Bloc québécois : un de perdu, un de retrouvé

L’entourage de Mario Beaulieu est persuadé que le départ de Jean-François Fortin est un cas isolé. Le Bloc compte 500 membres de plus depuis juin, et des critiques de la première heure se rallient peu à peu, dit Manon Cornellier.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiqueLe député Jean-François Fortin a quitté de façon fracassante le navire bloquiste, mardi, semant l’émoi dans les rangs. Il n’a toutefois pas provoqué les remous observés au lendemain de l’élection du nouveau chef Mario Beaulieu en juin, ni aucune vague de départs au sein des exécutifs — du moins, pour l’instant.

En fait, il a surtout réussi à occulter le ralliement d’un ancien député qui, en juin, était un des plus sévères à l’endroit du nouveau chef.

Député bloquiste d’Abitibi-Témiscamingue de 2004 à 2011, Marc Lemay n’avait pas ménagé ses paroles, se montrant très dur à l’endroit de M. Beaulieu. Il affirmait même que «jamais» il ne travaillerait «avec ce monsieur-là».

Marc Lemay tenait pourtant une conférence de presse conjointe avec ce monsieur, jeudi dernier en Abitibi, pour annoncer qu’il se ralliait au chef bloquiste. Ses inquiétudes auraient été dissipées, a-t-il dit.

En entrevue, il dit ne pas comprendre la sortie de son ancien collègue Fortin. «J’ai été très surpris par son geste. […] Il exprime les mêmes reproches que moi en juin, mais Mario Beaulieu a changé de discours. Et il a fait beaucoup d’efforts, il s’est mis au travail. Il sait qu’il en a encore beaucoup à faire, que rien n’est gagné ni acquis», confie Marc Lemay qui pense qu’à un an des élections, ce dernier épisode n’aide par le Bloc.

Que reproche M. Fortin à son chef ? Dans le communiqué qu’il a émis mardi, il a annoncé qu’il siégerait dorénavant comme indépendant, parce que le Bloc québécois (BQ) auquel il a cru n’existe plus et en attribuait toute la responsabilité à M. Beaulieu.

La liste de ses critiques est longue : «discours déconnecté», «vision simpliste», «approche unidimensionnelle, peu rigoureuse et intransigeante [qui] a mis fin à cette crédibilité établie par Gilles Duceppe et poursuivie par Daniel Paillé». Il remet sur la table la déclaration faite par M. Beaulieu au moment de son élection à l’effet que «le temps de l’attente et du défaitisme» était terminé.

Selon M. Fortin, M. Beaulieu ne met pas de l’avant l’approche ouverte, tournée vers l’autre, qui a caractérisé le BQ et qui, au-delà des étiquettes, permettait de défendre tous les citoyens de son comté et des régions du Québec. Il accuse M. Beaulieu de folkloriser et de radicaliser le parti et de diviser les souverainistes avec une «approche dogmatique». Il soutient que le chef alimente les craintes et les peurs et qu’il n’a pas fait ce qu’il fallait pour unir le parti ni écouter les suggestions faites en ce sens.

M. Beaulieu a été élu avec tout juste 53 % des voix contre son adversaire, le député André Bellavance, que les trois autres députés appuyaient. Les opposants du nouveau chef retenaient contre lui son intention de vouloir négliger le travail parlementaire au profit d’une campagne permanente en faveur de l’indépendance et de tenir un discours plus musclé.

Le camp Beaulieu a vivement réagi au départ de Jean-François Fortin. Le caucus du Bloc se retrouve réduit à trois personnes, M. Beaulieu n’étant pas député. De plus, le discours de M. Fortin risque de raviver les reproches faits au nouveau chef dès le jour de son élection, alors qu’on estime y avoir répondu.

Mais qui dit vrai ? Difficile de trancher, car les versions des deux camps divergent. C’est la parole de l’un contre celle de l’autre.

Dans le camp Beaulieu, on dit que le chef a tendu la main aux hésitants et opposants, y compris à M. Fortin. Ce dernier confirme en entrevue avoir rencontré le chef à plus d’une reprise pour lui dire qu’il partageait ses objectifs, mais pas les moyens. Malheureusement, dit-il, M. Beaulieu n’a montré aucune volonté de changement. Dans le clan Beaulieu, on dit plutôt que M. Fortin n’a jamais vraiment mis cartes sur table, et on en veut pour preuve cette idée de nouveau parti des régions qu’il a fait circuler à la mi-juillet auprès de quelques bloquistes.

M. Fortin soutient qu’il ne s’agissait pas d’un complot, qu’il en a informé le parti par l’entremise d’un courriel. Au parti, on dit que ce courriel a été porté à la connaissance de la direction par accident.

Vous voyez le topo. Mais au bout du compte, le Bloc est face à une petite tempête capable de ranimer la grogne de ceux qui ne voulaient rien savoir de M. Beaulieu. Cela ne facilite pas sa tâche de réconciliation, d’autant plus qu’il doit au même moment travailler à remettre le parti sur pied.

Son entourage reste toutefois persuadé que la sortie de M. Fortin est un cas isolé. Le Bloc compte 500 membres de plus, depuis juin et des critiques de la première heure se rallient peu à peu, l’ancien député Marc Lemay étant le dernier exemple.

Contrairement à M. Fortin, M. Lemay dit que son chef a clarifié ses idées, répondu à ses inquiétudes et expliqué sa déclaration faite le jour de son élection à la direction du parti. Il lui aurait dit que lorsqu’il parlait d’attentisme et de défaitisme, il décrivait le climat général au Québec depuis 20 ans et ne passait pas un jugement sur le travail du Bloc, loin de là.

Satisfait, Marc Lemay, qui ne sera toutefois pas candidat, a décidé de remettre l’épaule à la roue pour aider le parti à se relancer dans sa région.

D’autres annonces, dit-on, devraient suivre pour démontrer que le nouveau chef a su rétablir les ponts et ajuster son approche et son discours. C’est à suivre.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Si on veut faire l’indépendance du Québec autant que M. Beaulieu, me semble que la dernière place pour commencer à y travailler est Ottawa où on discute de coupures èa Statistiques Canada ou de budget des forces armées.

Oui mais, ça permet à un séparatiste québécois de pouvoir voter au fédéral pour un parti qui préconise ses objectifs constitutionnels. Il ne peut, quand même, pas voter pour un parti fédéraliste.

Ce qui est bizarre de la part de M » Fortin est qu’il reproche à M. Beaulieu ce que lui-même prônait dans une lettre publiée dans Le Devoir de janvier 2014.
M. Fortin s’est-il, depuis, converti à une autre idéologie?

L’indépendance, on peut en parler partout: à Québec, à Montréal, à Ottawa.
Alex Salmond, il n’y a pas si longtemps, est venu nous en parler, ici , au Québec. C’est pourtant loin de l’Écosse.

Les »taponneux » du bloc.
Comme René Lévesque et les reliquats de l’union nationale qui se sont appropriés a une certaine époque le mouvement indépendantiste ceux du bloc sont en train de disparaître de la scène politique et c’est très bien ainsi. Le bloc est une espèce de parasite qui s’accroche au système fédéral en sachant très bien que la récréation est terminé ,Le bloc n’est plus un mouvement de protestation vis avis du fédéral et encore moins un mouvement indépendantiste appuyé par un certain pourcentage de la population. Duceppe n’ fait que profiter de la création de ce mouvement de protestation initier par Lucien Bouchard qui lui a compris que l’espoir pour un Québec indépendant ne viendrait pas avec le bloc.

C’est fini messieurs du bloc trouvez -vous une autre carrière pour vous bâtir un fond de pension .

En passant j’ai remarqué lors du reportage sur la mort de Raymond Gravel,que M.Duceppe en interview n’a jamais mentionné que celui-ci avait été un grand indépendantiste qui voulait au sein du bloc faire avancer la cause de l’indépendance malgré les réticences des »taponneux » et révolutionnaires de salon qui formaient la majorité au bloc.

Le bloc est parti prendre son Bovril et aprèes réflexion il devra se sans doute prendre sa retraite!

Le Bloc va dépenser sa dernière subvention fédérale d’un demi-million avant que son caucus quitte Ottawa sur un scooter.

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