[Élections municipales] Bonne chance, M. Coderre

On ne peut pas dire que le gouvernement du Québec attend le nouveau maire de Montréal les bras grand ouverts.

Photo: Ryan Remiorz/Presse canadienne
Photo: Ryan Remiorz/Presse canadienne

Au lendemain d’une victoire électorale, on peut mesurer la capacité d’un nouvel élu politique à atteindre des objectifs difficiles selon le capital politique dont il dispose. Plus il en a, plus il peut en dépenser, sans s’inquiéter d’atteindre un point où sa réélection pourrait être menaçée.

Pour analyser les résultats des élections municipales, je vous invite à examiner le capital politique dont disposent les maires de cinq plus grandes villes du Québec.

Québec

Avec 74 % des votes exprimées, Régis Labeaume se retrouve ce matin avec beaucoup de capital politique. D’autant qu’au total, il aura récolté 39,9 % du total des électeurs inscrits. C’est considérable. À titre de comparaison, le PQ a été élu avec 23,5 % du total des électeurs inscrits. Le maire a même une succursale à Québec avec la CAQ, qui a déposé un projet de loi en tous points conforme à ce qu’il désire dans sa bataille contre les syndicats. Rendu là, la CAQ pourrait s’assurer la victoire à Québec aux prochaines élections en changeant son nom. De «Coalition avenir Québec équipe François Legault», on passerait à «Coalition avenir Québec équipe Régis Labeaume». La popularité du maire dépassant les frontières de Québec, qui sait, ça pourrait rapporter aussi dans le 450…

Le roi de Québec pourra donc dépenser son capital sans compter dans sa croisade pour obtenir du gouvernement du Québec les moyens législatifs de ses ambitions. Il pourra se chicaner avec ses fonctionnaires. Il pourra envoyer paître tous et chacun. Et même s’il en venait à indisposer un nombre toujours croissant de ses concitoyens, il pourra compter sur une réserve de capital politique qui semble presque inépuisable. Mais comme rien n’est hors de la portée de Régis, on ne doit pas douter de sa capacité à dilapider un aussi considérable trésor de guerre politique. Avec Régis Labeaume, rien n’est exclu…

Laval

Marc Demers, le nouveau maire de Laval, l’a emporté haut la main, avec 44 % des voix contre 24 % pour Jean-Claude Gobé, son plus proche rival. Cependant, la participation électorale fut faiblarde à Laval avec un taux décevant de 41 %, un peu mieux que le 36 % de 2009. Le nouveau maire de Laval a toute la légitimité nécessaire pour faire un ménage en profondeur dans sa ville, sa priorité numéro un, mais avec seulement 17,3 % des votes éligibles, il devra se bâtir un capital politique s’il veut en imposer à ses collègues de la région montréalaise et au gouvernement du Québec. Son avantage: comme il fut candidat pour le PQ et qu’il a accepté de céder sa place à Léo Bureau-Blouin en 2012, il aura l’oreille du gouvernement et il en aura bien besoin pour nettoyer la maison lavalloise, une tâche qui sera rude. S’il y parvient, il sera solidement en selle pour la suite.

Longueuil

Sur la Rive-Sud, Caroline St-Hilaire a tout simplement triomphé en remportant 87 % des voix ! On dira qu’elle n’avait pas vraiment d’adversaire, mais cela en dit aussi long sur sa force politique que sur le désarroi de ses adversaires. Cette absence de lutte explique peut-être en partie le taux de participation faible de 40 %. Au total, elle aura obtenu 28,6 % des votes éligibles. La mairesse de Longueuil a accumulé beaucoup de capital politique, d’autant qu’elle n’a pas eu à en dépenser pour se faire réélire. Ancienne députée du Bloc, conjointe d’un ministre du gouvernement, mairesse d’une ville où plusieurs ministres ont été élus, elle a beaucoup d’atouts dans son jeu. Si une bataille importante se présente, elle sera en position de force.

Gatineau

À Gatineau, l’éternelle oublié des médias québécois, Maxime Pedneault-Jobin a causé la surprise en remportant une victoire très convaincante, avec 53 % des suffrages exprimés contre 36 % pour le maire sortant, Marc Bureau. Là aussi, le taux de participation a péniblement atteint les 40 %. Au total, MPJ aura obtenu 21,7 % des votes éligibles. Sa victoire surprise et convaincante lui offre un surcroit de capital politique.

J’ai longtemps résidé en Outaouais et ça va faire du bien à Gatineau d’avoir un maire dynamique et déterminé. Pour tout vous dire, Marc Bureau incarnait pour moi la quintessence de la léthargie en politique. Souverainiste déclaré, gendre de Bernard Landry, le nouveau maire de Gatineau devra trouver le moyen de se faire entendre de Québec et d’Ottawa. Ce n’est pas facile d’y arriver parce que l’Outaouais a la fâcheuse tendance à voter tout le temps du même bord. Les libéraux tiennent donc la région pour acquis, tandis que les péquistes baissent trop souvent les bras. Il devra utiliser son capital politique au maximum et s’il réussit, ce sera un investissement très rentable pour lui-même comme pour sa ville.

Montréal

Reste Montréal et son nouveau maire, qui demeurent les plus gros morceaux au niveau municipal. Parmi les maires des cinq plus grandes villes, Denis Coderre a été élu avec la plus faible majorité des voix exprimées, soit 32 %. Au total, le nouveau maire de Montréal aura obtenu seulement 12,9 % des votes éligibles, une proportion très faible. Le taux de participation, qui est resté le même qu’en 2009, est très décevant pour des élections aussi animées et qui ont bénéficié d’une intense couverture médiatique. M. Coderre a aussi beaucoup dépensé de son capital de départ pour se faire élire, de sorte qu’il arrive au fil d’arrivée avec une besace presque vide.

Je connais bien le politicien, probablement l’adversaire le plus coriace du Bloc Québécois à Ottawa dans les années 2000. Son énergie, son expérience, son bagou et sa capacité à ignorer les sarcasmes pour atteindre son but forcent le respect. Il aura besoin de tous ces outils pour réussir. Adversaire déclaré des souverainistes et de la Charte, traînant avec lui une équipe lestée d’un lourd bilan en matière d’éthique, il n’est pas ce qu’on ne pourrait dire l’homme que le gouvernement attend avec les bras les plus grand ouverts. À Ottawa, il a collectionné les ennemis du côté conservateur, mais encore plus du côté de Thomas Mulcair, qu’il a affronté durement sur la scène fédérale. Et entre lui et Justin Trudeau, il n’y a pas d’amour de perdu…

Là où Denis Coderre pourrait se trouver un ami, c’est en tendant la main à Régis Labeaume pour l’aider dans sa croisade contre les régimes de retraite des employés municipaux. Or, dès le lendemain des élections, le maire de Montréal lui a dit de «se calmer les nerfs» ! Ça peut sembler étrange à première vue, mais en fait, le maire de Montréal doit soigneusement choisir ses batailles, et celle de Régis Labeaume n’est pas la sienne. Et puis, en tenant tête au maire de Québec, M. Coderre pourrait réussir à mettre les Montréalais de son bord. La rivalité Montréal/Québec, ce n’est jamais loin…

Bref, M. Coderre n’a ni capital politique, ni alliés naturels. Si j’avais des conseils à lui donner, ce serait d’abord de soigner ses relations avec le gouvernement du Québec. Je connais bien les ministres du gouvernement — et la première d’entre eux — et je sais que tous, sans exception, aiment Montréal. Jean-François Lisée l’aime à la folie. La première ministre s’en préoccupe quotidiennement. Les Montréalais et beaucoup de Québécois d’en dehors souhaitent que Montréal fonctionne et redevienne la locomotive économique et culturelle qu’elle ne devrait jamais cesser d’être. On a besoin d’une métropole forte, francophone, avec des liens tissés serrés avec le reste du Québec. En travaillant dans cet esprit, Denis Coderre trouvera des alliés objectifs à Québec.

Mon deuxième conseil pour le nouveau maire, c’est de montrer du respect à tous les Montréalais et en particulier aux francophones. Il ne peut ignorer que l’appui le plus fort de tous le Québec envers la Charte des valeurs, c’est à Montréal qu’il se trouve, du côté francophone. L’opposition la plus forte se trouve aussi à Montréal, du côté anglophone. Prendre parti pour les uns en méprisant l’opinion des autres est contreproductif. Il devrait laisser tomber son combat contre la Charte et retrouver une neutralité de bon aloi. Quand on a aussi peu de capital politique, Monsieur le maire, on doit choisir ses batailles.

Mon troisième conseil est fort simple. Je lui suggère fortement de se choisir des batailles bien concrètes, qui vont améliorer le fonctionnement de sa ville. Des batailles qu’il peut gagner. C’est de cette façon qu’il arrivera à accumuler peu à peu un capital politique digne de ce nom. De mois en mois, d’année en année, patiemment.

Mais qu’il prenne garde: ce capital, il pourra le perdre d’un seul coup s’il laisse la corruption reprendre le dessus.

Je termine en félicitant tous les nouveaux élus.

Ah oui! Bonne chance, M. Coderre. Vous en aurez bien besoin…

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Étant donné que j’habite Longueuil, j’aimerais un peu en parler. Car cette ville est devenue le parfait emblème de tout ce qu’on ne devrait pas voir en démocratie. D’abord, il a fallu qu’un honnête citoyen — Pardo Chiocchio — ait accepté de se sacrifier pour que soit finalement tenue une élection. Autrement madame Saint-Hilaire aurait été certainement élue avec 100% des voix par acclamation. Pour parvenir à ce score de 87%, il aura fallu que quelques électeurs comme moi, se dévouent pour voter contre elle en choisissant monsieur Chiocchio que personne ou à peu près ne connait. Autrement, même en tenant cette élection, elle aurait été élue pour ainsi dire sans presque nulle opposition si une poignée d’autres citoyens n’avait pas fait comme moi.

En quatre ans, toute forme de démocratie municipale est à peu près définitivement morte à Longueuil. C’est la « grande apathie généralisée », l’indifférence institutionnalisée. La ville a réduit pratiquement de moitié le nombre de ses conseillers municipaux. Ce qui veut dire moins de districts, moins de conseillers proches des gens et plus de bureaucratie. Aussi, puisque c’est le vœu de la mairesse : plus de Police partout, donc plus de contraventions pour les longueuillois quand nous avons pour ainsi dire presque le record provincial dans ce domaine, lorsqu’il y a déjà dans cette agglomération plutôt moins de problèmes de sécurité qu’ailleurs.

Le budget de la police cannibalise plus de 30% des ressources de la ville étant de loin le premier budget.

Hormis, Action Longueuil, le parti de la mairesse, il n’y a plus aucun parti municipal et tous les autres candidats au Conseil sont indépendants, disposent pour la plupart de moyens faméliques pour mener campagne. En plus un bon tiers des districts ont vu leurs conseillés issus d’AL, élus par acclamation. Mon conseillé de district qui est un parfait inconnu, il se présentait pour la toute première fois sous la bannière du parti municipal, n’a pas fait de campagne, personne ne le connait, personne ne sait ce qu’il veut faire dans le quartier, mais il est élu de facto par acclamation. Je n’avais encore jamais vu cela.

Pourtant être conseillé municipale d’une ville comme Longueuil est un très bon emploi à plein temps, tout spécialement lorsqu’on appartient au parti de la mairesse.

Objectivement, je n’ai rien contre madame Saint-Hilaire, si ce n’est que lorsqu’on préside une ville de cette importance et par le fait même l’une des plus grosses agglomérations du Québec. On ne peut que déplorer qu’il n’y ait pas la moindre vie démocratique ici-bas.

Rien n’est absolument parfait dans cette ville, peu s’en faut, tandis que plus personne n’ose faire quoique ce soit.

****
Nota : C’est vrai que Denis Coderre a été élu avec un pourcentage moindre de voix, mais c’était aussi la seule ville d’importance où il y avait une lutte à quatre candidats tous de belles qualités et au moins trois organisations (presque quatre) distinctes et efficaces pour mener campagne. À ce titre Montréal, est certainement à bien des égards, la grande ville la plus démocratique du Québec. La diversité de ses conseillers municipaux, de ses maires d’arrondissements et de ses conseillers d’arrondissements le démontre et l’atteste. À tout cela, je dis sincèrement : Bravo !

Bonsoir,

En lisant attentivement vos propos, Monsieur serge Drouginski, nous devons nous rendre à l’évidence que Longueuil vit une forme de perestroïka sans la » glasnost » qui au moins devrait être au rendez vous. Tout en sympathisant avec votre situation qui fait que marchant sur la rue, sur une dizaine de quidams croisés, huit à neuf sur 10 votèrent en tant que Pure Laine à la manière soviétique. Bien sûr que Longueuil en tant que « boutte de péquistes » comme y disent dans le dialecte local vit probablement en réactionnaire afin de faire d’horribles » grimaces » à la métropole de Montréal et son cosmopolitisme.

Toutefois, consolez vous Monsieur Serge Drouginski car vous n’êtes pas seul à vous sentir » étrange » dans un tel comportement soviétique. Plein de villes et de villages du Québec des régions ont ce comportement réactionnaire à la soviétique, ce que le Pure Laine reproche en général aux autres « ethnies ».

En terminant, un nationaliste québécois est tout à fait malheureux de vivre dans la métropole de Montréal. Car cette ville fait souffrir un coeur de péquistes en étant trop cosmopolite. Voilà pourquoi qu’après peu de temps à Montréal, les nationalistes québécois s’enfuient très vite vers le 450. Les nationalistes québécois se sauvent vers le SUD, vers le NORD mais surtout vers l’EST où ceux ci forment des ghettos homogènes. Mais jamais au grand jamais vers l’Ouest car il y a malheureusement pour eux des « anglais »……. Avec plaisir, John ull.

Moi, ce qui m’a fait réagir, ce sont les épouvantables niaiseries dites par leur ministre des Affaires municipales Sylvain Gaudreault qui méprisait ouvertement la population de la ville de Québec en tentant de minimiser la portée de l’élection de Labaume (élu par 74% de la population!!!).

Pour un ministre qui appartient à un parti qui fantasme sur 50% + 1 et qui n’a, lui, été élu qu’avec 31% des voix… Pas fort!

Bien sûr que les péquistes détestent avoir à faire des actions concrètes plutôt que d’ouvrir des « chantiers » bidons, contre leurs alliés naturels, les grosses centrales syndicales qui se retrouvent, par le plus heureux des hasards, à devoir se défendre devant la Commission Charbonneau…

Et en plus, les relations incestueuses entre Pauline Marois, Claude Blanchet et le Fonds de la FTQ qui fait surface…

C’est le Fédéral qui a finalement raison en coupant les privilèges et avantages fiscaux de ces organisations quasi-criminelles…

Les électeurs qui ont décidé de ne pas aller voté ont choisit de ce fier aux autres. Je crois donc qu’on devrait plutôt donner les votes de ceux qui n’ont pas voter au gagnant. Après tout, ne pas voter est un choix, le choix de suivre la majorité.

Dans un pays province qui se perd dans l’habitude, certains ne trouvent rien d’autres à dire que leur amour du statu quo.
Cet article pertinent rappelle qu’il est important que des maires souverainistes soient élues comme C.St Hilaire et M.Demers plutôt qu’une litanie de maires libéraux à profusion synonyme de corruption et d’affairisme.

La majorité des maires au Québec dont D.Coderre sont libéraux ou ouverts aux libéraux fédéraux et provinciaux. Dans un cadre canadien bétonné, le gouvernement d’Ottawa est soit conservateur, soit libéral ou peut être néodémocrate. La mairie de Montréal est sous l’establishment fédéral et entre les liens relatifs mais réels entre M.Joly et D.Coderre, Montréal est comme une anti chambre pour le PLC de J.Trudeau en vue de l’élection fédérale prochaine ça se voit. Le gouvernement du Québec fragilement péquiste lui est à 4 députés d’un autre gouvernement libéral médiocre.

Après ça, dites moi du côté municipal,provincial québécois, fédéral de quel côté se trouve l’establishment?
Pas du côté souverainiste.

Si une troisième force politique cherche à se dessiner au Québec du côté de la gauche pure et exclusive entre le NPD de Mulclair, QS a priori étrangement souverainiste et Projet Montréal de R.Bergeron indéterminé sur la question nationale.
La difficulté de ces partis a véritablement émergé soit à Ottawa, Québec ou Montréal devrait poser question à leurs dirigeants. La question québécoise ignorée de leur part n’est qu’irresponsabilité.
Après avoir vu (propos personnel) dans les documentaires d’A.Gladu, l’assimilation en acte des métis de Louis Riel à l’anglais à la BNQ hier soir. Je ne me vois pas croire au Canada et à son assimilation confirmée des francophones de l’Ouest canadien pas plus qu’à son traitement du Québec français.

Le refoulement de la question du Québec sera notre mort comme nation réduite à des archives de musée.