Brad Wall, le fort en gueule des Prairies

Ces temps-ci, c’est à Philippe Couillard que Brad Wall donne du fil à retordre.

Depuis 25 ans, aucun premier ministre provincial n'a autant alimenté le courant anti-Québec que Brad Wall, de la Saskatchewan. (Photo: Mark Taylor/La Presse Canadienne)
Depuis 25 ans, aucun premier ministre provincial n’a autant alimenté le courant anti-Québec que Brad Wall, de la Saskatchewan. (Photo: Mark Taylor/La Presse Canadienne)

Du temps où elle était première ministre, Pauline Marois décrivait son homologue de la Saskatchewan, Brad Wall, comme un « ratoureux ». Ces temps-ci, c’est à Philippe Couillard qu’il donne du fil à retordre, à coups de sorties dans les médias sociaux pour sommer le Québec d’accepter le projet d’oléoduc Énergie Est ou, à défaut, de renoncer à l’argent de la péréquation.

Au Sommet sur le climat, début mars à Vancouver, c’est principalement l’opposition de Brad Wall à l’instauration d’un prix plancher pancanadien sur les émissions de carbone qui a amené Justin Trudeau à garder ce projet rangé dans ses cartons.

Depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux à Ottawa, Brad Wall s’est imposé comme l’empêcheur de tourner en rond par excellence sur la scène fédérale-provinciale. Mais pour combien de temps ?

Sur le papier, le premier ministre saskatchewanais fait certes figure d’incontournable.

On dit actuellement de Justin Trudeau qu’il vit une belle lune de miel, parce qu’il trône au sommet des sondages depuis quatre mois. La lune de miel de Brad Wall dure depuis son arrivée au pouvoir, il y a huit ans.

Selon la maison Angus Reid, Wall, chef du Saskatchewan Party, a actuellement la cote auprès des deux tiers de son électorat après deux mandats au pouvoir. Par comparaison, la performance de Philippe Couillard — en troisième place dans le palmarès, publié en février — trouve grâce aux yeux de seulement 36 % des Québécois. Il a perdu 23 points depuis sa victoire électorale de 2014.

Il y a quatre ans, le gouvernement Wall a remporté un second mandat avec… 64 % du vote populaire. Dans la campagne électorale qui l’oppose au NPD en vue d’un scrutin le 4 avril, il part avec une longueur d’avance de 20 points.

Philippe Couillard n’est pas le premier chef de gouvernement à s’attirer les foudres de Brad Wall. Stephen Harper a vécu la même expérience lorsque son gouvernement a flirté avec l’idée d’autoriser la vente de l’entreprise saskatchewanaise Potash Corp, premier producteur mondial de potasse, à des intérêts étrangers en 2010.

À l’époque, Brad Wall a mobilisé les élites politiques et intellectuelles des Prairies contre ses cousins conservateurs fédéraux. Devant la menace de perdre une douzaine de sièges en Saskatchewan, Harper a dû se résigner à bloquer la transaction.

Ces temps-ci, l’influence de Wall déborde plus que jamais des frontières de sa province. Dans bien des milieux de l’Alberta, sa voix résonne plus fort que celle de la première ministre néo-démocrate, Rachel Notley.

Des conservateurs voudraient que Brad Wall se présente à la direction du parti fédéral et devienne le successeur de Stephen Harper. Le principal intéressé jure qu’il n’a aucunement l’intention de poursuivre sa carrière à Ottawa. De son propre aveu, son français n’est pas à la hauteur pour jouer un rôle de leader fédéral.

Au rythme où il brûle ses ponts au Québec ces derniers temps, j’ai tendance à le croire sur parole. Depuis que le Terre-Neuvien Clyde Wells a mené le bal contre la reconnaissance constitutionnelle du caractère distinct du Québec, à l’époque du débat de Meech, il y a 25 ans, aucun premier ministre provincial n’a autant alimenté le courant anti-Québec dans le reste du Canada. Cela se lit au quotidien dans les médias de la Saskatchewan et de l’Alberta.

Mais surtout, l’opposition tous azimuts du premier ministre Wall au concept d’une taxe sur le carbone commence à détonner aussi bien au sein de l’industrie pétrolière, qu’il prétend défendre, que du mouvement conservateur canadien.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique — même s’il est très branché sur l’électorat conservateur — a instauré une taxe sur le carbone en 2008.

Sur le plan fédéral, le député Michael Chong, qui est un des aspirants possibles à la succession de Stephen Harper, entend faire de la nécessité d’un virage conservateur sur le même front un des thèmes de sa campagne.

En Ontario, le nouveau chef conservateur, Patrick Brown, s’est rallié à la nécessité de mettre un prix sur le carbone.

Aujourd’hui, le premier ministre Brad Wall a le rare privilège d’être un prophète en son pays, mais à terme, il risque de finir par prêcher dans le désert.

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8 commentaires
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Wall a parfaitement raison. Le Québec est une province de BS qui profite ignominieusement de la généreuse péréquation que lui procure sa forte appartenance au Canada, depuis que cette redistribution existe, mais qui questionne la façon dont cette péréquation lui est fournie.

Avis aux Québécois: vous voulez questionner la péréquation? Parfait!

Au moins, participez-y de façon POSITIVE UNE FOIS dans votre histoire. UNE FOIS!!!

Ah la fameuse péréquation ! Si cette arnaque comptable n’existait pas je me demande bien ce qui exciterais le poil des jambes de nos drettistes à oeillères en mal d’auto-dénigrement contre leur propre nation.

Chaque année, nous envoyons autour de 50 milliards de dollars en taxes et impôts à Ottawa pour laisser une majorité financer ce qu’elle veut, choisir ce qu’elle veut, et nous placer devant l’obligation de subir ses choix.

Avec ce beau système fédéral ,c’est au-dessus de 13 milliards que les Québécois ont investi à ce jour dans le pétrole bitumineux . Tout ça pour se faire donner la leçon par un premier ministre adepte du Québec bashing qui cherche à faciliter sa réélection.

« Chaque année, nous envoyons autour de 50 milliards de dollars en taxes et impôts à Ottawa » (sic)

…et Ottawa nous en retourne $70 MILLIARDS!!!

Case closed.

Toujours la sempiternelle réaction des péquistes : nous envoyons 50 milliards $ à Ottawa !!! C’est tout à fait normal que toutes les provinces et territoires canadiens envoient de l’ argent à Ottawa ; c’ est notre pays barnack! Le Canada n’ est pas 10 pays dans un ; c’ est une CONFÉDÉRATION de 10 provinces et territoires!!! Le Québec n’ est pas un pays met -toi ça dans la tête une fois pour toute et il ne deviendra jamais un pays; en tout cas pas de la manière que tu comptes!

Fort en gueule n’est pas trop fort. La guéguerre ouest / est à son meilleur. Bien sur, ça l’irrite au plus haut point la situation du pétrole qui le met en mode attaque. Depuis, le temps qu’il est le King du pétrole dans l’ouest subissant les foudres des autres provinces, se venge en quelque sorte et une première devra quémander de la péréquation. Son attaque envers le Québec est facile à lire, grâce à lui, sa province et profits du pétrole, le Québec en a profité, donc en conclusion, il devrait en bénéficier davantage voire le double à titre compensatoire.

J’ ai de la misère avec l’ arrogance de Brad Wall envers le Québec! Oui bien sûr il est populaire dans son petit royaume mais qui n’ est en fait une infime partie du Canada! Rappelez- vous de Scott Wellday en Alberta juste avant Stephen Harper !!! Il est était arrogant et il est tombé assez rapidement !
Moi j’ ai de la difficulté avec ces gens de l’ ouest qui avec leur pétrole se croit tout permis! Il ne faut pas oublier qu’ il y a quelques années pas si lointaines (60-70) les prairies dont la Sasckatchowan et l’ Alberta étaient considérées comme le grenier du monde grâce à son blé subventionné au maximum par Ottawa ! Ces 2 provinces ont reçues pendant des années de la péréquation ou des subventions! Donc si j’ étais Brad Wall je me garderais une petite gêne avant de cracher si haut sur le Québec! Est-ce qu’ il a craché de façcon aussi arrogante sur le pipeline de l’ ouest qui a n’a pas fonctionné lorsque la Colombie Britannique a dit NON!

Mais il y a une GROSSE différence: les Prairies se sont prises en main et ont cessé de recevoir de la péréquation il y a plusieurs années alors que le Québec, LUI, est un BS, abonné viager à ce généreux système Canadien.

Quand le Québec saura-t-il lui également contribuer de façon POSITIVE à la péréquation?

Absolument, j’avais oublié les années la suprématie du blé de cette époque subventionné et le discours « pauvres prairies » faut les aider. Le temps passe tellement vite.