Budget Girard : la dernière danse avant la tempête ?

Si le budget 2020 nage dans les surplus, ceux qui sont à venir pourraient être moins roses, forçant le gouvernement Legault à changer de rythme de croisière pour la suite de son mandat.

Photo : Jacques Boissinot / La Presse canadienne

« Qu’est-ce qu’on va faire avec le Grand Prix de F1 ? » La question lancée très sérieusement par un conseiller de François Legault résume bien la crainte des conséquences du coronavirus qui assaille les stratèges du gouvernement du Québec depuis quelques jours. Faudra-t-il annuler le plus important événement touristique du Canada ou encore faire rouler les voitures sans spectateur pour éviter la propagation du COVID-19 ? Et les grands festivals de l’été ? Combien d’événements pourraient être touchés ? Le tourisme va-t-il chuter dramatiquement ?

Dans l’atmosphère feutré et calme du huis clos du budget, le moral en berne des conseillers du gouvernement contrastait avec les chiffres euphoriques du budget 2020 — un autre qui nage dans les surplus, encore parmi les plus importants de l’histoire du Québec.

Après les salutations amusantes avec les coudes ou les pieds qui remplacent les poignées de main par mesure de santé publique, il ne fallait pas discuter très longtemps avec l’entourage des ministres ou du premier ministre pour découvrir que le coronavirus les préoccupe.

À quel point les entreprises vont-elles souffrir ? « Le port de Los Angeles a subi une baisse de ses activités de 25 % en février, c’est énorme ! », me mentionne un autre conseiller du premier ministre. Les usines en Chine ont été à l’arrêt pendant des semaines, freinant l’envoi des marchandises vers l’Amérique du Nord et l’Europe.

Et les consommateurs, vont-ils retarder leurs grosses dépenses en voyant les bourses faire du yo-yo ? Vont-ils continuer à sortir, à magasiner, quand on leur montre des images de villes italiennes en quarantaine et que les promoteurs annulent des événements sportifs et des concerts à travers le monde ?

C’est dans la nature des stratèges politiques d’analyser tous les scénarios, y compris les plus noirs, afin de se préparer. Visiblement, depuis une semaine, on ne leur présente rien de bon. Les nuages s’accumulent. L’horizon est barré de cumulus gris.

Le coup de fil du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, à ses homologues des provinces la semaine dernière n’était pas particulièrement réjouissant. Le mot « récession » a été prononcé à plusieurs reprises, parfois avec le mot « modérée » à ses côtés, parfois avec le mot « profonde ». L’incertitude est grande et les scénarios, très nombreux. L’Alberta, l’Ontario et Terre-Neuve, tous déjà en déficits, sont nerveuses.

Les prochains budgets du Québec pourraient être moins roses, forçant le gouvernement Legault à changer de rythme de croisière pour la suite de son mandat.

Est-ce qu’on danse pour la dernière fois avant la tempête ?

Depuis un an, le Québec est à contre-courant du reste de la planète et de ses voisins, enregistrant une remarquable croissance économique de 2,8 % en 2019, en hausse comparativement aux 2,5 % de 2018. Pendant ce temps, le reste du Canada voyait la croissance de son PIB ralentir de 2 % à 1,6 %, alors que les États-Unis passaient de 2,9 à 2,3 % sur un an. La croissance de l’ensemble du monde passait de 3,5 % à 2,9 %.

Quand les États-Unis toussent, le Canada et le Québec attrapent la grippe, selon le vieux dicton économique (s’cusez-la !). Nous sommes très dépendants de la santé de l’économie américaine. Bien des observateurs sont inquiets des conséquences à venir du coronavirus aux États-Unis, où le niveau de préparation semble très variable d’un État à l’autre et où la couverture santé de la population est déficiente.

Or, les exportations québécoises représentent 47 % de notre économie, rien de moins.

Le budget 2020 a été écrit avant l’accélération de la propagation du virus. Il est à l’imprimerie depuis une semaine.

En conférence de presse, le ministre des Finances, Éric Girard, a affirmé qu’il a discuté avec des économistes du secteur privé dans les derniers jours et que samedi dernier, le consensus voulait que la croissance économique du Québec soit d’environ 0,25 % plus faible cette année que les 2 % prévus dans le budget 2020-2021 qui vient d’être déposé. « L’impact sera toutefois plus grand dans les deux premiers trimestres de l’année », a-t-il dit, soit d’ici la fin du mois de septembre.

Au ministère des Finances, on mise sur l’impact économique en V. Ça ne vous dit rien ? Normal. Mais depuis quelques heures, il ne manque pas de conseillers au gouvernement pour vous expliquer la théorie V-U-L.

Imaginez un graphique avec une ligne droite qui représente la croissance normale de l’économie, puis une chute rapide du PIB et des revenus du gouvernement, avant un retour à la normal tout aussi rapide, ce qui donne un V au centre du graphique. L’éclatement de la bulle techno de 2001 était un coup de frein en V. Impact limité au Québec.

Le U, c’est le ralentissement rapide, puis un marasme qui se maintient pendant un moment, quelques mois ou encore une année, avant de remonter. C’est un peu le modèle de la crise financière de 2008-2009.

Le L, c’est la récession plus longue après la chute abrupte, sur un modèle qu’on n’a pas vécu depuis le début des années 1990, avec des chutes de valeur dans l’immobilier et des pertes d’emplois importantes. Les moins de 50 ans n’ont jamais vécu un tel scénario depuis qu’ils sont sur le marché du travail.

Si le scénario en V se concrétise, « le cadre financier tient bon », a relaté hier le ministre des Finances. « L’évolution du virus est d’abord un problème de santé publique avant d’être un problème économique », a-t-il dit.

Le gouvernement a un rôle à jouer pour stabiliser la confiance des consommateurs et des entreprises et il est prêt à dépenser davantage dans les semaines et les mois à venir s’il le faut, a dit le ministre Girard.

L’ancien ministre libéral des Finances, Carlos Leitão, n’était pas impressionné. Il aurait aimé une réserve d’un milliard de dollars dès maintenant. « Le ministre fait abstraction de la menace de ralentissement économique dans son budget », a-t-il soutenu mardi pendant le huis clos.

À la défense du gouvernement Legault, il a eu peu de temps pour s’ajuster, alors que la situation évolue rapidement. La santé de l’économie du Québec, la solidité de ses finances publiques — avec une réserve de stabilisation comptable de 13,9 milliards de dollars — et une propension à dépenser (une hausse de 5,1 % cette année, contre 4,7 % l’an passé) vont permettre de donner un coup de fouet à l’économie et de réagir à la crise, peu importe son ampleur. L’équipe économique du gouvernement, menée par les François Legault, Éric Girard, Pierre Fitzgibbon et Christian Dubé, est certainement à la hauteur du défi et assez pragmatique pour s’ajuster.

Vendredi prochain, lors de la rencontre des premiers ministres des provinces avec Justin Trudeau à Ottawa, le coronavirus sera le gros sujet de discussion. Le message du gouvernement Legault sera limpide : Ottawa a encore la marge de manœuvre pour dépenser, notamment en infrastructures, et ce n’est pas le temps de se montrer frugale. « On est chanceux que ce soit les libéraux et non pas les conservateurs au pouvoir, qui veulent couper dans les dépenses », m’a dit un proche de François Legault.

« Nous sommes prêts » à affronter le coronavirus, a martelé Éric Girard en conférence de presse devant les journalistes, même s’il n’a pas été en mesure d’ajuster son budget à temps.

Le ministre aime dire qu’il vise le long terme. « J’ai reçu des finances publiques en bon état et je compte les remettre en bon état à la fin du mandat. C’est mon devoir », a-t-il mentionné.

Bien, mais à court terme, les nuages de tempête s’accumulent. Le prochain budget pourrait être moins facile à écrire — même si on sera loin des déficits catastrophiques du milieu des années 1990.

L’ancien premier ministre britannique Winston Churchill aimait dire que gouverner serait tellement agréable s’il n’y avait pas les événements imprévus.

Lorsque la CAQ a piqué du nez dans les sondages au début de l’année 2012, quelques mois après sa création, François Legault a utilisé son expérience chez Air Transat pour tenter de motiver ses troupes inquiètes. « C’est face au vent qu’on fait décoller les avions ! », leur a-t-il lancé, confiant.

Les montagnes russes de la bourse, l’épidémie de coronavirus et l’inévitable ralentissement économique vont provoquer les plus fortes turbulences depuis que François Legault est au pouvoir. Il doit souhaiter qu’elles soient de courte durée.

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Il est très difficile de prévoir l’avenir économique car nous ne savons pas combien de temps va durer la crise du coronavirus. Certains analystes vont évoquer la possibilité qu’il y ait des crises semblables tous les ans ou presque en raison des changements climatiques.

Nous ne savons toujours pas quelles sont les causes de cette mutation virale.

D’ores et déjà la plupart des économies européennes prévoient que leur croissance en 2020 sera réduite de moitié (aux alentours de 1%) quand quelques pays comme l’Italie doivent s’attendre à une récession.

La plupart des marchés boursiers sont surévalués. Les analystes financiers estiment que le ratio bénéfices/valeur de l’action des entreprises est trop élevé. En d’autres termes, les actions valent trop cher compte-tenu de la frugalité des profits. À ce titre une correction des marchés était inévitable et… d’autres pourraient suivre.

Il en va de même des marchés immobiliers gonflés dans de nombreuses métropoles, lesquels sont devenus des marchés d’investisseurs qui ne répondent pas au besoin élémentaire de l’habitat : héberger des personnes, des familles, des entreprises, etc….

Il est à noter que le budget de l’État québécois ne prévoit guère de réinvestissement dans l’habitat social ou à prix raisonnable lorsqu’il y a en la matière sous financement depuis plus de 20 ans. Ainsi la CAQ fait-elle plus dans le cosmétique (donner une belle apparence) que dans des réformes structurelles de l’économie québécoise.

Réformes nécessaires qui donneraient des résultats tangibles à long terme. À ce titre les libéraux avaient amorcé cette transformation bénéfique de l’économie sous la houlette de Carlos Leitão ; mais d’évidence malgré les louables bonnes intentions de Pierre Fitzgibbon, le gouvernement de la CAQ perdu par ses contradictions idéologiques n’y arrive toujours pas.

La seule bonne nouvelle, c’est que malgré tout cela, le Québec pourrait encore faire bonne figure pour la seule et bonne raison que les besoins sont là et parce qu’un grand nombre de nos concitoyens vivent une belle relation d’amour avec leur Premier ministre. La confiance parfois peut accomplir des miracles.

« Or, les exportations québécoises représentent 47 % de notre économie, rien de moins. » (Alec Castonguay)

Ce pourcentage inclus les exportations vers les provinces, mais comme le paragraphe précédent traite des échanges avec les État-Unis, on aurait pu ajouter que le Québec exporte 28,9 % de son PIB vers l’étranger, dont 69,7 % de ce pourcentage vers l’étranger est constitué des exportations vers les États-Unis.

Quant au comparaisons de la variation de la croissance du PIB, celles avec les États-Unis et le monde ne sont pas significative puisque la façon de calculer le PIB diffère d’un pays à l’autre. Même entre les provinces, les prix et les habitudes de consommations divergent ce qui influence leur PIB.

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