intérêt du pays mais seulement l’appétit du pouvoir et de devenir le PM. Si les libéraux et le NPD peuvent compter sur environ 60% de l’électorat et les conservateurs sur 30% (leur base), il reste 10% de l’électorat qui va décider du prochain gouvernement et il est plus que probable qu’avec la division du vote au centre et à gauche, ce sont les conservateurs qui vont bénéficier de cet électorat qui est moins politisé, qui cherche la sécurité (les attentats du mois dernier ont été chercher cet électorat) et est plus vulnérable à la pub négative. En conclusion, en s’entre-déchirant le NPD et les libéraux font le jeu des conservateurs et sont leurs meilleurs alliés pour nous donner encore 4 ans de gouvernement Harper.

@ Pierre, votre analyse est tres réalste et n, oublions pas que M.Thomas Mulcair est un libéral dans l, âme et qu. il a de la difficulté avec les assises du parti NPD et est-ce qu, il prendra de vitesse Justin Trudeau et les libéraux???

Bien d’accord avec Pierre. Ce qu’il faudrait, donc, c’est que les citoyens fassent pression sur MM.Mulcair et Trudeau pour qu’ils s’unissent contre Harper et proposent un gouvernement de coalition aux électeurs. Est-ce que ça s’est déjà vu ? Une mise entre parenthèses de certains aspects de leur programme afin de s’entendre sur des lignes communes pour 4 ans. Ce serait drôlement bon pour la
démocratie ! Les 60 % d’électeurs qui veulent se défaire des conservateurs sont acquis et les 10 % d’indécis pourraient être attirés par
un tel mouvement de coalition. Mais je rêve…

Voyons, une grosse partie des électeurs sont sous le charme de Trudeau, un incompétent qui n’a jamais rien à dire d’intelligent. Ce n’est qu’un petit opportuniste, je souhaite que les gens ne se laisseront pas berner.
Il nous reste le NPD pour voir du changement.