Brutalité policière ? Où ça ?

Faudra-t-il bientôt sortir les bazookas pour faire arrêter un vol de dépanneur ?

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

A-t-on un problème de violence au Québec ?

PolitiqueJe ne parle pas de Pierre Karl Péladeau et de ses sursauts de colère passion qui l’amènent à parler dans le «casse» passionnément à ses collègues, même si j’ai hâte de lire son plan «Souveraineté 2020 : intimider le Québec vers son indépendance».

Non, je parle plutôt des policiers. Ceux du SPVM, mais pas qu’eux.

À l’heure qu’il est, vous avez sans doute vu cette vidéo où un manifestant a l’étrange idée de fracasser à trois reprises son visage contre le poing d’un officier de la paix. Bien qu’on souhaite le plus prompt des rétablissements au poing meurtri du policier, on s’interroge.

A-t-on un problème de brutalité policière au Québec ? La réponse dépend d’à qui vous posez la question.

D’un côté, il y a ceux qui disent oui, ajoutant qu’on s’acharne sur certaines causes sociales ou certains types de manifestants.

De l’autre côté, il y a ceux qui disent également oui, mais en précisant que le problème, c’est que les policiers ne tapent pas assez fort.

Pour eux, la manifestation est en elle-même un endroit dangereux. Si on y va quand même, c’est bien notre faute si on se sent comme un steak qu’on attendrit à coup de matraque, du poivre dans les yeux pour l’assaisonnement.

Si la police est intervenue, se disent-ils, c’est que la manifestation dérapait. Or, ces temps-ci, on disperse souvent les manifestants simplement parce qu’ils ne donnent pas leur trajet, un délit assez mineur quand on y pense. Si on sort la matraque pour ça, il faudra bientôt sortir les bazookas pour faire arrêter un vol de dépanneur.

Mais revenons au cas du jeune délinquant qui s’amuse à projeter son joli minois contre les jointures de la loi et l’ordre.

Si on se fie à cette vidéo, la police avait affaire à un dangereux assoyeur par terre, toujours prompt à propulser violemment son derrière sur le sol en faisant des signes de «peace» avec les doigts.

Xavier Amodeo, puisque c’est le nom du jeune homme, avait-il couru après le trouble ? Je l’accorde volontiers : sur la vidéo, monsieur Amodeo a l’air d’un maudit fatigant qui cherche l’attention et qui veut absolument que les policiers le voient ne pas être dangereux.

Cela dit, s’il fallait envoyer des crochets du droit à toutes les personnes en manque d’attention (comme ceux qui font du «vaguebooking» sur Facebook), on ne s’en sortirait plus. Ça nous ferait tous du bien, mais on ne s’en sortirait plus.

Qu’il soit fatigant ou pas, Amodeo, ce n’est clairement pas une raison pour le tapocher.

Nous sommes dans un monde qui perd ses repères. L’Alberta vote NPD et Jean-Marc Fournier donne des leçons de classe à PKP. On comprend le grand public de ne plus savoir ce qui est bien ou mal, mais on s’attend de nos policiers qu’ils soient capables de ne pas perdre la tête parce qu’un petit énervé a joué avec leur patience.

*   *   *

Je ne sais pas pour vous, mais des vidéos du genre, j’en ai vu passer une quantité affolante depuis trois ans.

Elles sont toujours pareilles. On dirait qu’elles ont été filmées par un épileptique en pleine crise ; elles ne montrent que le bout le plus croustillant ; la police y a toujours l’air d’un enfant bien trop heureux de pouvoir se servir de ses jouets. Un enfant en armure. Avec une matraque dans les mains.

Ces vidéos sont toutes pareilles, et elles engendrent aussi toujours la même réaction de la part des autorités : aucune.

Quand on parle de la police et de sa capacité à trouver que l’un de ses membres a agi en cabochon, je l’avoue : je suis de ceux qui ont complètement perdu confiance.

Il avait fallu pas moins de deux vidéos, un enregistrement audio et un dérapage en règle documenté par les médias pour qu’on s’occupe finalement de Matricule 728. «Oh, vous l’avez tous vue ? Bon, ben OK, d’abord : on va faire quelque chose», imaginait-on se dire les policiers.

Rappelons au passage que madame 728 est toujours à l’emploi du SPVM et qu’elle est suspendue avec solde en attendant son procès, prévu en juin 2016. Ça semble loin, mais la procédure est quand même plus rapide que les 10 années qu’il a fallu pour que le Comité de déontologie policière sanctionne les policiers du SPVM dans l’affaire Anne-Marie Péladeau.

Et parlant sanctions : qu’arrive-t-il quand un policier de la Sûreté du Québec entre dans une urgence, «fait un usage illégal de la force» et plaque «brutalement» un médecin au mur pour le menotter, alors qu’il n’avait pas respecté «l’autorité de la loi et des tribunaux et n’avait pas collaboré à l’administration de la justice» (façon polie de dire que le policier avait autant de raisons de procéder à une arrestation, ce soir-là, qu’il en aurait eu de faire un numéro de claquettes impromptu) ?

Pour cette «ignorance inacceptable des règles», le Comité de déontologie a imposé une suspension sans solde de, tenez-vous bien : cinq jours.

Cinq jours sans travailler, ou, comme on appelle ça par chez moi, «une longue fin de semaine de congé».

Alors quand on me dit que le SPVM va enquêter sur la vidéo où on voit Xavier Amodeo se faire donner des coups de poing — une enquête qui devrait normalement prendre à peu près autant de temps qu’il en faut pour regarder la vidéo et voir que ça n’a pas de bon sens —, je ne peux m’empêcher de penser que sa conclusion va être : «Moué, j’aurais donné quatre ou cinq coups de plus, el’gros».

En fin de compte, on le sait déjà pour l’avoir déjà vécu 1 000 fois : le SPVM va nier fermement tout problème de brutalité policière dans ses rangs. «On a plutôt un problème de caméras, expliquera-t-il. Tout ce monde qui nous filme quand on dérape, ça “gosse”.»

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— Je vous cite : « On comprend le grand public de ne plus savoir ce qui est bien ou mal, mais on s’attend de nos policiers qu’ils soient capables de ne pas perdre la tête parce qu’un petit énervé a joué avec leur patience. »

Vous mettez précisément le doigt là où se trouve le bobo. En l’occurrence sur nos attentes. On attend de sa copine qu’elle soit belle et bonne tout le temps. On attend de son boss qu’il vous admire et vous donne une augmentation. On attend de nos enfants qu’ils soient tous des premiers de classe. On attend de la justice que ce soit une justice qui pardonne. On attend de nos politiciens qu’ils soient des modèles irréprochables. On attend de dieu qu’il nous empêche de dire et de faire des conneries. On attend de monsieur et madame Météo qu’ils fassent la pluie et le beau temps. Et on attend des flics qu’ils ne soient ni plus ni moins que nos « Anges gardiens », etc.

Et si un jour vous croisez par hasard votre ange gardien justement, vous détournez les yeux pudiquement en vous demandant : « Qui c’est celui-là ? »

Nous devrions plutôt admettre collectivement que dans tous métiers, il y a une formation. Que même l’acquisition de connaissance et le fait de se voir décerner un diplôme, n’est pas un gage absolu de compétence, pas plus que cela ne signifie que plusieurs de vos connaissances soient parfaites ou qu’elles ne demandent pas des mises-à-jour ou des mises-à-niveau régulières.

Ce que je peux voir à la télé ou lire dans les journaux ou observer dans la vie de tous les jours, c’est que les policiers ne sont pas nécessairement formés pour pouvoir intervenir adéquatement dans toutes les situations. Et ce n’est pas seulement dans seulement les manifs ; le drame, comme on l’a vu, peut très bien se produire lors d’une simple filature.

Est-il possible que les impétrants au poste de policiers, devraient suivre un cour de psychologie, qu’ils devraient aussi suivre un cours de sociologie et se trouver bien informés sur les particularités socio-économiques ou culturelles des endroits et des populations dans et avec lesquels ils vont intervenir ? Accessoirement, le « gardien de la paix » devrait-il être un spécialiste ou toujours un généraliste ?

La réalité, c’est que dans une manifestation bien faite, le service d’ordre devrait être assuré en priorité par les manifestants. C’est la seule manière de mettre fin à tous les débordements. Si ce n’est que dans notre système criminel « mal fait » ; les membres (pourtant utiles) de ces services d’ordre se trouveront tôt ou tard à un moment donné, en prison. Pourquoi ? — Parce que la loi et l’ordre, ce n’est pas de « tes » affaires ! Voilà tout.

»Nous devrions plutôt admettre collectivement que dans tous métiers, il y a une formation. Que même l’acquisition de connaissance et le fait de se voir décerner un diplôme, n’est pas un gage absolu de compétence, pas plus que cela ne signifie que plusieurs de vos connaissances soient parfaites ou qu’elles ne demandent pas des mises-à-jour ou des mises-à-niveau régulières »

À la différence que si dans un emploi privé tu fais de la merde.. la pénalité ce n’est pas un congé payé de plusieurs mois mais un renvoie avec ton 4%. Si vraiment à chaque fois qu’un employé fait une connerie mémorable on lui donnait un congé payer je peux vous assurer qu’on en ferait tout les jours des conneries comme ça. En tant qu’ingénieur j’aimerais ça voir mon boss me dire : » bah c’est juste un pont à quelques millions puis 2-3 morts, prend des vacances puis ça vas bien aller. » Et heureusement si on fait une job de merde on peut être poursuivit et jugé au criminel.

@ François,

Tout-à-fait d’accord avec vous sur le fond. En matière de travaux publics, un ingénieur par sa signature du projet, engage sa responsabilité juridiquement. J’aimerais que ce même engagement tout comme vous, s’applique de la même façon équitablement pour tous les corps de l’État.

Hmmmm…. premièrement pour ce qui est du matricule 728 et les autres qui ont été « suspendus » avec solde, ce n’est que de la poudre jeté aux yeux du peuple pour calmer le jeu. <>

C’est ainsi que je le vois.

D’autre part, je pense qu’il ne faut pas avoir un gros QI pour être policier. Quand des policiers savent qu’ils sont filmés, et que malgré cela ils continuent leurs assauts criminels, faut pas être une 100 watts, mais plutot un sans watts….

Même un enfant de 5 ans sait qu’il doit cesser ce qu’il fait de mal lorsqu’il se fais prendre…. pourrait-on dire de certains policiers qu’ils n’ont même pas l’intelligence d’un enfant de 5 ans? Rendu là, nous sommes en droit de nous demander si ces même policiers son compétents à nous protéger….

Pas étonnant que certaines enquêtes mettent plus de 10 ans avant d’être résolu….. avec un QI de moins de 5 ans, faut pas en attendre trop de leur part….

Moi je pense que le power trip joue ÉNORMÉMENT ladessus. Les policiers se tiennent entre eux. Donc ils se disent probablement tous <>

Moi je pense qu’il y a un manque au niveau du cotoiement. Les policiers ont tendance à oublier qu’ils sont devant des être vivant à part entier, et qu’eux aussi ont des émotions…. si le policier s’accorde le droit de céder à sa colère, comment peut-il être un exemple pour les manifestants qui eux ont une raison d’être en colère? Et ainsi leur donner encore plus de raison de l’être en utilisant des articles de lois vagues et frivoles qui, tout dépendemment de l’interprétation, pourrais même être utilisé pour arrêter un bambin de 2 ans…. ?

Il n’y a pas qu’un manque d’éducation et de formation chez les policiers, mais un test psychologique très poussé devrait être obligatoire tous les 6 mois….. pas juste une petite séance de 30 minutes à laquelle le policier répond à un questionnaire…..ils s’agit ici de gens armés, tenu de maintenir la lois et l’ordre…. c’est comme donner une briquet à un homme des cavernes chargé de protéger des baril de poudre à canon….. c’est illogique….

C’est mon point de vue….

@ Riccardo Rinaldi,

Dans un commentaire que j’écrivais le 6 mai sur le blogue de Brian Myles sur le même sujet. À l’adresse ci-dessous :
http://www.lactualite.com/actualites/politique/le-spvm-perd-ses-reperes/

J’abordais la question de « l’intelligence ». Voici un aperçu de ce que j’écrivais : « Seules des procédures clairement établies, des protocoles d’intervention clairement balisés, une formation adéquate avec des contrôles de connaissances réguliers, assortis d’une note pour chacun des exercices vérifiés. C’est la seule manière d’obtenir des interventions policières de toutes sortes qui soient scrupuleusement conformes aux règles de l’art. »

Je suis d’accord avec vous sur l’aspect humain de la mission des policiers, c’est pour cette raison que j’ajoutais : « Ainsi par l’adoption de cette attitude humaniste et positive, les corps de police retrouveront peu à peu l’estime et le respect de toute la population. »

Et je respecte votre point de vue tout pareillement.

Oui. Mais pour mal cité l’article de M. Charlevoix, vous oubliez le restant du texte ou il pointe justement le doigt sur la reconnaissance des faits. Bien sûr que personne n’est parfait, cela ne veut pourtant pas dire qu’on se cache la tête sous le sable jusqu’à temps que le problème disparaisse. L’auteur pointe l’administration de la police qui s’aveugle et refuse le problème de violence policière… ce n’est définitivement pas la bonne voie.

@ Ash Princeley,

Je ne crois pas avoir « mal cité » l’article de Mathieu Charlebois, au contraire je l’ai scrupuleusement cité au mot et à la virgule près. J’ai aussi lu son article dans son intégralité et j’ai exprimé mon opinion sur un aspect plus spécifique du texte. Pour moi c’était une question de choix rédactionnel dans un blogue qui aborde des sujets sérieux avec toujours une pointe d’humour.

Pour cette raison, j’essaye aussi d’apporter « ma » petite note d’esprit.

Rassurez-vous ! Je ne suis pas du genre à me mettre la « tête dans le sable » pour régler des problèmes. Je pense effectivement comme vous que les corps policiers devraient se poser les bonnes questions, voire chercher de l’aide pour apporter des réponses et des solutions.

Je vais vous dire ce que moi je vois dans la vidéo. Je vois un gars qui s’en va provoquer la police. Tout ce qu’il fait c’est ça de la provocation même s’assir par terre c’est de la provocation. Quand il voit que ça marche pas bien il leur cour presque après. Du coup la police essai de l’arrêter mais il résiste. C’est ça je vois dans cette vidéo. Maintenant es-ce que le policier à bien fais de le frapper je ne suis malheureusement pas un expert dans l’utilisation de la force raisonnable par rapport à une intervention. Je crois qu’il aurais sûrment pu juste essayer de le maîtriser. Est-ce cette vidéo entre dans de la brutalité policière pour moi non parce qu’il résistait. Alors l’utilisation de la force était nécessaire. Peut-être le niveau utilisé était trop haut mais j’aurais probablement utilisé le même que le policier. Par contre je n’ai pas leur formation et encore moins leur technique.

99media.org a regroupé dans cette vidéo les images de quatre caméras, reconstituant ainsi les circonstances qui entourent l’événement du manifestant ayant reçu des coups de poing de la part d’un policier du SPVM lors du 1er mai dernier.

https://www.youtube.com/watch?v=JhLLbcCMBAM

Le petit Che de salon a clairement provoqué les policiers et résisté à son arrestation.

BRAVO à nos policiers!

François. 1

Vos opinions sont très précieuses,tellement précieuses que si j’étais vous je les garderais pour moi.

Tiens…un autre gauchiste qui veut museler et opprimer ceux qui ne partagent pas son opinion…

On se croirait à l’UQÀM ou au CEGEP du Vieux!

Tiens… un autre drettiste qui travestit la réalité en se croyant intelligent… À lire tes insanités on se croirait à une convention NRA…

Gradation de la gravité quelques crimes au Québec (en ordre croissant) : frauder l’ensemble des contribuables (contrats publics) -> tuer ses enfants (Guy Turcotte) -> frauder des investisseurs (Vincent Lacroix) -> ne pas fournir son itinéraire -> sauver des canards sur l’autoroute

Le policier est là pour faire respecter l’ordre. Que ce soit un docteur,un plombier ou encore un étudiant,s’il déroge à la loi,la mission du policier est d’intervenir et d’appliquer la loi. Le petit monsieur qui s’est fait remettre à l’ordre par le ou les policiers,avait enfreins la loi,il en a subit les conséquences,peut-être à la dure,mais la vidéo nous montre que la partie intéressant les brasseurs de merdre. S.V.P.,la prochaine fois,montrez-nous aussi la partie du vidéo qui a engendré ce résultat ainsi pourrons nous voir si la réplique du ou des policiers était justifié. Je suis contre la violence gratuite,mais je déteste aussi les pourris qui l’engendre.

Les pourris qui l’engendre? comme dans « victim blaming »? Bien sur, la police a un long historique de violence envers les citoyens, et encore plus depuis les dernieres années, mais non, c’est ce petit gauchiste anonyme qui l’a bien cherché.

Ecoute, si ca à l’air d’un canard, si ca crie comme un canard pis que ca vole comme un canard…..

Nous voyons bien sûr quel côté l’actualité est penchée! les policiers c’est clairement une police qui se place derrière legouvernement corrompu. Il faut être sur les lieux d’une manifestation pour comprendre la violence des policiers. J’ai 47 ans et c’est vraiment une désolation de voir nos policiers battre des gens qui se lèvent debout.

@ André,

Je pense que vous faites erreur, lors de son arrestation, Xavier Amodeo n’était pas je vous cite : « (de ces) gens qui se lèvent debout », il était à toutes fins pratiques assis par terre. J’ai en ce qui me concerne 60 ans, j’ai participé à de nombreuses manifestations dans ma vie. S’asseoir dans une manifestation relève soit de la provocation, soit de l’inconscience (aucune conscience du danger) ou bien cela relève de la « résistance civile » dans ce cas, il faut faire face aux corps policiers et se regrouper. Cela doit être une action concertée.

Concrètement, Xavier Amodeo aurait dû obtempérer a la demande qui lui a été faite verbalement et poliment dans un premier temps par les policiers, c’est-à-dire : circuler.

Vous dénoncez, cette police qui se place derrière le gouvernement corrompu. Permettez-moi de vous dire que les manifs auxquelles j’ai participé voici 40 ans, elles étaient autrement plus violentes que maintenant.

Et de plus, j’ai une très mauvaises nouvelle pour vous qui savez mieux que les autres de quel côté penche L’actualité : On relève le niveau de corruption d’un gouvernement au niveau de corruption de toute la population. Le vice appelle le vice et ne peut se développer que dans le vice, toujours plus de vice et encore plus de vice, continuellement.

Je dois en conclure par l’intelligence de vos propos que vous êtres d’entre nous tous le plus vertueux !

DU NON-DROIT DE MANIFESTER

Je vous fais parvenir ce témoignage pour ajouter ma voix à ceux et celles (groupes, personnes, organismes, coalitions, collectifs) qui, depuis longtemps malheureusement, nous parlent de répression et de brutalité policières. Ceux et celles que, pour beaucoup d’entre nous, nous croyons à peine, dont nous diminuons l’ampleur des témoignages, que nous préférons ne pas croire.

L’intimidation, la violence, la brutalité et la répression qu’infligent aujourd’hui les membres de la Police sont bien réelles. Elles sont même banalisées par les discours médiatiques, par le silence de la classe politique au gouvernement; et depuis quelques mois, elles sont devenues systématiques, impunies, ignorées, diminuées, voire encouragées.

Plus personne aujourd’hui ne s’étonne que ce soient des brigades anti-émeutes (de centaines d’individus) qui interviennent dès le début des rassemblements ou des manifestations. Ne devraient-elles pas justement intervenir en cas d’émeutes ?

Je dis « intervenir » mais ce vendredi 1er mai, j’ose dire que les différentes branches policières ont attaqué les rassemblements. Sans raison apparente, sans avertissement, sans annonce, nous nous sommes vu-e-s chargé-e-s par des dizaines d’hommes armurés et armés qui ont eu recours à toutes les manœuvres que permettent leur équipement, leur force et leur nombre.

Les autorités -quelles qu’elles soient- ne voulaient tout simplement pas que des milliers de personnes se rassemblent et manifestent leur mécontentement.

Soyons honnêtes, aujourd’hui, en 2015, au Québec, les policiers battent, cognent, matraquent, poussent, bousculent, brassent, crient, insultent, braquent à bout portant, intimident, répriment, brutalisent, marquent, hurlent, traumatisent, tordent les bras, sprayent du poivre et des lacrymogènes à tout-va, galopent, mordent.
C’est honteux, en plus d’être injuste et injustifié, rageant, fâchant, effrayant, choquant pour bien du monde qui en a fait les frais ou en a été témoin.

Voici ce qui m’est arrivé:

Je suis partie depuis le rdv de Frontenac, tout se déroule pour le mieux lors de notre trajet par différentes artères pour nous rendre jusqu’au rdv du Square Philips au centre-ville. Arrivé-e-s, au coin des rues Ontario et St-Urbain, nous avons été chargé-e-s par des dizaines d’hommes déversés hors de fourgons blancs. Toute la foule (je dirais 300 personnes) a été prise de panique, a commencé à courir en tout sens, a crié, a remonté la rue St-Urbain, qui est très étroite et achalandée d’autos. Avec ma blonde et 2 amies, pour ne pas être prises dans la foule paniquée, nous nous sommes esquivées et avons pris la ruelle sur notre gauche. Nous avons ralenti, nous avancions avec nos bouteilles d’eau à la main quand 5 hommes (ou 6, je ne sais plus vraiment) ont eux aussi choisi la ruelle et nous ont couru après en tapant les boucliers et en criant. Nous avons levé les bras en l’air en criant à notre tour « On n’a rien fait, on n’a rien fait ! ». Ils se sont rués sur nous en nous poussant avec leur boucliers, en levant la matraque, en nous poussant corps à corps, encore et encore. Une des amies s’est retrouvée projetée contre le mur adjacent. Elle se retourne pour continuer son chemin, ce que les policiers nous criaient de faire tout en nous en empêchant, et l’un d’eux -je le revois très très nettement- de tout son élan et sa hargne, lui assène un énorme coup violent de matraque dans la fesse. Elle en a eu le souffle et la marche coupés. L’aidant et me retournant, je constate que mon amoureuse a été violemment jetée à terre, elle est sur les genoux, la tête au sol, je me jette sur elle afin d’offrir une protection aux coups qui pourraient venir, on nous pousse encore, on se relève, on tente de s’éloigner, ils sont toujours et encore sur nous, corps à corps à nous brutaliser, ils ne nous laissent pas « bouger ». L’un d’eux, en me marchant sur le pied et à bout portant donc, lève son fusil à bombes lacrymogènes sur moi, pour me menacer encore. Je lui crie de « se calmer », que « ça va pas bien!? ». J’ai aussi vu la hargne et le mépris dans ses yeux. Là, ils ont enfin décidé de nous laisser un peu plus tranquilles et de nous laisser prendre nos distances. C’était pour mieux se détourner et se concentrer sur deux autres jeunes gens qui s’étaient cachés sous un porche. Ils sont allés les déloger en les frappant à leur tour.
Merci la Police.

Nous avons été attaquées et molestées (sans aucune mesure avec le contexte) par 5 ou 6 hommes protégés de casques, protections aux membres, de boucliers et armés de matraques, grands d’au moins 6 pieds, costauds et lourdement équipés. Nous ne représentions aucune menace, nous n’étions ni armées ni cagoulées, en short et tee-shirt, nous n’avons fait aucune provocation, nous marchions pour nous éloigner de la foule, des gaz et de la police, nous faisons 5 pieds 3.

Leur comportement est, en soi, un abus basique : « usage excessif, mauvais ou injustifié », « usage injuste d’un pouvoir ». Ils ont effectivement agit en totale démesure, en total excès, sans justification, de manière totalement disproportionnée avec la situation. C’est honteux. C’est la Police de Montréal aujourd’hui.

Et encore !, nous n’avons eu « que ça » (une fesse blessée (mon amie), des bleus partout (ma blonde), un orteil cassé (moi)), ce qui me fait évidemment pensé à tous ceux et toutes celles qui ont été blessé-e-s d’une façon ou d’une autre.

Cette année, la contestation sociale, étudiante ou non!, est totalement réprimée, violentée, matraquée, poivrée, emprisonnée, bafouée, salie et stigmatisée. C’est difficile de l’admettre car nous sommes au Québec, mais la situation aujourd’hui est inquiétante et ne fait qu’empirer.

Ce vendredi 1er mai, les autorités ont cherché à m’effrayer, m’ont intimidée, ont cherché à me faire comprendre à moi et mes ami-e-s que nous n’avions pas notre place dans l’espace public, que nous n’avions pas de parole.
Ça n’aura pas marché, j’ai mal à mon corps et à mon cœur mais ça ne marchera pas. Il faut continuer d’exister, même dans l’adversité.

Peggy

@ Peggy Faye,

Je comprends votre peine et votre désappointement et voici mes commentaires sur votre témoignage :

Permettez moi de vous citer : « Les autorités -quelles qu’elles soient- ne voulaient tout simplement pas que des milliers de personnes se rassemblent et manifestent leur mécontentement. »

– Qui d’après vous sont ces autorités qui vous empêchent de manifester votre mécontentement ?

S’il est très possibles que certaines procédures ne soient pas bien observées de la part de divers membres de la police. Il n’est hélas pas certain que toutes les personnes qui manifestent au Québec aient aussi tout respect du droit à la liberté d’expression, notamment sur la voie publique.

Le problème des manifestations où qu’elles soient dans le monde, c’est qu’elles peuvent être infiltrées par des éléments perturbateurs qui ne cherchent pas à exprimer sainement leur mécontentement et qui recherchent plutôt la confrontation avec les représentants de l’autorité, quitte à impliquer des personnes comme vous (qui ne cherchez pas la chicane) dans ces processus de confrontation.

C’est pour cette raison que dans toutes manifestations, il y a besoin d’encadrement et de coordination, quitte d’ailleurs à se coordonner avec les policiers, pour fin et pour objet de pouvoir réduire au maximum tout risque de débordement.

Vous apportez dans vos propos la preuve qu’il n’y avait pas de coordination de la part des instigateurs de la manif, lorsque vous écrivez en l’occurrence ceci : « Toute la foule (je dirais 300 personnes) a été prise de panique (…) » Si cette manifestation avait été bien encadrée, une telle situation ne devrait pas se produire. Chaque année lors du 1er mai, ce sont des millions de travailleurs qui manifestent partout, le plus souvent sans le moindre heurt. Pourquoi ? Parce que ces manifestations sont organisées. – Pourquoi ne pas faire de même à Montréal ?

Si vous avez, vous et quelques autres personnes de votre connaissance été molestés, vous devriez faire constater les ecchymoses ou autres traumatismes (dont vous faites état dans votre texte) impérativement par un médecin, vous devriez prendre rendez-vous avec un avocat et déposer une plainte en bonne et due forme. Toutes les personnes qui subissent de mauvais traitements devraient faire de même. C’est un devoir et un droit.

Finalement, si vous n’aimez pas les risques de débordement et la violence, choisissez vos manifestations et évitez de participer à celles qui ne vous apparaissent pas sûr à 100%. Quand on manifeste, il faut savoir ce pour quoi on manifeste. C’est une question d’honnêteté intellectuelle et de conviction. Faites attention aussi à vos choix de vêtements. La rue, ce n’est pas la plage….

Mr Drouginsky, vous ne voulez donc pas comprendre la teneur des témoignages ou articles (puisque le mien n’estpas le seul) que vous pouvez lire ici et là. Il s’agit de témoigner de l’intimidation, de la violence et des abus policiers opérés en toute impunité et passés sous silence et qui sont de plus en plus systématiques. Ils opèrent d’une culture policière particulière qui n’est pas souhaitable au sein d’une société démocratique saine. Il y a une crise de la démocratie, une crise de la liberté d’expression. Mais beaucoup préfère se boucher les yeux et les oreilles. Car, quand bien même une manifestation ne serait pas « encadrée » ou « légale » selon P-6, rien ne justifie la violence et les coups gratuits de la part de policiers, rien.

@ Peggy Faye,

Très honnêtement, je pense avoir bien compris la teneur de votre témoignage, tout comme la teneur d’autres témoignages entendus ou lu ou vu ces derniers temps. Et sans me vanter, j’ai le sentiment d’être sur la « toile » un de ceux qui ait le mieux compris ces problématiques.

Néanmoins, je réfute votre argument, je vous cite : « (…) d’une culture policière particulière (…) » la police ne relève pas de la culture, mais des mœurs. Alors dites plutôt que les mœurs du Québec sont laxistes, qu’elles se sont dégradées au fil du temps et que la police est à l’image parfaite de ces mœurs dissolues.

Probablement, si nous parlons de mœurs et non pas de culture, nous nous comprendrons. La culture est autrement plus importante que les mœurs. Les mœurs, nous pouvons toujours en changer. Tandis que la culture vous la portez de votre de naissance jusqu’à la mort. Et à ce chapitre les policiers sont exactement comme nous.

Bonne chance dans vos futures participations à des manifestations. Et pour votre bienêtre et les gens que vous aimez, faites, je vous en conjure : attention !

Vous vous fourvoyez : je n’ai pas écrit que la police relève de la culture (!) mais que la brutalité policière relève d’une « culture policière particulière ». Au même titre que dans une société donnée il existe une culture dominante, des sous-cultures, des contre-cultures, que chaque société à sa culture, etc… il existe une culture propre au corps policier. De plus, la police n’a rien à voir avec les moeurs, mais elle les contrôle, les réprime, les surveille, les encadrent.
Et quand les policiers jouissent d’une impunité éhontée comme c’est le cas actuellement, on ne peut pas affirmer qu’ils sont comme « nous ».