Bonne chance, madame Anglade, vous en aurez besoin

Dominique Anglade devra travailler fort pour être plus que la plus récente représentante de la « falaise de verre », cette tendance à nommer des femmes à la tête d’organisations qui vacillent. Le point de vue de deux universitaires.

Photo : Jacques Boissinot / La Presse canadienne

Dominique Anglade est devenue cette semaine la première femme à prendre la tête du Parti libéral du Québec.

Les défis à relever sont immenses : réussir à briller et mobiliser ses collègues dans un contexte de pandémie, où l’effacement des partis d’opposition est spectaculaire. Et surtout, amener à la victoire un parti qui a subi une défaite historique lors des élections québécoises de 2018. Une tâche colossale qui évoque un phénomène propre aux femmes politiques : celui de la « falaise de verre ».

Développé par les chercheurs britanniques Michelle Ryan et Alexandrer Haslam, le concept de « falaise de verre » renvoie à la tendance de nommer des femmes à des postes de pouvoir au sein d’organisations qui vacillent.

Une pratique qui place ces nouvelles leaders dans une situation où le risque d’échouer est élevé et où la responsabilité des mauvaises décisions prises par leurs prédécesseurs tend à leur être imputée. De Kim Campbell à Alison Redford, Christy Clark, en passant par Kathleen Wynne et Pauline Marois, les femmes qui sont devenues cheffes de partis canadiens et ont été élues (ou nommées) premières ministres l’ont été à la tête de partis qui faisaient face à un avenir précaire et incertain. Et ce, même si ces partis ont autrefois eu la faveur populaire et obtenu de grands succès électoraux.

C’est ce que la politologue Sylvia Bashevkin appelle le défi du « leadership impitoyable ». Une étude des professeurs Melanee Thomas et Marc Bodet, des universités de Calgary et Laval, démontre également que les femmes sont souvent les « agneaux sacrifiés » des partis politiques.

Dans le cadre de nos travaux, nous nous intéressons aux représentations médiatiques des acteurs politiques — masculins et féminins — ainsi qu’aux défis rencontrés par les femmes lorsqu’elles exercent leur leadership.

Une collection de titres de « premières »

Le choix de nommer des femmes à la direction de partis politiques dans la tourmente s’explique par le fait que celles-ci incarneraient le changement. Parce que censées exercer un pouvoir au « féminin » (empathie, collégialité, honnêteté, pragmatisme), elles marqueraient une rupture avec le modèle dominant (masculin). C’est du moins ce que montrent les travaux de Clara Kulich, chercheure à l’Université de Genève.

Dominique Anglade cumule les titres de « premières ». Première femme à la tête du PLQ, de même que première femme noire, et première immigrante de première génération à la tête d’un parti au Québec. Elle est première depuis déjà longtemps, et ce, bien avant la politique. Dans une entrevue accordée à Marie-Louise Arsenault sous le thème Femmes et pouvoir, elle présentait ses débuts, à 22 ans, comme ingénieure chez Procter & Gamble, en Ontario :

Il n’y avait pas de femmes, pas de jeunes, pas de francophones et pas de minorités visibles ! J’étais quatre fois une minorité. Je n’ai pas eu le choix de m’intégrer rapidement et de faire mes preuves. Par la suite, ça m’a beaucoup servi.

Ces étiquettes de première font en sorte que Dominique Anglade est présentée comme une « pionnière exceptionnelle ». Elle est difficilement imitable ayant défié les normes du genre, de la race et brisé d’autres plafonds de verre. Ce cadrage de la première femme peut à la fois l’aider en mettant de l’avant son côté hors du commun et ses grandes capacités, mais aussi être préjudiciable à sa carrière parce que cela la place dans une catégorie à part et met beaucoup de pression sur elle afin qu’elle se surpasse.

Justement, Dominique Anglade aura à relever plusieurs défis.

Une cheffe couronnée sans opposition

Plusieurs de ces défis sont liés à la double contrainte ou au double standard que les femmes rencontrent tout au long de leur carrière (que celle-ci soit politique ou non).

Dominique Anglade sera jugée selon les normes masculines du milieu politique, mais devra aussi répondre aux normes sociales qui lui prescrivent des comportements féminins. Elle devra être ferme tout en étant douce. Sa légitimité politique est déjà évaluée dans les médias traditionnels et sociaux en fonction de ces standards. Si elle échoue à sortir le PLQ de cette période difficile, on mettra en doute ses compétences ou son « manque de leadership », comme l’a déjà suggéré maladroitement la chroniqueuse Josée Legault à propos de Kim Campbell et Pauline Marois.

Un autre défi est lié au moment et au contexte de son élection. Son arrivée en poste coïncide en plus avec la plus grande éclipse médiatique jamais vécue. La CAQ se portait bien avant la COVID-19. Elle se porte encore mieux en contexte de pandémie.

Le timing est névralgique lorsque les leaders sont élus chefs de leurs partis et Dominique Anglade n’a pas eu droit à la couverture habituelle qu’un chef de l’opposition peut s’attendre à recevoir dans des circonstances pareilles. Son élection sera aussi contestée, comme elle a été couronnée faute d’opposant sérieux et d’élections.

D’ailleurs, Dominique Anglade est déjà délégitimisée parce qu’elle a hérité du trône « par défaut » : le chroniqueur Michel David soulignait dans une récente chronique que Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jean Charest, Bernard Landry, Pauline Marois ont aussi pris la barre de leur parti sans affronter d’adversaire, mais « qu’ils en imposaient par leur stature » (ce qui sous-tend que Dominique Anglade, elle, n’impressionne pas). En somme, le mauvais timing et l’absence d’opposant empêchant son élection, qui doit normalement être perçue comme héroïque et honorable, nuisent dès le départ à la légitimité de Dominique Anglade.

Aller au-delà de la « femme noire » de Montréal

Dernier défi : la nouvelle cheffe du PLQ devra changer l’image d’un parti dit « montréalocentré » et identifié aux minorités visibles — images auxquelles elle est également associée. Dans les prochains mois, et à l’aune de la campagne électorale de 2022, les discours des journalistes, des opposants et des électeurs à son égard seront sans merci. Échappera-t-elle au cliché raciste et sexiste de la « angry black woman » dont même la charismatique Michelle Obama a fait l’objet ?

Les Québécois sont « absolument prêts » à être dirigés par une femme noire, a affirmé Dominique Anglade. Rappelons que même si « la validité de la prétention au pouvoir d’un acteur politique ne devrait pas être remise en question sur la base du sexe, de la race, de la capacité physique ou de l’orientation sexuelle », soulignait Linda Trimble, chercheure canadienne spécialiste des femmes en politique, dans son livre Ms Prime Minister, c’est pourtant souvent le cas. Jagmeet Singh, chef du NPD lors des élections fédérales de 2019, a eu à vivre ce racisme systémique alors que l’on contestait la capacité du Canada à élire un premier ministre sikh.

Dominique Anglade a eu le courage de se présenter pour devenir cheffe du PLQ et vouloir s’impliquer en politique. Si elle est moins connue et n’a pas l’expérience politique de ses prédécesseurs, elle a un parcours professionnel aussi impressionnant que celui de ses acolytes masculins. Diplômée de l’école Polytechnique et des HEC, elle a été PDG de Montréal International, présidente de la CAQ et ministre dans le gouvernement Couillard.

Dominique Anglade a toutefois devant elle cette fameuse « falaise de verre ». Elle devra relever les défis liés au leadership impitoyable dans lequel elle se retrouve. L’avenir nous dira comment elle saura l’exercer. En attendant, François Legault la connaît bien. Il sait face à quelle adversaire il se retrouvera.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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Le parti libéral a plusieurs années de magouilles, de détournements de fonds pour les petits amis du parti, de coupures impitoyables dans les services à la population, de démantèlement des structures que les québécois se sont données, de négation des aspirations des francophones de division entre les allophones et les francophones à des fins partisanes, d’accusation d’intolérance, de racisme contre les francophones et je pourrais allonger la liste. L’administration libérale ne voulait pas de Madame Anglade. Elle l’a prise par défaut parce que ça prenait un chef. L’administration libérale attend des jours meilleurs en gardant l’espoir que les québécois oublieront leurs agissements passés.

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Il est tout à fait normal qu’un nouveau chef de parti, homme ou femme, soit choisi après une défaite alors que son parti est en mauvaise position.
Si le parti avait été en bonne position , l’ancien chef n’aurait probablement pas quitté son poste !
Ça a été le cas pour Justin Trudeau, Jean Charest, Bernard Landry…tout autant que pour Pauline Marois ou Kim Campbell.

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«Merci pour cette analyse éclairante. Je porte cette dame dans mon coeur et mon intelligence. Ce sera difficile, madame Anglade. De grâce, protégez votre âme c’est-à- dire ce qui vous anime de l’intérieur. Nous avons besoin de femmes adultes, autonomes et brillantes pour le plus grand bien du Québec et du Canada.

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