Bon retour, Roméo!

Le retour de Roméo Saganash à la Chambre des communes tombe à point nommé.

Le député néo-démocrate d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou revient en effet après une cure de désintoxication suivant son admission, l’automne dernier, d’un problème de dépendance.

De retour en pleine montée du mouvement autochtone Idle No More, il s’est vu attribuer par son chef, Thomas Mulcair, le rôle de porte-parole adjoint aux Affaires intergouvernementales autochtones. Une bonne décision.

Rappelons que M. Saganash a une longue feuille de route dans ce domaine d’expertise. Agé de 49 ans et né à Waswanipi, au Québec, il est tombé jeune dans la marmite de la politique communautaire lorsqu’en 1981, il travaillait avec le chef Cri Billy Diamond, puis fondait le Conseil des Jeunes de la Nation Crie.

Au Québec, armé d’une excellente maîtrise de la langue française et d’une compréhension solide des enjeux juridiques, on l’aura ensuite beaucoup vu, entre autres, dans son rôle auprès du Grand Conseil des Cris. Puis, plus tard, lors des négociations complexes entourant l’entente dite de la Paix des braves avec le gouvernement Landry, signée en 2002.

En fait, dès que l’on fait partie de ceux et celles qui couvrent la politique québécoise depuis au moins vingt ans, on sait que Roméo Saganash faisait ici partie des voix, disons, incontournables.

En 2011, c’est sous la bannière du NPD qu’il fera son entrée à la Chambre des communes au moment où, sous la direction de Jack Layton, ce parti balaie, ou presque, le Québec.

Après le décès de Jack Layton à l’été 2011, Roméo Saganash tentera même sa chance dans la course au leadership. Se retirant avant la fin, il donnera ensuite son appui à Thomas Mulcair.

Aujourd’hui, son retour marquera sûrement des interventions intéressantes sur la question autochtone.

Et ce, au moment même où le gouvernement Harper est aux prises d’un côté, avec le mouvement Idle No More, issu de la société civile autochtone du Canada, et de l’autre, avec le leadership autochtone plus institutionnel. Soit celui de l’Assemblée des Premières Nations (APN), lui-même remis en question par cette même société civile et dont le chef national partait en «congé de maladie» après la réunion du 11 janvier tenue sous grande pression entre l’APN et Stephen Harper.

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La semaine dernière, dans mon analyse de Idle No More, j’avançais qu’un des principaux enjeux de ce mouvement touchait la question de plus en plus chaude des ressources naturelles prise sous l’angle d’une évidente ouverture de plusieurs gouvernements au Canada, fédéral et provinciaux, à leur exploration et exploitation accélérées par des intérêts privés, d’ici et de l’étranger.

J’y avançais aussi que cet enjeu crucial est également celui de tous les citoyens, non-autochtones et autochtones. Crucial, de par les impacts potentiellement négatifs sur l’environnement de certaines filières plus controversées. Crucial, de par un partage des profits qui risque fort de ne pas bénéficier suffisamment aux populations qui en sont pourtant les «vrais» propriétaires.

Dans cet extrait du Devoir, on voit à quel point Roméo Saganash partage le même point de vue:

«Le démantèlement de plusieurs aspects fondamentaux de ce pays est en train d’être mené par ce gouvernement », estime le néodémocrate en citant le sort de l’environnement, du développement des ressources naturelles, de la protection des eaux navigables ou du régime d’assurance-emploi. « Ça concerne tout le monde, pas uniquement les autochtones. »

En effet.

Dans une longue entrevue fort personnelle accordée au MacLean’s. M. Saganash parle de sa cure, mais aussi de son enfance, de sa naissance «sous une tente» et de son long passage difficile en école résidentielle. Un passage qu’il compare à celui d’un «prisonnier politique, linguistique et culturel».

Il parle aussi du vaste comté qu’il représente, de ses populations disparates, autochtones et non autochtones, de même que du choix qu’en avait fait pour lui Jack Layton.

Et, bien sûr, il parle du mouvement Idle No More, de la grève de la faim de la chef Theresa Spence et des divisions au sein de l’Assemblée des Premières Nations.

En deux parties, cette entrevue est à lire ici et ici.

Bon retour, Roméo! Vous ne manquerez pas de défis pour les prochains mois.

 

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Bon retour M. Saganash.

Saganash, ça fait « Premières nations » mais, Roméo¸ ça fait très européen. Est-ce qu’il est Métis ?

Louis Riel l’était et Max Gros-Louis aussi.

Bonjour,

Bien sûr, Monsieur Roméo Saganash en se délivrant de sa dépendance à l’alcool vient de se faire un des plus grands cadeaux de toute une Vie, soit la sobriété afin de toujours avoir les idées comme nous disons dans le jargon « claires ». Tout en félicitant Monsieur Roméo Saganash de cette prise de conscience par la sobriété.
En effet, Monsieur Roméo Saganash arrive à point nommé en sortant de sa cure de désintoxication. Avec en prime le grandiose mouvement d’Idle No More qui saura apporter de l’eau au moulin ainsi que du Pain sur la planche pour occuper conscience et esprit.

En terminant, félicitations sincères à Monsieur Roméo Saganash pour votre courage d’avoir admit votre dépendance à ces états ombrageux d’éthylisme. Car en passant, tout comme le nationalisme, l’alcool rend souvent certaines personnes semblables à la Bête pour souvent les faire mourir, l’Un pour un drapeau et l’Autre pour la dive bouteille….. Bien à vous, John Bull.

Un membre des premières nations qui s’occupera du dossier des premières nations. Cela semble tout indiqué.

Fasse le ciel que ce porte-parole des siens puisse influencer les politiciens qui ne savent sur quel pied danser, pusillanimes qu’ils sont.

Ce ne sont pas les recommandations qui manquent. Il y a des piles de rapports volontairement oubliés, ignorés. C’est la volonté politique qui brille par son absence.

Bon courage à Monsieur Saganash et félicitations à Thomas Mulcaire d’avoir eu le courage de lui faire confiance.

Maintenant, voyons voir ce que l’avenir nous réserve. Même dans l’opposition on peut faire bouger les choses. Le BQ l’a fait.

Bon retour à M. Saganash. Il faudra quand même faire attention pour se familiariser avec les questions autochtones à travers le pays. Exemple: aujourd’hui son chef recommande au gouvernement Harper de suivre l’exemple québécois en matière de traités. Or, les traités les plus récents et qui sont les plus intéressants pour les peuples autochtones viennent de Colombie-Britannique (Nisga’a, Mah Nulth et le dernier, celui de Tsawwassen qui est le premier traité avec un peuple autochtone qui est strictement en milieu urbain). M. Mulcair évidemment vise l’électorat québécois et veut le flatter dans le sens du poil mais il devrait quand même consulter les peuples autochtones du Canada (y compris les Inuits qui ont aussi un traité moderne très intéressant, celui du Nunavut) et voir quelle approche est la plus susceptible d’avoir du succès. M. Saganash pourra certainement l’aider à ce faire.

M. Bull a raison de mentionner les dépendances à l’alcool et au nationalisme mais il y a aussi celle du CH de Montréal, nos amours de joueurs européens, qui s’accompagne souvent d’une bonne bière et de croustilles ou de pop corn ou de n’importe qui qui se mange au salon.

Je sympathise avec M. Saganash pour son rôle de prisonnier politique, linguistique et culturel. Bien des Québécois savent de quoi il parle ayant été des prisonniers religieux dans des séminaires, des couvents, des collèges, des juvenats, des noviciats, des instituts, des paroisses etc…..