Budget : la pensée magique

Le budget Marceau, en gros ? «Sans changement majeur, le gouvernement affirme être en mesure de réduire ses dépenses de moitié… ce qu’il n’a pas réussi à faire dans le passé», analyse Alec Castonguay.

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Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Le budget Marceau qui vient d’être déposé n’est pas électoraliste au sens traditionnel du terme. Il n’y a pas de bonbons sucrés pour faire plaisir aux électeurs dans les prochaines semaines. C’est l’automne et le début d’hiver qui ont été le théâtre des grosses annonces.

En fait, plusieurs citoyens vont plutôt retenir l’inverse, la hausse du tarif des garderies, qui passera de 7 à 8 dollars par jour en septembre prochain, puis à 9 dollars en 2015. Il y aura ensuite indexation chaque année.

Pour une famille qui a deux enfants en CPE à tarif réduit, l’augmentation est d’environ 1 000 dollars par année par famille en 2015.

On peut débattre du bien fondé de cette hausse et de la pertinence d’un gel aussi long (depuis 2004). Mais c’est indéniablement une promesse brisée du Parti québécois.

Lors de la campagne électorale de 2012, et encore récemment, le gouvernement s’était engagé à ne pas hausser les tarifs avant d’avoir complété le réseau (250 000 places).

Or, le document budgétaire prévoit que le réseau sera à maturité seulement en 2016-17. Il reste encore près de 20 000 places à créer. Ce sera fait dans plus de deux ans, alors que les tarifs vont commencer à grimper cette année.

Cette nouvelle en cache toutefois des plus douloureuses dans l’avenir. C’est à ce titre que le budget se rapproche d’un document préélectoral (qui ne sera d’ailleurs jamais adopté).

Les choix difficiles que le gouvernement, et la société, devront faire à court terme pour remettre les finances du Québec sur les rails n’y sont pas.

On épargne aux électeurs les mauvaises nouvelles qui seront inévitables, peu importe le parti au pouvoir, dans le prochain mandat.

Il suffit de scruter les prévisions du gouvernement dans l’épais document budgétaire pour voir la pensée magique qui s’en dégage.

D’abord, le gouvernement du Québec peut remercier le coup de main inattendu d’Ottawa, sans quoi Nicolas Marceau aurait eu des maux de tête. Pour maintenir sa cible d’un déficit à 1,75 milliard de dollars en 2014-15, il devait trouver un milliard quelque part, sans quoi le déficit aurait gonflé à 2,75 milliards de dollars.

Ce milliard a été comblé en grande partie avec les 613 millions de dollars de plus en provenance des transferts d’Ottawa. L’an prochain, en 2015-16, une autre hausse de 532 millions de dollars d’Ottawa aidera encore à combler une partie du déficit anticipé.Capture d’écran 2014-02-20 à 16.11.08

Malgré ces sommes importantes, le gouvernement prévoit encore un déficit dans deux ans, en 2015-16 (contrairement à ce qu’il prétend). Il sera de 530 millions de dollars.

Le gouvernement cache ce chiffre dans la colonne «écart à résorber», comme si c’était chose faite et que ces millions à trouver allaient se volatiliser par magie. Ou alors, comme si les endroits où il faudrait couper pour dénicher ces 530 millions de dollars étaient déjà identifiés. Ce qui n’est pas le cas. Jusqu’à preuve du contraire, il y a donc un déficit prévu dans deux ans.

Mais là où ça coince vraiment, c’est dans le contrôle des dépenses. Le ministre Marceau l’identifie comme la clé afin d’atteindre l’équilibre budgétaire, puisque la hausse des revenus sera modérée dans les prochaines années, en raison de la plus faible croissance économique.

Or, il faudra un miracle pour respecter les cibles que s’est fixées le gouvernement.

Le ministre Nicolas Marceau vise une croissance des dépenses consolidées de 2,4 % en 2014-15 et de 2,2 % en 2015-16.

Ça peut paraître raisonnable, mais en réalité, c’est impossible à atteindre sans un virage majeur. Le vérificateur général, Michel Samson, disait pas plus tard que mercredi qu’il faudrait «une réforme structurante» pour y arriver. Il qualifiait l’objectif du gouvernement «d’ambitieux», le mot gentil pour dire «irréaliste».Capture d’écran 2014-02-20 à 16.08.49

Quand on y regarde de plus près, on comprend son pessimisme.

Depuis six ans, la moyenne annuelle de croissance des dépenses a été de 4,6 %. En 2013-14, la seule année complète du PQ au pouvoir, la croissance des dépenses consolidées a atteint 4,3 %.

(Ce qui inclut le paiement des intérêts consolidés sur la dette, de 10,7 milliards de dollars en 2013-14, qu’il faut payer, même si le gouvernement le retire souvent de ses calculs. D’ailleurs, autre prévision optimiste, le gouvernement prévoit que les intérêts à payer sur la dette vont augmenter de seulement 1,1 % en 2014-15… alors que la hausse a été de 9,6 % l’an dernier).

On résume : sans changement majeur, le gouvernement affirme être en mesure de réduire ses dépenses de moitié, ce qu’il n’a pas réussi à faire dans le passé.

Et comme la masse salariale des employés de l’État représente 59 % des dépenses de programmes du gouvernement (37,3 milliards de dollars), et que les conventions collectives viennent à échéance en mars 2015 seulement, il faudrait des efforts surhumains ailleurs pour freiner les dépenses à ce point.

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Christian Bélair, président-directeur général du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, était assis tout près de moi dans le huis clos du budget. À chaque page qu’il tournait, il secouait la tête.

«Disons que je crois plus ou moins au contrôle des dépenses que promet le gouvernement. Je ne vois rien qui leur permet d’être aussi optimiste», dit-il.

Assis à côté de lui, Alexis Gagné, économiste, abondait dans le même sens. «C’est un budget électoral dans le sens où il manque des détails. On ne dit pas tout. Par exemple, on n’a pas les crédits pour savoir s’ils sont vraiment en mesure de contrôler à ce point les dépenses», dit-il.

Le fait de ne pas avoir accès aux crédits du gouvernement, soit les endroits où vont les dépenses, empêche en effet de voir où iraient les compressions. Il semble que la précipitation électorale n’a pas permis aux ministères de les préparer à temps pour que les citoyens aient un portrait complet des finances du Québec.

Par exemple, mis à part les ministères de la Santé et de l’Éducation, qui bénéficient d’une hausse de 3 % de leur budget, tous les autres ministères vont subir des compressions à hauteur de 124 millions $ au total. Une baisse de 0,8 % des budgets. Environnement, Culture, Ressources naturelles, Sécurité publique, etc. Mais où et comment sera réparti ces 124 millions de dollars ? Impossible à savoir.

Autre prévision optimiste : le gouvernement inclut déjà dans ses revenus une hausse de 5,8 % des tarifs d’hydro-électricité, telle que demandée cette année par Hydro-Québec. Or, il arrive très souvent que la Régie de l’énergie, un organisme indépendant, n’accorde pas à la société d’État l’augmentation qu’elle souhaite.

Bref, ça fait beaucoup d’optimisme dans le même budget, autant dans la colonne des revenus que dans celle des dépenses.

J’imagine qu’il en faut, sinon il faudrait annoncer des choix difficiles aux citoyens. Des hausses de taxes et d’impôts, qui s’ajouteraient aux augmentations des dernières années… ou encore des compressions importantes, structurelles, dans les dépenses et les services.

Des décisions majeures, possiblement impopulaires, que le gouvernement n’a visiblement pas envie de prendre à la veille d’une élection.

À moins d’un miracle, attachez votre tuque avec de la broche pour le prochain mandat, peu importe le parti au pouvoir.

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Comme nous pouvions nous y attendre, notre Ministre des finances en culottes courtes vit dans un monde parallèle: le Parti québécois couperait maintenant dans les dépenses…pendant que sa cheffe joue au Père Noël depuis 6 mois en multipliant les annonces électoralistes totalement inutiles et improductives À NOS FRAIS.

Un changement de gouvernement est la seule issue!!!

Elle peut bien jouer au Père Noël pour les 4 prochaines années. Divisé par 4, c’est moins pire. Si la province manque d’argent, elle pourrait toujours reculer…un p’tit peu ou beaucoup, ce qui ne l’aiderait pas au prochain mandat.

Vous sous-estimé la situation des finances du Québec et ce de beaucoup! Ça pourrait être catastrophique, si on ne prend pas le taureau par les cornes!! Ni le PQ, ni le PLQ le fera! Ces gens sont trop affairés à leurs carrières politiques!

Bien oui ! Il faudra attacher notre tuque avec de la broche… à foin ! Il est temps qu’on instaure un régime d’austérité et que l’on coupe dans les programmes sociaux dont on n’a pas les moyens de s’offrir. En outre, il est temps d’éliminer le surplus de personnel dans la fonction publique québécoise. Mais aucun gouvernement ne prendra de telles mesures à moins d’être acculé à la faillite. Or, les gouvernements ne font pas faillite, ils augmentent les impôts jusqu’à temps que le citoyen descende dans la rue avec des cocktails molotov.

Effectivement, Marois qui accusait Legeault de pensée magique, fait figure de leader en cette matière!! Aucun sens de l’intégrité politique! Absolument pas mieux que les libéraux!! Pourtant les chefs péquistes et libéraux ne sont pas en manque financièrement, pourquoi se présentent-ils pour faire croire aux électeurs toutes sortes de balivernes. Nous sommes en très grandes difficulté financière et l’on se doit de faire de sérieuse coupures à tous les niveaux, le niveau de taxation et d’impot est à son maximum. Un peu de courage politique même si ce n’est pas nécessairement payant électoralement, ferait grand bien. Si les trois principaux parti faisait preuve d’intégrité dans l’analyse de nos finances, on se sortirait de cette situation en 4-5 ans. Mais non, trop préoccupé par leurs carrières politiques!!!

Impots de cies: 5892
Entreprises du gouvernement: 5121

Le scandale est là. Toutes les cies au Québec, de Bombardier au dépanneur du coin, incluant les banques (30 milliards de profits au Canada), les minières, les supermarchés, les centres d’achats, les milliers de PME, bref toutes ces cies paient à peine plus que HQ, la SAQ et Loto-Québec réunies! C’est un scandale.

« …bref toutes ces cies paient à peine plus que HQ, la SAQ et Loto-Québec réunies! » (sic)

Preuve par 4 que ces sociétés, en situation de MONOPOLE protégé par des lois, nous facturent beaucoup trop pour leurs services.

Si les compagnies québécoises vivaient dans le paradis que vous tentez de nous décrire malhabilement depuis des mois, où est la vague d’immigration? Comment se fait-il que vous devions subventionner les compagnies plus que TOUTES les autres provinces canadiennes RÉUNIES pour les attirer dans notre Eden?

Dans l’attente de votre réponse…

Service de la dette: 10,770 milliards
Ok c’est beaucoup d’argent.
Maintenant les revenus sont de 93,100 milliards
A peine 11,5%.
On est loin de la catastrophe!

Nous sommes déjà dans l’mur!

Le service de la dette (les intérêts que nous devons payer!!!) est le TROISIÈME poste de dépenses en importance dans le budget québécois. Le TROISIÈME après ceux de la santé et de l’éducation.

Il est plus important que le budget du transport, des services sociaux, etc…

Host.. réveillez-vous!!!

Lorsque vous écrivez qu’ « il faudrait des efforts surhumains ailleurs pour freiner les dépenses à ce point », bien que le sujet soit absolument sérieux, cela m’a fait bien rire. Seuls les « aveugles » ou les « croyants » peuvent espérer que le gouvernement ne fasse aucun « faux-pas » pour parvenir aux cibles.

Nous ne pouvons seulement que constater que le gouvernement n’a pas encore trouvé la recette qui puisse assurer une croissance stable, durable et raisonnable dans la province. La croissance était l’obsession de Jean Charest et force est de dire que cela se fit en grande partie que par l’accumulation des déficits.

Hors, il ne suffit pas de produire du déficit d’investissements pour soutenir la croissance lorsqu’on ne sait comment remédier au déficit structurel. Actuellement, le gouvernement n’a guère d’autre choix que de s’attaquer à ce type de déficit, si ce n’est que cela ne pourra se faire qu’au détriment des employés ou retraités de la fonction publique.

Le tout sans nuire à la qualité et la quantité des services aux citoyens ne peut dans le cas le plus favorable n’être obtenu que par des gains en termes de productivité. Même cette volonté ne peut pas être obtenue autrement que par plus de flexibilité. Hors la flexibilité ce n’est pas le point fort des bureaucraties.

Considérant même que nous puissions progresser sur ces postes et nous le pouvons… C’est un travail de longue haleine qui requière une volonté consensuelle et durable dans le temps. La participation de tous les serviteurs de l’État y compris l’adhésion de toute la population.

Hors la faiblesse de notre gouvernement, c’est qu’il ne sait regrouper que des « croyants » lorsqu’il vide du proscenium sans aucune distinction, tous les sceptiques, incluant les plus compréhensifs et les plus bienveillants.

— Et puisque la pensée magique ça ne marche définitivement pas, devenons des êtres magiques libérés de toutes influences nocives aux relents des « partis-âneries ». Hi-han ! Hi-han ! Hi-han !

Lors du dépôt du budget 2010-2011, le gouvernement libéral avait dressé le portrait de la situation financière du Québec et s’était engagé, malgré la persistance d’une croissance trop faible suite à la crise de 2008, à prendre les premières mesures destinées à abaisser la dette. On sait par exemple le sort réservé aux frais de scolarité, grâce à la résistance des carrés rouges soutenus par les signes très ostentatoires des députés du PQ et, en sous-main, par nos valeureux et très transparents syndicats de la fonction publique. Je rappelle que le gouvernement d’alors avait alors déposé trois études sous le titre «Le Québec face à ses défis». La première portait sur l’étendue des services publics rendus par l’État québécois, la deuxième sur les façons de mieux dépenser et de mieux financer ces services, et la troisième analysait les scénarios qui s’offraient, et s’offrent toujours à nous. Rien n’a changé depuis, quant aux circonstances et aux moyens, sauf que nous avons prix quatre longues années de retard.
Le ministre Marceau, sur les suggestions des sous-ministres des Finances qui donnent toujours les mêmes conseils à tous les gouvernements depuis vingt ans, s’engage maintenant sur la même voie. Il a bien raison, puisque cela tient du bon sens, mais je doute fortement de la capacité du PQ à engager les réformes nécessaires, non pas en raison de son recul face à la levée prochaine de boucliers au son des casseroles, comme du temps des carrés rouges, mais de son incapacité fondamentale à formuler des moyens radicaux susceptibles de réduire l’État-bedon hérité de la révolution tranquille. Ce que le fédéral a fait, soit dit en passant, dès 1992. L’État, pour le PQ des baby-boomers, c’est le seul moyen de faire avancer la Nation une et indivisible, il ne peut donc être réduit. L’impasse grandissante du Québec sera donc reprochée aux méchants fédéraux. C’est la fuite en avant, comme à l’habitude. Notre revenir est donc entre les mains des Agences de crédit de New-York et d’ailleurs.

La pensée magique: c’est avant tout la grande majorité des électeurs qui l’ont… AUCUN gouvernement ne peut se permettre de proposer des mesures sérieuses sans se voir indiquer la sortie… Seul les parties dans l’opposition qui n’ont que de très faible chance d’être élus, peuvent les avancer.

Soigner ses partisans et ridiculiser l’adversaire, se retrouve la seule issue; donc de la petite politique que seul une population peu politisée apprécie… Politisée, c’est à dire: intéressées par la chose publique.

Nous avons les gouvernements que nous méritons et ce n’est pas avec des blogues fait, surtout pour permettre à des partisants fanatiques de s’engueuler plus ou moins poliment… Que nous saurons rendre la politique intéressante.

Dans nos democraties modernes et en période de croissance économique, c’est celui qui promet le plus à moindre coût qui gagne et la société s’endette…. Au moins ce n’est pas comme aux USA, où pratiquement seule la contribution financière des plus gros rapaces déterminine le choix des élus et de leurs décisions à venir…

Par contre, en période de difficultés économiques, moins de services, coupures de postes ou augmentation de taxes seront mortels pour une réélection.

Alors NOUS, les gérants d’estrade, on propose quoi???

Mais en période de difficultés économiques de