Bilan de fin d’année à Ottawa : les conservateurs

Le gouvernement se vante sans cesse de son bilan économique. Le parcours n’est pas sans tache, mais ce ne sont pas eux qui vont s’y attarder. 

PolitiqueLes députés fédéraux ont levé le siège, vendredi, pour leur congé des Fêtes, au grand soulagement de tout le monde.

Ébranlés par la fusillade du 22 octobre dernier, troublés par les allégations de harcèlement sexuel faites par deux députées néo-démocrates contre deux députés libéraux, ils n’arrivent plus à contenir leur partisanerie et leur frustration. À moins d’un an des élections, un peu de repos ne leur fera pas de tort.

Cela sera d’autant plus nécessaire qu’au retour, à la mi-janvier, personne n’aura de répit jusqu’au scrutin. Aucun parti ne peut prétendre avoir l’avantage, en cette fin d’année 2014, bien qu’ils travaillent tous très fort pour y arriver.

Prenons les conservateurs (j’aborderai la situation de l’opposition dans mon prochain billet). Ils ont légèrement repris pied dans les sondages.

C’est triste à dire, parce qu’on n’aime pas penser aux retombées politiques d’un tel événement, mais les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa leur ont donné ce petit élan. Le sentiment d’insécurité favorise toujours la personne aux commandes si elle sait se montrer ferme et en contrôle, ce que M. Harper a fait, bien qu’il ait joué un peu vite la carte du terrorisme.

Le premier ministre a aussi profité de sa position privilégiée, celle d’être au pouvoir. Cela lui permet d’adopter immédiatement des lois et des dispositions budgétaires qui entreront en vigueur à temps pour les élections.

On l’a vu avec son annonce d’allègements fiscaux pour les familles avec enfants (fractionnement du revenu, bonification de la prestation pour garde d’enfant, crédit pour frais de garde), qu’il a faite avant même la présentation de la très attendue mise à jour économique et financière. Les retombées en espèces sonnantes et trébuchantes se feront sentir l’été prochain, à quelques semaines du scrutin.

La mise à jour économique a confirmé qu’on s’approchait de l’équilibre budgétaire et que les surplus seront au rendez-vous dès l’an prochain. Les conservateurs ont toutefois commencé à les dépenser, coupant ainsi l’herbe sous le pied de leurs adversaires. Avec moins d’argent dans la caisse, ils ne pourront pas faire d’aussi généreuses promesses, mais du coup, l’utilisation future de ces surplus est devenue un des enjeux centraux de la prochaine campagne.

Il y a toutefois une variable que le gouvernement ne contrôle pas : le prix du pétrole. Ce dernier ne cesse de chuter depuis cet automne, ce qui peut gruger sa marge de manœuvre.

Le ministre des Finances, Joe Oliver, en a tenu compte dans ses dernières prévisions, révisant à la baisse ses revenus de 2,5 milliards dollars par année, de 2015 à 2019. Ses calculs reposent toutefois sur un prix du baril de brut lourd à 75 dollars américains (il oscille actuellement autour de 60 dollars). Si cela continue, il pourrait être forcé d’utiliser ses réserves pour des éventualités de 3 milliards de dollars. Lorsque ces réserves restent intactes, elles servent alors à rembourser la dette.

Le gouvernement se vante sans cesse de son bilan économique, et les ministres Peter Van Loan et Denis Lebel n’y ont pas manqué, mercredi, en conférence de presse. Création d’emplois, réduction d’impôts, libre-échange — le gouvernement a réussi en particulier à conclure un important accord commercial avec l’Europe — sont sur toutes les lèvres. Le parcours n’est pas sans tache, mais ce ne sont pas eux qui vont s’y attarder. À l’opposition, qu’on taille en pièces, d’apporter les bémols.

Au-delà de l’économie

Le gouvernement a toutefois plus de fil à retordre dans une série de dossiers politiques et administratifs. Après presque huit ans au pouvoir, il ne peut plus blâmer les autres pour les ratés. Il doit en assumer la responsabilité, ce qu’il a bien du mal à accepter.

Parmi les dossiers chauds, il y a eu, seulement cette année, la réforme de la loi électorale, qui a provoqué un tollé sans précédent et qu’au moins deux groupes veulent contester devant les tribunaux.

Il y a eu aussi une dizaine d’échecs successifs devant la Cour suprême du Canada. Ces revers ont sonné le glas, entre autres, de la nomination du juge Marc Nadon et de la réforme du Sénat.

La controverse autour du traitement réservé aux anciens combattants handicapés ou souffrant de problèmes de santé mentale ne s’atténue pas. Le ministre responsable, Julian Fantino, est dans la mire des partis d’opposition, qui demandent sans relâche sa démission.

La liste des critiques est longue : fermeture de neuf bureaux du ministère des Anciens combattants, changements au programme de rentes d’invalidité, problèmes d’accès à certaines prestations confirmés par le vérificateur général. Et cette semaine, le Globe and Mail nous apprenait que l’an dernier, ce ministère a dépensé plus que prévu en frais d’administration, alors que des crédits pour des programmes destinés aux vétérans n’ont pas été complètement utilisés.

Le Globe and Mail a aussi découvert que les coupures de personnel ont affecté les services aux vétérans, ce que ces derniers disaient, mais que le gouvernement niait. L’affaire éventée, le ministère a lancé, cette semaine, des offres d’embauche.

Depuis presque deux ans, on entend des plaintes au sujet des retards de traitement des demandes de prestations d’assurance-emploi ou de la Sécurité de la vieillesse, et de la difficulté qu’ont les demandeurs à obtenir de l’aide de Services Canada.

L’ancienne ministre de l’Emploi et du Développement social, Diane Finley, a toujours affirmé que les services de première ligne n’avaient pas souffert des compressions budgétaires et de personnel. Son successeur, Jason Kenney, a répété la même chose. Jusqu’à ce que des chiffres sortent cette semaine et que le ministère avoue au Globe and Mail être sur le point d’embaucher 400 employés supplémentaires pour résoudre le problème.

La situation à Anciens Combattants et à Emploi et Développement social pose le risque, pour le gouvernement, de servir d’exemples concrets pour illustrer les effets pervers des compressions qu’il impose depuis quatre ans dans le seul but de pouvoir éliminer le déficit et offrir des réductions d’impôt. Cela rappelle aussi combien il résiste à tous les appels à la transparence à ce sujet.

Les conservateurs sont aussi sur la sellette pour leur lenteur à accueillir les 1 300 réfugiés syriens que le Canada avait promis de parrainer et de réinstaller (avec l’appui de groupes privés) avant la fin de 2014.

Il n’atteindra pas son objectif. Au lieu de s’expliquer, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, tente de se donner bonne figure en brandissant des chiffres qui englobent des réfugiés syriens accueillis depuis 2011.

Et que dire du dossier des changements climatiques ? L’inertie du Canada lui a même valu une remontrance publique du secrétaire général des Nations unies. Ce n’est pas rien.

Malgré cela, le premier ministre est catégorique. Pas question d’imposer des règlements, pourtant promis depuis 2007, au secteur pétrolier et gazier, surtout pas, comme il l’a dit cette semaine, quand le prix est si bas.

Ces différents enjeux, pour ne nommer que ceux-là, pourraient devenir des boulets aux pieds des conservateurs, à moins que le gouvernement n’arrive à corriger le tir. Il n’en verra toutefois pas la nécessité si cela n’affecte pas les intentions de vote des électeurs.

Pour conclure, le gouvernement a été fidèle à lui-même sur le front parlementaire. Il a fait adopter des projets de loi majeurs, comme ceux sur la prostitution, la réforme électorale et la mise en œuvre du budget.

Cependant, malgré sa position majoritaire aux Communes, il n’a pu résister à ce qui est devenu un réflexe : le recours, à un nombre record, à des motions d’allocation de temps, comme on les appelle en langage parlementaire.

En langage populaire, cela s’appelle un bâillon. Le bilan conservateur, c’est aussi ça.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Au moins avec les conservateurs, on se fait pas plumer. Car le PLC et le NPD avec leur programmes sociaux qu`ils veulent mettre en place, leur augmentation de bureaucratie, leur augmentation de subventions à plusieurs groupes(radio-canada, les autochtones, les réfugiés, poste-canada, etc..) et leur lois evironnemetales néfastes pour l`économie vont faire en sorte que le fardeau fiscal va augmenter et l`économie canadienne périclitée. Chômage en hausse, pauvreté en hausse. Tout ce qui passe dans notre chère province du Québec lourdement hypothéquée par les taxes, la dette, etc.. va se répercuter au fédéral et par la bande les citoyens.

Jackwood, entierement d, accord avec vous! Il y a contraste évident entre le fédéral et le Québec et entre le parti conservateur et les autres

M. Harper n’est pas un homme d’état car en démocratie un homme ou une femme d’état est avant tout une personne qui, par les gestes qu’elle pose à tous les jours , cherche à éclairer et à faire avancer la démocratie pour le mieux être de tous ses citoyens. La démocratie c’est la voie de la justice et de l’équité et c’est ce à quoi aspire fondamentalement chaque être humain vivant sur cette planète. Et il semble que ce besoin d’équité n’est pas seulement propre au genre humain. Je me souviens d’une histoire de petits singes frustrés de ne pas avoir eu la même récompense que ses autres compagnons comme de quoi que le sentiment d’injustice a des racines extrêmement profondes pour les animaux sociaux que nous sommes. M.Harper se sert de la démocratie mais ne cherche pas à la faire avancer. Au contraire depuis son début comme premier ministre M. Harper contrôle l’information en évitant de répondre aux questions des journalistes, en refusant pour lui-même et ses ministres un nombre exagéré d’entrevues à la télévision ou à la radio, entrevues souvent sur des sujets extrêmement importants pour nous, en multipliant les mécanismes pour empêcher nos propres institutions de recherches payées à même les taxes de tous les canadiens de répondre aux inquiétudes et interrogations légitimes de ses propres citoyens, en sabrant les budgets des institutions canadiennes de recherche, en tentant d’intimider les services d’information de radio-canada en laissant sous-entendre des représailles venant directement de membre de son propre cabinet sans parler des coupures qui s’étirent années après années comme par petites bouchées pour bien laisser sentir aux employés de cette institution que s’ils continuent d’agir comme des chevaux rétifs donc de refuser d’agir en télévision béni-oui-oui pour les différentes causes de l’agenda conservatrice fédérale qu’ils finiraient tous un jour ou l’autre par y perdre quelque chose. Tout cela nous amène à penser que M. Harper a véritablement un agenda caché et qu’il y travail depuis le tout début de ses mandats et que s’il se donne des aires d’homme d’état c’est qu’il s’agit de l’un des plus grands imposteurs que le Canada a connu.

Envoyé de mon iPad

Le gouvernement, c’est nous ! Votre topo est exact, mais les termes utilisés (vantardise et autres) sont inappropriés. Faire un bilan n’a rien à voir avec la vantardise. Les conservateurs savent compter, ce que les libéraux ne savent pas faire. Les conservateurs agissent rapidement, ce que l’électorat apprécie. Et le Québec, malgré son dédain pour les conservateurs, recevra sa juste part de la péréquation. Je vous l’ai dit, le gouvernement, c’est nous. Je sais que c’est mal vu de vivre selon ses moyens et d’inciter les gens à se prendre en main. Cette valeur conservatrice a encore sa place parmi les conservateurs. Et ne me dites pas que le petit Trudeau est assez intelligent pour mener notre pays.

Effectivement, le gouvernement c’est VOUS les conservateurs! Pas nous, le reste des Canadiens. Le gouvernement Harper s’appelle gouvernement Harper parce que ce n’est plus le gouvernement du Canada; il ne gouverne que pour sa base de droite et mène le pays en marge de la modernité et de la démocratie. Mais ce qui est faux c’est que vous savez compter. Si vous avez un surplus c’est après avoir émasculé les services fédéraux et fait les 4 volontés de l’oligarchie canadienne et internationale, en particulier les pétrolières. Votre gouvernement Harper a détruit les protections environnementales qui existaient et qui donnaient un certain équilibre entre l’industrie et le droit des citoyens à un environnement sain; maintenant, c’est le « free for all » pour les pétrolières en plus d’avoir détruit la crédibilité de l’Office national de l’énergie. Votre gouvernement dépense l’argent des contribuables comme un soulon en allant dans des campagnes militaires à l’étranger qui ont peu de sens pour les Canadiens et en finançant des commémorations de supposés faits d’arme qui ont peu à voir avec les réalités d’aujourd’hui, sans parler de son militarisme à outrance (malgré le sort peu envieux qu’il impose aux anciens combattants).

Ça c’est sans parler de la place du Canada dans la communauté internationale alors que le pays est presque devenu un paria avec ses politiques de soutien à l’industrie canadienne qui viole des droits humains à l’étranger à bouche que veux tu! Sans parler de la baisse de l’aide internationale dans bien des pays et de son alignement sur les avantages pour les industries canadiennes au lieu de se préoccuper de la pauvreté et de la santé. Non seulement votre gouvernement applique son idéologie à toutes les sauces mais en plus il a coupé les vivres aux organismes de charité qui oeuvraient à réduire la pauvreté mais qui ne partageaient pas sa philosophie pro-industrie. Sans oublier la vindicte de l’Agence du revenu qui fait des audits ciblant des organismes qui s’opposent à votre gouvernement.

Du côté de la démocratie, on repassera. Votre gouvernement a détourné non seulement la loi électorale est tentant à chaque fois de s’avantager mais en plus il a manipulé les circonscriptions électorales pour s’arranger à avoir l’avantage partisan dans ces nouvelles circonscriptions, en particulier en Ontario et dans l’ouest du pays, terrain privilégié de votre parti. Mais à grande échelle, votre gouvernement refuse de gouverner pour l’ensemble des Canadiens malgré le fait que plus de 60% d’entre eux ont voté contre votre idéologie très à droite. Votre parti a employé des moyens peu élogieux (robocalls par exemple) pour gagner les dernières élections et on peut s’attendre à des manoeuvres semblables pour la prochaine. Donc, vous repasserez pour une bonne gestion – votre gouvernement a un bilan déplorable sur tous les fronts et ne mérite certainement pas l’appellation « Gouvernement du Canada ».

Vous oubliez un peu trop facilement les autres aspects du bilan conservateur qui datent de quelques années comme l’affaiblissement des lois qui protègent notre environnement par le biais des lois mammouths très anti-démocratiques et surtout très hypocrites. Il y a aussi le mépris affiché par ce gouvernement envers les arts et les lettres ainsi que l’imposition de son idéologie religieuse en matière d’aide internationale pour les femmes et les enfants. Il ne faudrait pas oublier tout ce qu’ils ont fait au début de ce mandat et avant quand ils étaient minoritaires – leur tactique c’était bien évidente: faire leurs coups bas dès les premières années du mandat « majoritaire » pour ensuite inonder les électeurs avec des bonbons dans l’année qui vient, juste avant les élections pour qu’on oublie leur bilan négatif. C’est une manipulation de l’électorat qui mérite aussi d’être dénoncée.

Il ne faut pas oublier non plus que le PM Harper n’est pas le Premier ministre de tous les Canadiens mais seulement des conservateurs: on n’a qu’à penser au refus de rencontrer la PM libérale de l’Ontario depuis plusieurs mois alors qu’il a volontiers rencontré le nouveau maire conservateur de Toronto quelques semaines après son élection… Ce PM n’a qu’un but dans la vie: le pouvoir et gagner ses élections et il ne recule devant rien pour y parvenir. Il est chanceux car ce sont les libéraux et le NPD qui lui donnent cette opportunité de garder le pouvoir en s’arrachant le 60% de la population qui n’apprécie pas le conservatisme harperien et en divisant le vote du centre. J’ai bien hâte de voir ce que vous allez en dire quand vous aborderez leur bilan….