Bilan politique à Québec : la grande remontée de Pauline Marois

En cette première année d’apprentissage, on a souvent entendu ou lu des commentaires mettant en doute sa capacité à exercer la fonction de première ministre. Aujourd’hui, plus personne ne remet en doute sa capacité à occuper ses fonctions.

Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne

J’ai tourné ça dans tous les sens et j’y reviens toujours : le fait saillant de l’année politique à Québec, c’est la remontée spectaculaire du gouvernement du Parti Québécois et surtout, de la première ministre elle-même.

En quittant mes fonctions à la fin de la session en juin dernier, je répétais à tout le monde que tout était en place et que le gouvernement allait remonter la pente à l’automne. J’avais déclaré ceci :

«Je quitte le coeur léger, convaincu que tout est en place pour que le gouvernement ait beaucoup de succès à l’automne.»

J’y croyais, mais pas à ce point-là.

Je prédisais également que Philippe Couillard allait connaître des difficultés dès la fin de sa lune de miel, comme c’est le cas pour tous les nouveaux chefs de parti. J’avais noté les défaillances de son jugement politique et son fédéralisme radical. Je répétais donc que le chouchou de juin allait perdre de sa superbe.

J’y croyais, mais pas à ce point-là.

Du côté de François Legault, je prévoyais qu’il n’allait pas livrer sa promesse de publier un livre solide à propos de son Projet Saint-Laurent. Je dois admettre mon erreur. Le livre est solide et intéressant, même s’il est traversé par des contradictions fondamentales.

Je rajoutais que le débat sur la charte allait «séparer les eaux», ce qui ferait nécessairement mal à la CAQ.

J’y croyais et oui, à ce point-là.

La remontée du gouvernement est assez facile à expliquer.

J’ai souvent louangé le renouvellement en profondeur des élus du PQ depuis l’arrivée de Mme Marois à sa tête en 2007. Le corollaire nous est apparu rapidement dans la première année d’un gouvernement composé presque exclusivement de ministres recrues. Cette année d’expérience a été difficile, mais elle a aguerri tout le monde, ce qui nous offre le spectacle d’une équipe beaucoup plus disciplinée, avec beaucoup plus de cohésion.

Pauline Marois devait elle aussi apprendre à exercer ses fonctions, prendre le contrôle de l’action, de l’équipe, du message. Au cours de cette première année d’apprentissage, on a souvent entendu ou lu des commentaires mettant en doute sa capacité à exercer la fonction de première ministre. Aujourd’hui, ses adversaires critiquent évidemment encore ses décisions, ses propos ou ses actions, mais plus personne ne remet en doute sa capacité à occuper les fonctions qui sont les siennes.

En bref, nous avons maintenant une véritable équipe gouvernementale, dirigée par une chef d’orchestre en contrôle.

Si je devais identifier le moment décisif, je dirais que ce fut le conseil des ministres pour mobiliser l’État suite au drame de Lac-Mégantic. Sans trahir le secret du Conseil, disons que la façon dont la première ministre a écarté les obstacles bureaucratiques pour prendre directement les commandes a impressionné tout le monde.

Quant à Philippe Couillard, j’ai déjà fait la recension de ses erreurs de jugement politique. De ce côté, il ne pourra que s’améliorer.

Ce que je retiens de plus important dans son cas a trait à ce qui semble constituer son ossature politique, ce fédéralisme canadien en rupture avec celui de tous ses prédécesseurs libéraux.

Le nouveau chef avait annoncé ses couleurs dès son élection lorsqu’il a clamé son ambition de signer la Constitution canadienne sans condition. Il l’a réitérée lorsque, réagissant au projet de charte des valeurs, il s’est cantonné dans une position encore une fois radicale, refusant même qu’on puisse interdire aux juges de porter des signes religieux ostentatoires. Ainsi, dans le Québec de Philippe Couillard, rien n’interdirait à une juge de porter un tchador.

Il ressort de ces exemples (et d’autres épisodes) une posture antinationaliste. Antinationaliste québécois, mais nationaliste canadien. Loin d’être inédite pour un chef politique fédéral, cette posture l’est complètement pour un politicien aspirant à devenir premier ministre du Québec.

Au cours de la première année, l’équipe libérale a confirmé sa capacité de s’opposer efficacement et de faire mal au gouvernement. Elle apparaît cependant usée lorsqu’on l’examine en tant que solution de rechange au gouvernement. Il n’y a eu aucun renouvellement de ce côté, et les adversaires ont beau jeu d’affirmer que rien n’a changé au Parti libéral.

François Legault et son équipe ont continué à se démener, mais sans succès. Quand la CAQ réussissait à s’opposer efficacement au gouvernement, c’est le Parti libéral et Philippe Couillard qui semblaient en récolter les fruits. Quand la CAQ a collaboré avec le gouvernement pour faire adopter une loi sur les mines, c’est le PQ qui a récolté. Et puis, il y a eu l’affaire Duchesneau-Boisclair, au cours de laquelle Elliot Mess a perdu d’un coup une grande partie de sa crédibilité.

Le chef caquiste a eu beau s’agiter, rien n’y fait, c’est la stagnation durable dans l’opinion.

En 2013, nous avons donc assisté à la grande remontée de Pauline Marois, à la courte lune de miel de Philippe Couillard et à la stagnation durable de François Legault. On me dira que j’exagère, mais pourtant, à partir de juin, au moment où la popularité de Mme Marois touchait le fond, sa cote comme meilleure premier ministre a fait un bond incroyable de 15 points de pourcentage, tandis que les intentions de vote en faveur du gouvernement augmentaient de 10 points. Qui dit mieux ?

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4 commentaires
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J’ai lu ce matin ( jeudi le 19 nov 2013) la lettre de JF Lisée dans le Devoir sur le fédéral comme corps étranger pour Québec ( http://www.ledevoir.com/politique/quebec/395537/le-canada-un-corps-etranger-c-est-pire-que-vous-pensez). Bien que la formule choque certains esprits, je lui donne entièrement raison. Lisée donne 10 raisons, on aurait plus en mettre dix autres l’une à la suite de l’autre.

Or, si au niveau d’une province , les relations avec le fédéral deviennent de la politique extérieure, il est évident que le gouvernement Marois a marqué des points. Et ce, strictement à cause du fédéral lui-même. «Que vouuuulez-vous !» Harper lui-même a décidé de faire une croix sur le Québec, étant convaincu qu’il n’en avait pas besoin pour gouverner le Canada.

Les ministres de Mme Marois n’ont pas fait de grossières erreurs. Je les perçoit comme honnêtes, travaillants et même efficaces malgré qu’ils soient minoritaires en Chambre. À contrario, les Libéraux se sont montrés vindicatifs et hargneux ne pensant qu’à leur propre profit politique et non au bien des citoyens.

Il me semble donc normal et pas surprenant du tout que les citoyens, qui ne sont pas si bêtes après tout, en concluent que tout compte fait Mme marois et son gouvernement ont fait mieux que l’opposition depuis les dernières élections.

«Toute une constellation d’événements est nécessaire pour une réussite.»
[Rainer Maria Rilke]

Connaissant les Québécois, aux prochaines élections ils répudieront madame Marois et feront élire les Libéraux. La reconnaissance, très peu pour eux ! Et ceux qui disent que les citoyens ne sont pas si bêtes après tout…

M. François 1 classe tous les péquistes comme des hypocrites, ce qui n’est pas plus le cas que si on remplaçait péquistes par libéraux.

Mme Marois devrait finir par faire l’affaire de François 1 : Un Québec souverains…dans le Canada ou bien un Québec souverain-canadien.

Comment ? Nous avons assez de constitutionnalistes intelligents…normalement, pour trouver le comment, ce qui devrait rassurer les fédéralistes qui craignent de perdre leurs Rocheuses, la monnaie canadienne en plus de voir des postes frontières du Québec avec l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et même avec le Labrador où on gèle mais, c’est tellement beau avec ses chutes favorables au pouvoir électrique écologique.